Le coup d'épingle d’Étienne Perrot sj

EPerrot18 Les journaux sont pleins de phrases extraordinaires. Car les journalistes laissent parfois couler de leur plume des mots... à double sens, des contradictions flagrantes, des lapsus qui révèlent l'inconscient social caché sous des évidences élémentaires. Étienne Perrot sj, polygraphe posté aux frontières de l'économie, de la sociologie et de la politique, s'est piqué au jeu.

Tous les huit ou dix jours, il épingle un mot, une phrases, une expression triviale et creuse les enjeux de société qui sont enfouis dedans.

Étienne Perrot tient également un blog sur le site de la revue Études  www.revue-etudes.com

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Un "C" trop peu chrétien

Dans la pure logique de communication qui gangrène la vie politique démocratique d’aujourd’hui, certains membres du PDC suisse proposent de changer le nom du parti. On en profiterait, disent-ils, pour supprimer le qualificatif «chrétien», trop connoté religieusement. Que le terme «chrétien» soit connoté religieusement, ce n’est pas un scoop. Qu’il éloigne certains électeurs, c’est possible. Et cela pour deux raisons. D’abord, l’esprit laïque ne peut que se méfier du cléricalisme sournois qui pourrait se glisser dans les options du parti. Et la logique de liberté de conscience qui conduisait la philosophe Simone Weil à proposer la suppression des partis politiques -suspectés de contraindre la pensée des citoyens- marche tout aussi bien ici.

Méfaits de la concurrence sportive

par Étienne Perrot sj - Contre les violences en tous genres, les dénonciations déferlantes n’en finissent pas d’inonder les médias. Après #MeToo, qui a eu l’avantage de permettre à certaines femmes violentées de crier publiquement leur blessure -et l’inconvénient de couler un drame personnel dans l’anonymat d’un nombre-; après #Balancetonporc, qui a eu l’avantage de projeter sur le compagnon indélicat la vindicte personnelle douloureusement ressentie -et l’inconvénient de réduire le partenaire momentané à son animalité; après #BlackLivesMatter (littéralement il s’agit de la vie des Noirs), qui a eu l’avantage de mettre à nu les errements d’un État policier d’Outre-Atlantique -et l’inconvénient de jeter l’opprobre sur des fonctionnaires souvent irréprochables, voici que, en Suisse même, sont mises au jour des pratiques indécentes dans les milieux de l’entrainement sportif de haut niveau. Au début du mois de juillet 2020, l’élégante Lisa Rusconi, ancienne capitaine de l’équipe de Suisse de gymnastique rythmique, dénonçait ce qui se passait au Centre national de sport de Macolin. Sous prétexte d’atteindre les sommets de l’excellence, les corps sont violentés, les âmes soumises et les esprits asservis. De même que s’élargit une petite faille qui laisse passer un filet d’eau, de même, par la porte entr’ouverte par Lisa Rusconi, se sont introduites d’autres ex-gymnastes qui témoignent de la même dérive et font gonfler le scandale.

Ces pratiques irrespectueuses des êtres humains sont d’autant plus inadmissibles qu’il ne s’agit pas ici -comme en temps de guerre- de défendre la patrie, mais cependant une gloire éphémère, n’en déplaise à l’apôtre Paul qui comparait le combat de la foi à une course dans un gymnase. L’Éthique catholique -du moins telle qu’elle fut interprétée par le sociologue Max Weber qui la résumait, contre l’Évangile de la Grâce, par la formule «souffrir pour gagner son ciel»- aurait-elle triomphé au pays de Calvin? Non. Mais le résultat est semblable. Loin de l’éthique religieuse, il s’agit ici de la logique d’un système, identique à celle qui anime le capitalisme qui fait de la concurrence le principal stimulant de la productivité. Ici comme en matière financière, il s’agit de performance, gagnée en en payant un prix coûteux.

À quoi s’ajoute un phénomène économique connu sous le nom d’effet de réseau. En matière sportive, comme dans le show-business ou la consommation de masse, celui qui monte en haut du podium rafle l’essentiel de la mise. Et la mise est énorme dans le sport de compétition qui s’accouple avec la logique des médias pour former ensemble juteux proche-parent du show-business. Les enjeux financiers sont tels que l’on comprend -sans le justifier- l’omerta qui règne sur ces pratiques. Qui plus est, cette logique du sport de compétition, tel le manteau de Noé, cache des postures d’entraîneurs que ne peut même pas justifier la perspective du succès. Il y manque deux ingrédients essentiels: la légitimité de la contrainte pratiquée par les entraîneurs (à défaut de la légitimité de leur objectif); et la proportionnalité des moyens qu’ils mettent en œuvre au détriment de l’intégrité physique et psychologique des jeunes appâtées, fascinées par les rêves qui les ont éblouies.

Lapsus inconscient

Un minuscule lapsus me donne prétexte à revenir sur un problème de démocratie politique. Entre le technicien, le moraliste ou l’autorité sanitaire, qui doit décider? Normalement, ni le technicien (car il a une vision unidimensionnelle de son métier -comme le syndicaliste d’ailleurs- à la différence du politique affronté à des intérêts contradictoires- est chargé de défendre les intérêts d’une profession particulière), ni le moraliste (car la morale traite de cas universels, et non pas des situations particulières dont s’occupe le politique). La réponse officielle est donc, comme en Suisse et selon une tradition qui remonte au moins à la République athénienne et aux Conseils des tribus celtes et germaniques: les décisions concernant la communauté doivent être prises par l’organe délibératif. Cet organe souverain délègue le plus souvent son pouvoir à un organe exécutif chargé d’agir selon ses directives et sous son contrôle. Lors de la récente pandémie, l’autorité publique mandatée est l’OFSP, l’Office fédéral de la santé publique par délégation de l’État, expression du peuple souverain. Ça, c’est la théorie...

Remous dans les Églises

par Étienne Perrot sj - Épidémies, guerres, effondrements économiques, grandes découvertes d’ordre géographique, physique, électronique ou biologique, accidents divers, tous ces événements brutaux subvertissent la culture, provoquent des crises dans les organes de décision et engendrent toujours des effets imprévisibles sur la société. Le contrecoup sur la vie des Églises a souvent été souligné. La récente crise sanitaire ne fait pas exception.

La Cour des comptes épinglée

Heureuse République Genevoise! Un récent éditorial du Temps craint «l’inertie politique» provoquée par les méthodes de la Cour des comptes de Genève. Évidemment, il est difficile d’attaquer de front l’objectif de salubrité publique des contrôles exercés par la Cour des comptes sur les dérapages et présentations financières hasardeuses des entités publiques. Comme toujours, lorsque le fond est inattaquable, on critique la forme, la méthode, le ton.

Dette et vieillissement de la Suisse

Pour amortir les effets socioéconomiques désastreux de la récente pandémie, tous les pays touchés se sont endettés pour allouer généreusement prêts et subventions. La Suisse, en bien meilleure santé financière que la plupart des pays voisins, n’a pas fait exception -à la nuance près qu’elle peut facilement se le permettre tout en aidant les pays les plus touchés- ce qu’elle a fait. En mai dernier, un crédit de 57 milliards de francs suisses avait été ouvert, pour soutenir principalement les PME. Finalement, selon les estimations du Conseil fédéral, la facture pour la Confédération devrait avoisiner les 40 milliards de francs.

Appel d'offre au Vatican

Le 1er juin dernier fut publiée une «lettre apostolique» en forme de Motu Proprio (c’est à dire de la propre initiative) du pape François, signée le 19 mai 2020. Cette lettre se présente comme un acte législatif de nonante-huit articles portant sur «la transparence, le contrôle et la concurrence dans les procédures d’adjudication des contrats publics du Saint-Siège et de l’État de la Cité du Vatican».

Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

D'hier à aujourd'hui
de Jean-Blaise Fellay sj

Le triptyque du quotidien
de Julien Lambert sj

La chronique de l'invité
des jésuites

Les pierres vivantes
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Vie Spirituelle
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