Le coup d'épingle d’Étienne Perrot sj

EPerrot18 Les journaux sont pleins de phrases extraordinaires. Car les journalistes laissent parfois couler de leur plume des mots... à double sens, des contradictions flagrantes, des lapsus qui révèlent l'inconscient social caché sous des évidences élémentaires. Étienne Perrot sj, polygraphe posté aux frontières de l'économie, de la sociologie et de la politique, s'est piqué au jeu.

Tous les huit ou dix jours, il épingle un mot, une phrases, une expression triviale et creuse les enjeux de société qui sont enfouis dedans.

Étienne Perrot tient également un blog sur le site de la revue Études  www.revue-etudes.com

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La loi du consentement

Parmi tous les harcèlements dans le cadre du travail, dénigrements, moqueries systématiques, mobbing, pression psychologique, physique ou morale, celui à connotation sexuelle, envoi d’images pornographiques, promesses d’avantages indus, tient une place particulière. Certes, le docteur Freud a posé le fond libidinal de la plupart de nos actes humains ; mais – chose nouvelle dans notre modernité récente – le harcèlement à connotation sexuelle s’est engouffré dans le grand courant social de condamnation de tout relation – qu’elle soit de travail ou pas – non consentie.
L’actualité Genevoise en donne une parfaite illustration. La Conseillère d’État, Nathalie Fontanet, annonce qu’elle met en place une formation pour sensibiliser les collaborateurs de ses Services au harcèlement sexuel. La définition qu’elle donne du harcèlement est «un comportement importun qui engendre un climat de travail toxique». J’aurais préféré qu’elle sépare la morale du respect – dû à chacune de ses collaboratrices et à tous ses collaborateurs – du fond d’efficacité du travail. Mais ce serait trop demander.
Dans le même sens, outre le viol ou la contrainte sexuelle, est apparue une proposition de résolution visant à introduire l’idée centrale de consentement dans le Code pénal helvétique. Le Grand Conseil s’est saisi de la proposition. De leur côté, les Collectifs romands de la Grève féministe lutte pour que soit changée la définition pénale du viol, en mettant au centre de la définition l’absence de consentement.
Je ne peux que me réjouir de ce mouvement social et politique. Car le consentement est ce qui fait la dignité de cet animal social qu’est l’être humain. C’est d’ailleurs ce qu’a retenu la théologie sacramentelle de l’Église catholique romaine, en plaçant le consentement des époux au cœur du sacrement de mariage. Forçant le trait jusqu’à l’absurde, le poète Paul Claudel fait dire à l’un des personnages du Soulier de satin que «ce qui fait le mariage, ce n’est pas l’amour, c’est le consentement» (sic). Comme si l’amour était étranger au consentement. Quoi qu’il en soit des errements matrimoniaux de Paul Claudel, le consentement est à la fois signe de la liberté de chacun, et garant de son inscription dans le tissu de relations avec autrui ; ce qui fait sa dignité.
J’ajoute deux sous dans la musique en soulignant la radicale ambiguïté de la notion de consentement. De même que, comme dit le proverbe, l’appétit vient en mangeant, de même ce à quoi chacun consentit évolue avec la qualité de la relation et de l’expérience vécue. On ne consent pas a priori à un programme de regards, de gestes, de postures définis à l’avance, à la manière d’une procédure calibrée ou d’un plan défini par une autorité supérieure. Autant certain regard peut être d’emblée deshumanisant, autant il faut laisser sa chance à une relation – même au travail – où l’affectivité peut s’épanouir. La Conseillère d’État citée plus haut le reconnaît en remarquant que le but de la sensibilisation au harcèlement sexuel mis en place dans ses Services genevois n’a rien d’incompatible avec l’émergence de couples nés dans le milieu de travail. Ouf !

RTS & Burnout

La presse joue son rôle lorsqu’elle dénonce l’irrespect dont les employé(e)s sont victimes -et pas simplement l’injustice, l’exploitation des salariés ou l’aliénation des travailleurs. Les entreprises publiques, tout comme les organisations et associations humanitaires, n’ont évidemment aucun droit à échapper à ces critiques lorsqu’elles sont méritées. L’objet social de ces entreprises, organisations et associations, ne saurait les mettre à l’abri de suspicions légitimes.

Ne pas financer l'armement

Chacun fait ce qu’il peut pour l’avenir de la planète. Les consommateurs savent qu’ils peuvent choisir selon des critères plus écologiques, les gouvernants savent qu’ils peuvent ajuster les réglementations, les chefs d’entreprise savent qu’ils peuvent prendre des options plus sociales. Bien entendu, tous ces savoirs ne se traduisent pas immédiatement en décisions sonnantes et trébuchantes. Car les obstacles sont nombreux: techniques, politiques, culturels et financiers. Ce dernier obstacle a suscité depuis longtemps un mouvement qui prend de l’ampleur -même si les ambiguïtés sont nombreuses- sous le nom de la «finance éthique». Les Fonds de placement éthique font désormais parti de la plupart des offres bancaires; certaines banques proposent même des placements «cousus main» qui répondent à l’éthique spécifique du client.

La politique des religions

La commission Justice et Paix de la Conférence des évêques suisses, parmi d’autres instances caritatives et religieuses -dont Caritas Suisse- , a pris position en faveur de l’initiative populaire Pour des multinationales responsables. Cette initiative, soumise à la votation populaire du 29 novembre prochain, prévoit la compétence des tribunaux helvétiques en cas de dommages touchant les droits humains ou l’environnement imputables aux firmes multinationales pour leurs activités et filiales à l’étranger. Initiative arrogante qui interfère avec les juridictions étrangères, prétend la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter. Elle aurait pu ajouter que l’initiative crée une extraterritorialité juridique. Ce que l’on reproche avec juste raison au «protecteur» américain (l’extraterritorialité juridique) doit-il camper dans le droit suisse? Très logiquement, le contre-projet présenté par le Conseil fédéral est moins contraignant.

Espace public et sphère privée

Je ne peux pas m’empêcher d’épingler la juxtaposition de deux expressions rassemblées par la lutte contre la deuxième vague de la pandémie. Ainsi cette formule rencontrée un peu partout sur les sites de plusieurs journaux helvétiques. En substance: «Le Conseil fédéral ne prévoit pas de mettre le pays en confinement comme au printemps dernier. En revanche, l’interdiction des regroupements, tant dans l’espace public que dans la sphère privée, est envisagée». Espace public et sphère privée, pourquoi les distinguer? puisqu’il s’agit d’un seul et même objectif: éviter les contacts physiques propices à la circulation du virus.

La pandémie et la règle

La recrudescence de la pandémie provoque les réactions attendues de la part des autorités sanitaires et politiques. Le Valais a le premier «montré l’exemple» en interdisant les manifestations populaires sportives et culturelles. Le canton de Genève s’apprête à prendre de nouvelles dispositions compte tenu de l’afflux aux HUG de malades atteints du virus. La saturation est en vue. Les cliniques privées sont déjà réquisitionnées pour prendre en charge les malades atteints d’autres affections que celles du virus, tandis que les opérations chirurgicales les moins urgentes sont remises à une date ultérieure.

Fratelli Tutti et l'économie de marché

Avant-hier, 13 octobre, le fondateur de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, louait la récente encyclique du pape François Fratelli Tutti publiée le 4 octobre 2020; car il y voyait une bonne présentation des errements du capitalisme libéral. Dix jours plus tard, le site du Centre catholique des médias (www.cath.ch) publiait une interview d’un prêtre américain, Robert Sirico, critiquant l’encyclique. Le monde à l’envers?

Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

D'hier à aujourd'hui
de Jean-Blaise Fellay sj

Le triptyque du quotidien
de Julien Lambert sj

La chronique de l'invité
des jésuites

Les pierres vivantes
de Pierre Martinot-Lagarde sj

Vie Spirituelle
au temps du coronavirus

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