Sur la terre comme au ciel, tel était l’intitulé d’une émission religieuse voici quelques années sur RSR2 devenue RTS Deux. Elle se voulait un commentaire évangélique de l’actualité telle qu’elle se faisait. Judicieux, son titre exprimait bien ce que les chrétiens célèbrent à Noël.

Sur la terre déroulerait donc ce qui se passe au Ciel. Un lien secret relierait notre monde visible avec cet Invisible qui le tisse en profondeur. Encore faut-il pour le découvrir exercer un certain regard, mettre en œuvre une capacité à discerner en quoi et comment le Royaume de Dieu prend chair en notre monde. Car si le Ciel devait être comme notre terre où se perpétuent guerres et horreurs comment croire à Sa bonté? Cependant l’émission ne s’intitulait pas «Au Ciel comme sur la terre» mais bien «Sur la terre comme au Ciel». À nous donc de nous laisser imprégner du Royaume de Dieu pour le découvrir à l’œuvre ici-bas.

La contemplation de l’Incarnation qu’Ignace nous propose de faire dans les Exercices spirituels nous y aide. Il s’agit de se «brancher» sur le Ciel pour découvrir au cœur de notre terre le dessein mystérieux de Dieu. Après avoir découvert combien ce que la Tradition nomme le péché nous enferme et obscurcit notre compréhension de Dieu et être ainsi disposé à contempler la vie de Jésus-Christ, Ignace nous invite à nous représenter comment Dieu vient à l’homme et se fait l’un de nous. L’exercice consiste à voir, entendre et regarder l’Annonciation à Notre-Dame avec en arrière-fond de la scène d’une part le monde tel qu’il va, et d’autre part les trois personnes divines décidant l’Incarnation.

Pour discerner le dessein de Dieu, il s’agit donc, dans la foi, de se situer du point de vue de Dieu sans pour autant quitter la terre puisque c’est en elle que s’accomplit le dessein divin. Après avoir vu comment les hommes agissent, le retraitant est invité à voir comment Dieu voit… ce qu’il a perçu! Il ne regarde plus à partir de lui-même mais considère comment les personnes divines regardent l’humanité et ce qu’elles décident de faire pour la sauver. Demandant la grâce de voir comme Dieu voit, il situe alors Dieu comme sujet lui offrant du coup la possibilité d’agir dans le monde. Voir, entendre et regarder comment Dieu agit et «réfléchir afin de tirer profit de cette vue» transforme notre perception du monde. En effet, il ne s’agit pas de spéculer, de ratiociner, mais de laisser le dessein de Dieu se refléter en nous comme dans un miroir. Laisser cette réalité mystérieuse qu’est le Salut de Dieu rayonner dans notre vie, c’est lui donner corps. Le salut devient palpable, concret. Jaillit alors un cri d’étonnement et de gratitude.

Contempler, c’est se laisser imprégner jusqu’en nos entrailles de ce mouvement de Salut que la foi nomme l’Incarnation. Au cœur de notre chair émerge alors une joie consolatrice qui est comme le dit Ignace accroissement d’espérance, de foi et de charité. Devenue vivante, la Parole de Dieu nous parle puisqu’elle nous transforme. Elle nous fait découvrir que la terre est, malgré les apparences, le lieu où croît le Royaume de Dieu. Joyeux Noël sur la terre… comme au Ciel!

Luc Ruedin sj

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Ces minutes heureuses

Pleines de sel et de feu, de saveur et de flamboyance, des minutes heureuses nous sont accordées: instants de grâce car de perte, joyeux et douloureux en leur mystérieuse fulgurance. Instants de traversée aussi qui nous importent. Chargés d’éternité vivante, ils nous soulèvent, semblent nous enlever à notre quotidien trop banal, souvent lourd à porter. Si légers qu’ils semblent venus d’ailleurs, si pleins qu’ils transfigurent toute chose. Qu’en faisons-nous? Quelle portée concrète ont-ils sur nos existences?

Le royaume de la sensation

Il m’arrive au matin de me réveiller sans énergie, sans vitalité. Une espèce d’atonie, d’apathie me cloue au lit. Une vie amorphe et sans consistance semble alors être mon lot. Sous l’emprise de cette humeur noire, je redoute le jour qui s’annonce. Tant il sera lourd, gris et sans relief. À vrai dire, je suis plombé, sans ressort et pour tout dire atomisé.

De la compassion...

De la sympathie, on dit qu’elle est naturelle. Elle est ou n’est pas. La rencontre est heureuse avec celui qui est d’un abord agréable. M’accordant à lui par le sentiment -j’ai de la sympathie pour lui- je lui reconnais aussi la qualité d’être sympathique: «Bon sang ce qu’il est sympa!» Donc quoi de plus heureux pour les humains que nous sommes de rencontrer des gens plaisants.

Sur la terre comme au ciel

Sur la terre comme au ciel, tel était l’intitulé d’une émission religieuse voici quelques années sur RSR2 devenue RTS Deux. Elle se voulait un commentaire évangélique de l’actualité telle qu’elle se faisait. Judicieux, son titre exprimait bien ce que les chrétiens célèbrent à Noël.

Choisir la jeunesse

Quel que soit notre âge, ne désirons-nous pas toujours la jeunesse? Elle est sinon notre nostalgie, du moins notre aspiration. Elle reste dans notre imaginaire comme un paradis perdu, un Eden à retrouver. Ainsi du corps. Notre société ne cesse de nous proposer de le rajeunir, de le garder intact des ravages du temps. Ainsi de l’âme. Méthodes de développement personnel et techniques de méditation sont foison. Quelle place font-elles à la mort, cette limite incontournable qui, signant notre finitude, nous humanise?

De l’importance de la décantation

«Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse» dit le proverbe. En effet, à s’exposer trop longtemps à une situation difficile, ambigüe, délicate, risquée, on finit par en subir les conséquences. Qui une fois ou l’autre n’a dû boire la coupe jusqu’à la lie et y laisser sa peau? Du stress au burn-out, du petit verre à l’alcoolisme, de la prise de risque inconsidérée à la mort, le pas est vite franchi. À trop vouloir tirer sur la corde, elle se rompt. À trop la distendre tout se rompt! Comment adopter l’attitude juste qui nous permet de promouvoir la vraie vie? Comment être rigoureux sans être rigide? Être souple sans être relâche?

L'espace ouvert

Est clos ce qui sert à obstruer le passage, à enclore un espace (définition du Petit Robert). Contrairement au sens courant, dans la vie spirituelle, la clôture n’est pas un emplacement fermé. Elle crée un espace intime qui ouvre notre horizon. Elle façonne un lieu où se vit la relation. Lieu et temps réservés pour la prière préservent l’écart par rapport au monde. Il est indispensable pour nourrir le lien vital qui nous rapporte au Christ.

À partir de la fin

L’autre soir j’admirais la lune qui jouait à cache-cache avec les nuages tantôt nombreux, tantôt clairsemés. Soudain elle s’offrit en sa pleine clarté, belle et lumineuse. Le paysage alentour fut comme transfiguré. Monts et collines, arbres et pâturages, demeures et chemins apparurent comme en plein jour. Je ne savais sur quoi laisser trainer mon regard: le disque lunaire dont la splendeur n’avait d’équivalent?

La dispersion surmontée

De toute évidence, s'agissant de notre vie, nous avons à nous laisser guérir de la dispersion. S'insinuant souvent à notre insu elle est au cœur de nos existences.

À corps gagnant

Notre société promeut l’image d’un corps parfait. Bronzer, soigner l’éclat de son teint, traquer la pilosité, sculpter ou liposucer son corps jusqu’à la perfection imposée par l’idéal plastique de notre temps, en viennent à faire oublier que nous n’existons qu’en habitant notre corps. À la différence du corps-objet, chose parmi les choses, le corps-sujet, est bien le vécu que j’ai de lui. Loin d’avoir un corps, je suis mon corps. Marqué par l’histoire, il est unique. Pierre n’est pas Jean, Jésus n’est pas Gautama.