200px Presidente Jair Messias Bolsonaro© wikimedia commonsÉtienne Perrot sj - Jair Bolsonaro, le nouveau président du Brésil, élu hier, a nettement devancé son adversaire (55,1% des voix contre 44,9%). Dans leurs diversités, les médias mettent l’accent tantôt sur l’une, tantôt sur l’autre des facettes de son programme. Le Temps (lundi 29 octobre 2018) insiste sur son idéologie  économique inspiré de l’«École de Chicago» qui promeut un libéralisme radical -ce que le candidat désignait par «libérer l’économie». Le Figaro, de Paris, insiste sur la gouvernance à poigne du futur gouvernement -plusieurs généraux sont pressentis pour faire partie d’une nouvelle équipe gouvernementale réduite de moitié. D’autres s’interrogent sur la fragilité annoncée de son soutien parlementaire…

Au même moment paraît, dans la dernière livraison de la revue parisienne Études (novembre 2018) un article de Paul Valadier, spécialiste de philosophie politique. Le jésuite traite du ressort profond des populismes qui fleurissent un peu partout dans le monde. Tout ceci a de quoi faire peur, tant sur les plans économique, politique et sociaux.

Sur le plan économique, l’ultralibéralisme de l’École de Chicago à laquelle se réfère le Président Bolsonaro, celle de la rationalité instrumentale, pèche par son ignorance des conditions réelles de la vie économique: il se coule dans une logique unidimensionnelle, comme si les marchés pouvaient par eux-mêmes rectifier leurs propres dérives; il oublie, à la manière de toutes les technocraties, que l’économie est encastrée dans un environnement social, culturel, politique et religieux.

Sur le plan politique, il joue le «peuple» contre les «élites». Dans l’article précité, Paul Valadier n’a pas de mal à montrer que c’est là une illusion dangereuse, déjà utilisée, avec les effets que l’on sait, par les gouvernants totalitaires. À la manière de ces candidats qui dénoncent le pouvoir en place pour se substituer à lui, le populisme se présente comme l’authentique et le direct représentant du «bon» peuple; il oublie ce qui fait la force de la démocratie helvétique, les médiations et les protocoles nécessaires à toute représentation démocratique.

Enfin, sur le plan social, le populisme ignore la multiplicité des solidarités qui divisent le peuple au prorata des risques communs assumés différemment par chacun des groupes sociaux. Pour fondre tous les groupes disparates dans un peuple unique, il fait miroiter à l’horizon un ennemi commun, supposé monstrueux (en Europe, c’est la Commission de Bruxelles, ou encore les émigrés) et laisse dans l’ombre les fragilités internes du pays qui pèsent davantage sur les plus faibles.

Face au danger populiste, il n’y a pas de sauveur suprême, pas de méthode miracle. Seule une culture du bien commun où l’intérêt de chacun se conjugue avec la solidarité de tous permet, en éclairant les consciences et les votations de chacun, de frôler l’abîme sans y succomber. Mais, comme diraient les jésuites, cela suppose un discernement qui fasse pièce aux passions désordonnées.

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