J’épingle ici une formule glanée sur le site du Temps (13 novembre). Le compte-rendu favorable d’un ouvrage d’Alice Mc Dermott, La neuvième heure, pointe vers une formule ambiguë: «L’auteure rend hommage à ces religieuses animées par leur foi en l’être humain». Il s’agit de l’histoire de religieuses catholiques «courbées sous leurs coiffes de bure, un chapelet entre les doigts» qui, sans toujours tenir compte du Droit canonique ni même des convenances, faisaient passer, comme il se doit, la charité avant les rubriques. Alice McDermott raconte une histoire supposée se dérouler à Brooklyn dans la première moitié du XXe siècle, à l’époque où elle était encore enfant, l’histoire de l’une de ces petites sœurs soignantes qui s’est occupée d’une manière admirable d’une veuve enceinte de son mari suicidé.

Je retiens la formule «foi en l’être humain» car il semble jurer avec le titre même de l’ouvrage. ( La neuvième heure est évidemment celle où Jésus, aux dires des évangiles, est mort sur la croix.) La recension donne l’impression que l’amour concret du prochain fait, a priori, mauvais ménage avec l’esprit de Jésus. «La romancière, signe un vibrant éloge de toutes ces "Sœurs Courage" si humblement dévouées, moins préoccupées par la contemplation divine que par la misère qui dort sur les trottoirs de la ville. Là où leur présence silencieuse –et merveilleuse d’abnégation– réalise des miracles.»

Où est la foi en l’être humain, dans cette histoire? Est-ce l’esprit d’abnégation dont semble douée l’héroïque religieuse. On pourrait le croire à la lecture de la recension parue dans Le Temps. Mais ce ne serait là qu’une partie de la vérité. Car, si foi en l’être humain il y a, elle se cache aussi dans la veuve et son enfant, qui découvrent une humanité insoupçonnée dans l’accueil d’une communauté de religieuses. Alice Mc Dermott fait passer ainsi le lecteur d’une conception généreuse de l’amour «aimer c’est tout donner», à une conception spirituelle plus subtile: «aimer, c’est tout attendre de l’humanité, au risque d’être déçu  (ce qui fut, finalement, l’expérience de Jésus). Le dernière phrase de la recension ne croit donc pas si bien dire en concluant: «On vous salue, Alice, pleine de grâce!»

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