De la sympathie, on dit qu’elle est naturelle. Elle est ou n’est pas. La rencontre est heureuse avec celui qui est d’un abord agréable. M’accordant à lui par le sentiment -j’ai de la sympathie pour lui- je lui reconnais aussi la qualité d’être sympathique: «Bon sang ce qu’il est sympa!» Donc quoi de plus heureux pour les humains que nous sommes de rencontrer des gens plaisants.

Compatir -sympathie dit en grec ce que dit compassion en latin- c’est donc être accordé avec celui que je rencontre. Pourtant plus que simple accord, celui qui compatit est accordé, au sens musical du terme, avec celui qui souffre. Et cela même si ce dernier est antipathique. Sa souffrance en tous les cas l’est! Compatir c’est donc pâtir avec celui qui subit l’épreuve. La compassion est bien la sympathie mais dans la douleur, la tristesse, le deuil. Elle me fait participer à la vie d’autrui. Elle n’est pas pitié qui regarde de haut. Elle n’est pas abstraite et générale. Elle ne cache pas un secret mépris. En effet, dans la pitié, la détresse singulière de l’autre ne me touche pas. Bien au contraire, la pitié m’en protège! La compassion, elle, est amour, même si cet amour est attristé. Celui qui est ému de compassion n’agit pas par devoir ou par pitié. Il éprouve la misère d’autrui en ses entrailles; il en est retourné.

«Il y a de la conversion dans la compassion»

Converti de son égoïsme toujours renaissant, il est tourné vers autrui. De telle manière qu’il ne le regarde pas de haut mais qu’il se fait, ou est fait, son égal. Sans s’identifier à lui, il l’accompagne sur son chemin douloureux, portant en sa chair ce qu’autrui éprouve au plus profond de lui-même. Ainsi seulement, vivant au plus près de cette sensibilité et de ce cœur souffrant, il est intimement relié à lui. Intime au point qu’il perçoit jusqu’aux souffrances tues par pudeur.

Qui vit de compassion se découvre relié non seulement à autrui mais aussi à la création tout entière qui gémit dans les douleurs de l’enfantement (Rm 8,22). La compassion ouvre à l’universel. Songeons au Cantique des créatures de François d’Assise, à frère soleil, sœur eau, sœur mort… Qui vit de compassion est aussi relié au mystère de la communion des saints tant il est vrai que par elle il a conscience d’appartenir à un corps -l’Église, l’Humanité- dont il pressent qu’il est formé par tout ceux qui ont vécu et vivent de l’Amour qui remue les entrailles de Dieu même.

Si la compassion est la gravité de la sympathie, elle fait percevoir les entrailles de Dieu qui s’identifiant à l’humanité souffrante, travaille en secret pour accomplir la Promesse: «Vous serez affligés mais votre affliction tournera en joie» (Jn 16,20). Elle débouche sur l’Amour joyeux -la charité- qui connaît le prix de toutes choses et le poids de leur traversée…

Luc Ruedin sj

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Ces minutes heureuses

Pleines de sel et de feu, de saveur et de flamboyance, des minutes heureuses nous sont accordées: instants de grâce car de perte, joyeux et douloureux en leur mystérieuse fulgurance. Instants de traversée aussi qui nous importent. Chargés d’éternité vivante, ils nous soulèvent, semblent nous enlever à notre quotidien trop banal, souvent lourd à porter. Si légers qu’ils semblent venus d’ailleurs, si pleins qu’ils transfigurent toute chose. Qu’en faisons-nous? Quelle portée concrète ont-ils sur nos existences?

Le royaume de la sensation

Il m’arrive au matin de me réveiller sans énergie, sans vitalité. Une espèce d’atonie, d’apathie me cloue au lit. Une vie amorphe et sans consistance semble alors être mon lot. Sous l’emprise de cette humeur noire, je redoute le jour qui s’annonce. Tant il sera lourd, gris et sans relief. À vrai dire, je suis plombé, sans ressort et pour tout dire atomisé.

De la compassion...

De la sympathie, on dit qu’elle est naturelle. Elle est ou n’est pas. La rencontre est heureuse avec celui qui est d’un abord agréable. M’accordant à lui par le sentiment -j’ai de la sympathie pour lui- je lui reconnais aussi la qualité d’être sympathique: «Bon sang ce qu’il est sympa!» Donc quoi de plus heureux pour les humains que nous sommes de rencontrer des gens plaisants.

Sur la terre comme au ciel

Sur la terre comme au ciel, tel était l’intitulé d’une émission religieuse voici quelques années sur RSR2 devenue RTS Deux. Elle se voulait un commentaire évangélique de l’actualité telle qu’elle se faisait. Judicieux, son titre exprimait bien ce que les chrétiens célèbrent à Noël.

Choisir la jeunesse

Quel que soit notre âge, ne désirons-nous pas toujours la jeunesse? Elle est sinon notre nostalgie, du moins notre aspiration. Elle reste dans notre imaginaire comme un paradis perdu, un Eden à retrouver. Ainsi du corps. Notre société ne cesse de nous proposer de le rajeunir, de le garder intact des ravages du temps. Ainsi de l’âme. Méthodes de développement personnel et techniques de méditation sont foison. Quelle place font-elles à la mort, cette limite incontournable qui, signant notre finitude, nous humanise?

De l’importance de la décantation

«Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse» dit le proverbe. En effet, à s’exposer trop longtemps à une situation difficile, ambigüe, délicate, risquée, on finit par en subir les conséquences. Qui une fois ou l’autre n’a dû boire la coupe jusqu’à la lie et y laisser sa peau? Du stress au burn-out, du petit verre à l’alcoolisme, de la prise de risque inconsidérée à la mort, le pas est vite franchi. À trop vouloir tirer sur la corde, elle se rompt. À trop la distendre tout se rompt! Comment adopter l’attitude juste qui nous permet de promouvoir la vraie vie? Comment être rigoureux sans être rigide? Être souple sans être relâche?

L'espace ouvert

Est clos ce qui sert à obstruer le passage, à enclore un espace (définition du Petit Robert). Contrairement au sens courant, dans la vie spirituelle, la clôture n’est pas un emplacement fermé. Elle crée un espace intime qui ouvre notre horizon. Elle façonne un lieu où se vit la relation. Lieu et temps réservés pour la prière préservent l’écart par rapport au monde. Il est indispensable pour nourrir le lien vital qui nous rapporte au Christ.

À partir de la fin

L’autre soir j’admirais la lune qui jouait à cache-cache avec les nuages tantôt nombreux, tantôt clairsemés. Soudain elle s’offrit en sa pleine clarté, belle et lumineuse. Le paysage alentour fut comme transfiguré. Monts et collines, arbres et pâturages, demeures et chemins apparurent comme en plein jour. Je ne savais sur quoi laisser trainer mon regard: le disque lunaire dont la splendeur n’avait d’équivalent?

La dispersion surmontée

De toute évidence, s'agissant de notre vie, nous avons à nous laisser guérir de la dispersion. S'insinuant souvent à notre insu elle est au cœur de nos existences.

À corps gagnant

Notre société promeut l’image d’un corps parfait. Bronzer, soigner l’éclat de son teint, traquer la pilosité, sculpter ou liposucer son corps jusqu’à la perfection imposée par l’idéal plastique de notre temps, en viennent à faire oublier que nous n’existons qu’en habitant notre corps. À la différence du corps-objet, chose parmi les choses, le corps-sujet, est bien le vécu que j’ai de lui. Loin d’avoir un corps, je suis mon corps. Marqué par l’histoire, il est unique. Pierre n’est pas Jean, Jésus n’est pas Gautama.