Le coup d'épingle d’Étienne Perrot sj

EPerrot18 Les journaux sont pleins de phrases extraordinaires. Car les journalistes laissent parfois couler de leur plume des mots... à double sens, des contradictions flagrantes, des lapsus qui révèlent l'inconscient social caché sous des évidences élémentaires. Étienne Perrot sj, polygraphe posté aux frontières de l'économie, de la sociologie et de la politique, s'est piqué au jeu.

Tous les huit ou dix jours, il épingle un mot, une phrases, une expression triviale et creuse les enjeux de société qui sont enfouis dedans.

Étienne Perrot tient également un blog sur le site de la revue Études  www.revue-etudes.com

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Patrick Chappatte

Je l’avoue, les premières choses que je regarde en ouvrant un journal, ce sont les dessins de presse. Les articles dits «de fond» – ou parfois «de fonds» – viennent ensuite, lorsque je ne suis pas trop fatigué, enfin je m’intéresse les événements locaux, aux anecdotes curieuses et enfin au sport. Pourquoi les dessins de presse ? Parce que c’est un genre littéraire qui allie l’humour (je n’aime pas l’ironie qui témoigne d’un mépris prétentieux) et la mise au jour d’un aspect caché de l’actualité. L’humour me permet de sourire avec le dessinateur, la mise au jour d’un point de vue particulier auquel je ne m’attendais pas enrichit ma vision des choses.
Cet appétit pour le dessin de presse justifie le plaisir que j'éprouve en apprenant que le dessinateur Patrick Chappatte vient d’être récompensé par la Fondation pour Genève. Il en a reçu le prix pour cette année 2020. La Tribune de Genève le souligne : «Genève salue la satire, l’esprit frondeur et la liberté d’expression». Quant au travail du dessinateur récompensé, il est gratifié pour une raison qui mérite d’être rapportée, puisqu’il est présenté comme une : «contribution exceptionnelle au rayonnement de Genève».
J’avoue être un peu déçu par ces attendus trop généraux, que l’on pourrait appliquer à tous les travailleurs genevois – et ils sont nombreux – qui, eux aussi, chacun dans sa spécialité, contribuent au rayonnement exceptionnel de Genève.
Pourquoi déçu ? à cause de ce qu’il manque à ces qualificatifs. Ce qu’il manque, ce n’est pas la générosité du propos, c’est l’adéquation à la personnalité de Patrick Chappatte. Personnellement, ce que j’apprécie chez lui, c’est l’attention aux laissés-pour-compte, la nostalgie un peu triste, et – dernier nommé, mais non le moindre – le sens des soucis quotidiens du lecteur lambda qui subira finalement les contrecoups que les autorités publiques n’avaient pas envisagés. Bref, ce que j’apprécie le plus cher Patrick Chappatte, c’est son sens politique.

Votations fédérales, les journalistes prennent position

À l’occasion de la prochaine votation du 27 septembre 2020, la question se pose de l’influence des médias. Les Grecs de l’Antiquité voyaient dans le «parler vrai», sans réticence et par l’annonce sans fioritures de son opinion, la condition de la démocratie. À partir du XIXe siècle, avec la monté en puissance des votations dans la vie politique, les journaux ont élargi leur domaine -l’information mondaine, commerciale et militaire- aux informations politiques; au point qu’une presse libre est apparue bientôt comme la condition d’une vraie démocratie. Le monopole des agences de presse et les nouveaux médias -notamment radio et télévision, aujourd’hui régulation Internet- ont conduit à réglementer la pratique des médias publics en période de votation. Pour les organes entre les mains de l’État, en Suisse comme en France, la solution un peu boiteuse a consisté à donner le même temps de parole aux positions adverses -ou aux partis politiques concurrents. Dans les médias privés, domine généralement la ligne politique choisie par le rédacteur en chef -voire le propriétaire du journal- ou à défaut, le responsable de la rubrique politique. Il n’en va pas de même, semble-t-il, dans le journal Le Temps. (Bien que, déjà, la cooptation et le recrutement des journalistes orientent inéluctablement l’orientation politique du journal.)

Transferts en Chine de talents helvétiques

Chacun sait que, si l’argent ne fait pas le bonheur, il permet cependant d’acquérir les talents que d’autres sont prêts à vendre. Pour le plaisir, la sécurité ou le goût du pouvoir, les talents acquis par des moyens sonnants et trébuchants ne sont pas réservés à la ménagère en quête de bons choux fleurs ou au manager en quête d’un outil performant. C’est pourquoi nul ne s’étonne de voir les pays les plus riches accaparer les chercheurs les plus prometteurs des pays plus pauvres -ou moins disposer à pratiquer la surenchère. Les clubs de football sont l’aspect le plus spectaculaire de cette marchandisation des talents. Mais le phénomène se vérifie également dans des domaines insoupçonnés comme l’exégèse biblique, la philosophie ou la peinture. Les bibliothèques, les conditions de travail et la rémunération se conjuguent pour favoriser cette «libre circulation» transfrontière des talents.

Mobilités sociales en Suisse

Parmi les critiques portées contre les analyses de Thomas Piketty sur les inégalités économiques, à travers le monde en général et aux États-Unis en particulier, l’une épingle l’ignorance de la mobilité sociale. L’économiste, auteur à succès (Le capital au XXIe siècle; Capital et idéologie) aurait oublié, non pas la dimension culturelle, mais la dynamique sociale de ses analyses économiques. Il n’aurait pris que des photographies instantanées des revenus et des patrimoines, les expliquant dans son dernier livre par l’idéologie qui fait de la naissance, du caractère ou du génie entrepreneurial, les justifications discutables des écarts constatés.

Contrôle chinois

Signé en 2015 pour cinq ans, un «Arrangement entre le Secrétariat d’État aux migrations du Département fédéral de justice et police de la Confédération suisse et l’Administration des sorties et des entrées du Ministère de la sécurité publique de la République populaire de Chine concernant l’identification du citoyen chinois présumé en séjour irrégulier en Suisse», mis au jour récemment (fin août 2020) a provoqué de fortes réactions.

Catastrophe sans auteur

La période des vacances est propice à des lectures, parfois divertissantes, parfois instructives. Parmi ces dernières, une chronique parue dans Le Temps a focalisé mon attention sur l’ouvrage de l’historien genevois François Walter Catastrophes, une histoire culturelle XVIe-XXIe siècle. La conclusion que j’en tire n’est pas surprenante: toute catastrophe provoque la recherche d’un fautif. Selon les époques, c’est la faute à la divinité, à la fatalité, au hasard, au responsable, à mon voisin, au chef de l’État, à mon chien ou à la serpillière, rarement -parfois avec raison- à moi. Comme disait un de mes amis qui, conduisant sa voiture, avait raté un tournant et était rentré dans un arbre: «Un arbre a traversé ma route.»

Immigration "raisonnée"

Dans un peu plus d’un mois, le 27 septembre prochain, l’immigration fera l’objet d’une votation sur initiative populaire. Les initiateurs veulent bloquer la libre circulation en Suisse des citoyens européens. Cette initiative est combattue par la plupart des partis –à l’exception de l’UDC–, par le Conseil confédéral, par les syndicats et par le patronat. La raison en est que le succès de l’initiative porterait un coup fatal aux traités bilatéraux conclus avec les pays européens. La Suisse économique et social en pâtirait gravement.

Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

D'hier à aujourd'hui
de Jean-Blaise Fellay sj

Le triptyque du quotidien
de Julien Lambert sj

La chronique de l'invité
des jésuites

Les pierres vivantes
de Pierre Martinot-Lagarde sj

Vie Spirituelle
au temps du coronavirus

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