prieres femme eglise«Église cléricale», «théologie patriarcale», «comportements antiféministes», «attitudes misogynes» qui criminalisent les femmes sans effleurer les partenaires masculins, autant de bonnes raisons que des politiciennes ouvertement féministes ont de se désolidariser de l’Église catholique romaine. Dans un communiqué de presse du 19 novembre 2018, le pas a été franchi par «six féministes catholiques suisses alémaniques bien connues» 1. Les signataires annoncent leur décision de «quitter l’Église» -pratiquement de ne plus verser leur contribution ecclésiastique. Un journaliste commente: «En tant que féministes, elles ne veulent plus appartenir à un tel système qui met leur crédibilité en jeu.»

Je ne peux évidemment rien dire des motivations intimes qui justifient une telle décision. En revanche je crois partager la sensibilité féministe qui milite pour ne pas faire supporter aux seules femmes le poids d’une morale patriarcale, surtout quand elle s’exprime à travers des propos qui choquent la sensibilité occidentale contemporaine en «imposant une morale sexuelle rigide et inhumaine». Un commentaire repris par tous les journaux prétend que «la goutte qui a fait déborder le vase a été la comparaison de l’avortement avec le recours à des tueurs à gages faite par le pape François le 10 octobre».

Au total, force est de constater que la théologie, dans ses implications morales, a une dimension politique parfaitement comprise par ces politiciennes qui ont quitté l’Église. (Voici plus de soixante ans, le cardinal Daniélou argumentait sur le fait que l’oraison posait déjà un problème politique.) Repérées comme Catholiques, les signataires du communiqué de presse mettent effectivement en danger leur crédibilité de responsables politiques féministes… tant qu’elles ne se désolidarisent pas ouvertement -et le plus médiatiquement possible, politique oblige- d’une institution au relents antiféministes.

J’ignore si un tel esclandre fera bouger les lignes théologiques et morales des responsables de l’Église, ni s’il contribuera à décléricaliser l’appareil du pouvoir catholique-romain; mais je souhaite au moins qu’il rende attentif les hérauts romains et diocésains à l’impact de leurs paroles. Dans beaucoup de domaines, ils sont capables de finesse, alors pourquoi, dans ces domaines hyper-sensibles, montrer tant d’imprudence, je veux dire de manque d’intelligence des situations concrètes et des itinéraires toujours singuliers, au point de proférer de tranchantes condamnations? Reste que, comme disait Nietzsche, s’il est facile -du moins dans nos pays- de quitter une institution, il est moins facile de se dés-imprégner des traditions spirituelles et caritatives qu’elle charrie. Mais ça, c’est certainement une bonne chose.

1. “Nous partons!” Le message est signé par Cécile Bühlmann, ancienne conseillère nationale des Verts (LU), Anne-Marie Holenstein, ancienne directrice de l’Action de Carême, Monika Stocker, ancienne conseillère nationale et conseillère municipale de Zurich, Doris Strahm, et Regula Strobel, théologiennes féministes, ainsi que Ruth-Gaby Vermont ancienne conseillère nationale et membre du Conseil de l’Europe. Elles ne veulent plus appartenir à une institution qui nie les droits des femmes et les exclut de la hiérarchie ecclésiale, en raison de leur sexe et du pouvoir masculin.

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