De toute évidence, s'agissant de notre vie, nous avons à nous laisser guérir de la dispersion. S'insinuant souvent à notre insu elle est au cœur de nos existences.

Elle est partout: de corps et d'esprit, d'espace et de temps, cause de relations si mal vécues. Nous pouvons bien être corporellement présents, notre esprit lui vagabonde soucieux des lendemains, perdu dans ses regrets ou distrait par mille attraits extérieurs qui affolent son attention. Nous écoutons, parlons, regardons, travaillons, sans être réellement présents au monde et à nous-mêmes! Quand soudain nous en prenons conscience, nous tentons de ramener notre attention à ce que nous faisons. Peine perdue! Notre mental n'en a cure. Comment unifier notre esprit et notre corps, être présent avec tout ce que nous sommes ici et maintenant? Comment vivre d'incarnation?

Il faut pour remédier à cet état plus que l'effort. Une piste peut toutefois nous aider. Prenons par exemple ces situations où nous sentons bien que rien ne va plus: "trop dans la tête" comme l'on dit. Il s'agit alors de nous engager dans un exercice simple. Il suffit souvent de nous ouvrir au monde concret en donnant la priorité à notre corps et à nos sens: regarder attentivement ce qui nous entoure, écouter patiemment l'autre ou... le silence, toucher un tronc d'arbre, goûter et savourer les aliments que nous mangeons, renifler les odeurs qui traînent... Autant de gestes qui nous ramènent au réel, au présent. Ainsi également de ces activités toutes simples -faire la vaisselle, le jardin, la cuisine, arroser les fleurs- qui sans que nous le voulions nous apaisent et nous pacifient. C'est que toutes ont d'abord affaire à nos sens en les stimulant, à notre corps en le faisant agir!

La vraie vie n'est pas dans l'idée mais dans les sensations perçues qui nous aident à prendre chair. S'y rendre attentif ou simplement les exercer par des activités simples, laborieuses et quotidiennes, c'est reconnaître que nous sommes immergés dans un monde qui est plus riche que ce que nous en pensons. C'est surtout trouver simplement Dieu en toute chose puisqu'Il en est le Créateur: Sa Présence invisible nous remet debout lorsque nous nous laissons atteindre par la médiation de Sa Création. Nous reconnaissant créatures limitées par notre corps, nous nous disposons à sentir les effets de Son Amour, de Ses visites qui nous recréent... En ce mouvement, nous sommes dès lors ramenés à ce que nous sommes réellement. Recentrés nous voici délivrés de cette disposition mensongère souvent inconsciente qui enlève le goût de la vie

Luc Ruedin sj

Geraniums2 Beat09 38e1f© Beat Altenbach sj

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Ces minutes heureuses

Pleines de sel et de feu, de saveur et de flamboyance, des minutes heureuses nous sont accordées: instants de grâce car de perte, joyeux et douloureux en leur mystérieuse fulgurance. Instants de traversée aussi qui nous importent. Chargés d’éternité vivante, ils nous soulèvent, semblent nous enlever à notre quotidien trop banal, souvent lourd à porter. Si légers qu’ils semblent venus d’ailleurs, si pleins qu’ils transfigurent toute chose. Qu’en faisons-nous? Quelle portée concrète ont-ils sur nos existences?

Le royaume de la sensation

Il m’arrive au matin de me réveiller sans énergie, sans vitalité. Une espèce d’atonie, d’apathie me cloue au lit. Une vie amorphe et sans consistance semble alors être mon lot. Sous l’emprise de cette humeur noire, je redoute le jour qui s’annonce. Tant il sera lourd, gris et sans relief. À vrai dire, je suis plombé, sans ressort et pour tout dire atomisé.

De la compassion...

De la sympathie, on dit qu’elle est naturelle. Elle est ou n’est pas. La rencontre est heureuse avec celui qui est d’un abord agréable. M’accordant à lui par le sentiment -j’ai de la sympathie pour lui- je lui reconnais aussi la qualité d’être sympathique: «Bon sang ce qu’il est sympa!» Donc quoi de plus heureux pour les humains que nous sommes de rencontrer des gens plaisants.

Sur la terre comme au ciel

Sur la terre comme au ciel, tel était l’intitulé d’une émission religieuse voici quelques années sur RSR2 devenue RTS Deux. Elle se voulait un commentaire évangélique de l’actualité telle qu’elle se faisait. Judicieux, son titre exprimait bien ce que les chrétiens célèbrent à Noël.

Choisir la jeunesse

Quel que soit notre âge, ne désirons-nous pas toujours la jeunesse? Elle est sinon notre nostalgie, du moins notre aspiration. Elle reste dans notre imaginaire comme un paradis perdu, un Eden à retrouver. Ainsi du corps. Notre société ne cesse de nous proposer de le rajeunir, de le garder intact des ravages du temps. Ainsi de l’âme. Méthodes de développement personnel et techniques de méditation sont foison. Quelle place font-elles à la mort, cette limite incontournable qui, signant notre finitude, nous humanise?

De l’importance de la décantation

«Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse» dit le proverbe. En effet, à s’exposer trop longtemps à une situation difficile, ambigüe, délicate, risquée, on finit par en subir les conséquences. Qui une fois ou l’autre n’a dû boire la coupe jusqu’à la lie et y laisser sa peau? Du stress au burn-out, du petit verre à l’alcoolisme, de la prise de risque inconsidérée à la mort, le pas est vite franchi. À trop vouloir tirer sur la corde, elle se rompt. À trop la distendre tout se rompt! Comment adopter l’attitude juste qui nous permet de promouvoir la vraie vie? Comment être rigoureux sans être rigide? Être souple sans être relâche?

L'espace ouvert

Est clos ce qui sert à obstruer le passage, à enclore un espace (définition du Petit Robert). Contrairement au sens courant, dans la vie spirituelle, la clôture n’est pas un emplacement fermé. Elle crée un espace intime qui ouvre notre horizon. Elle façonne un lieu où se vit la relation. Lieu et temps réservés pour la prière préservent l’écart par rapport au monde. Il est indispensable pour nourrir le lien vital qui nous rapporte au Christ.

À partir de la fin

L’autre soir j’admirais la lune qui jouait à cache-cache avec les nuages tantôt nombreux, tantôt clairsemés. Soudain elle s’offrit en sa pleine clarté, belle et lumineuse. Le paysage alentour fut comme transfiguré. Monts et collines, arbres et pâturages, demeures et chemins apparurent comme en plein jour. Je ne savais sur quoi laisser trainer mon regard: le disque lunaire dont la splendeur n’avait d’équivalent?

La dispersion surmontée

De toute évidence, s'agissant de notre vie, nous avons à nous laisser guérir de la dispersion. S'insinuant souvent à notre insu elle est au cœur de nos existences.

À corps gagnant

Notre société promeut l’image d’un corps parfait. Bronzer, soigner l’éclat de son teint, traquer la pilosité, sculpter ou liposucer son corps jusqu’à la perfection imposée par l’idéal plastique de notre temps, en viennent à faire oublier que nous n’existons qu’en habitant notre corps. À la différence du corps-objet, chose parmi les choses, le corps-sujet, est bien le vécu que j’ai de lui. Loin d’avoir un corps, je suis mon corps. Marqué par l’histoire, il est unique. Pierre n’est pas Jean, Jésus n’est pas Gautama.