Aujourd’hui qui parle encore de libération? Voici plus de 50 ans, ce mot était sur toutes les lèvres: Mai 68 et sa révolution mettaient à mal l’ordre bourgeois établi. On croyait avoir dégagé la liberté de son carcan en lui ouvrant les larges horizons du libre choix sans contrainte. Hélas, elle a vite été récupérée par la machine socio-économique qui l’a asservie et réussit à l’endormir. Car le désir, je veux dire ce mouvement incompressible qui trouve racine en-deçà de l’homme, le met en mouvement et le projette vers l’Infini, ce désir de liberté est fragile. Il peut vite être manipulé et défiguré, que ce soit par un système religieux étouffant ou par le néo-libéralisme à tous crins de nos sociétés post-modernes qui ne se prive pas de le détourner à des fins bassement mercantiles.

Comment redonner alors le goût de la liberté à notre monde? Comment la libérer de ces pièges idolâtres et lui permettre de nous mettre debout, de faire de nous des Vivants? N’est-ce pas en témoignant de la résurrection que le souffle de la Pentecôte nous donne d’incarner dans notre monde? Tel l’IRM médicale -Imagerie par Résonance Magnétique- qui utilise un champ magnétique très puissant pour générer une image des organes et des tissus internes, l’IRM divine -Initiative, Reconnaissance et Mission- qui structure les récits d’apparition du Christ à ses disciples peut, par l’Esprit, générer en nous un tissu relationnel invisible à l’œil nu, mais perceptible aux yeux de la foi. En effet, l’initiative du Ressuscité qui se montre le même et pourtant tout-autre, au point que ses disciples ont de la peine à le reconnaître, provoque les témoins de sa Présence à en proclamer la mystérieuse proximité à leurs frères et sœurs.

Sous les traits du jardinier, le Ressuscité interpelle Marie de Magdala; cet appel éveille son identité profonde, indissociable du désir de la Présence de son Seigneur. Les ondes de cette voix unique entre toutes la rendent à elle-même. Elle le reconnaît alors comme son Rabbouni. Intimée à ne pas le retenir et à témoigner de cette Présence qui fait naître en elle «la femme intérieure», toute à la joie de la vraie liberté, elle rejoint ses frères. En cette expérience indicible, elle a traversé l’ultime contrainte de la condition humaine: la mort.

Telle Marie, ne devrions-nous pas nous brancher plus souvent sur l’IRM de la Résurrection? Ouvrir notre cœur à l’initiative toujours déconcertante de Dieu et reconnaître sa Présence nous donnent de nous découvrir aimés sans raison, gratuitement. Et puis, vivre simplement cette Mission: transmettre ce champ magnétique qui, en irradiant notre espace relationnel, fait apparaître l’image d’un Dieu de liberté et entrer dans une expérience de fraternité.

Luc Ruedin sj

Bale Beat09 modif © Beat Altenbach sj

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Ces minutes heureuses

Pleines de sel et de feu, de saveur et de flamboyance, des minutes heureuses nous sont accordées: instants de grâce car de perte, joyeux et douloureux en leur mystérieuse fulgurance. Instants de traversée aussi qui nous importent. Chargés d’éternité vivante, ils nous soulèvent, semblent nous enlever à notre quotidien trop banal, souvent lourd à porter. Si légers qu’ils semblent venus d’ailleurs, si pleins qu’ils transfigurent toute chose. Qu’en faisons-nous? Quelle portée concrète ont-ils sur nos existences?

Le royaume de la sensation

Il m’arrive au matin de me réveiller sans énergie, sans vitalité. Une espèce d’atonie, d’apathie me cloue au lit. Une vie amorphe et sans consistance semble alors être mon lot. Sous l’emprise de cette humeur noire, je redoute le jour qui s’annonce. Tant il sera lourd, gris et sans relief. À vrai dire, je suis plombé, sans ressort et pour tout dire atomisé.

De la compassion...

De la sympathie, on dit qu’elle est naturelle. Elle est ou n’est pas. La rencontre est heureuse avec celui qui est d’un abord agréable. M’accordant à lui par le sentiment -j’ai de la sympathie pour lui- je lui reconnais aussi la qualité d’être sympathique: «Bon sang ce qu’il est sympa!» Donc quoi de plus heureux pour les humains que nous sommes de rencontrer des gens plaisants.

Sur la terre comme au ciel

Sur la terre comme au ciel, tel était l’intitulé d’une émission religieuse voici quelques années sur RSR2 devenue RTS Deux. Elle se voulait un commentaire évangélique de l’actualité telle qu’elle se faisait. Judicieux, son titre exprimait bien ce que les chrétiens célèbrent à Noël.

Choisir la jeunesse

Quel que soit notre âge, ne désirons-nous pas toujours la jeunesse? Elle est sinon notre nostalgie, du moins notre aspiration. Elle reste dans notre imaginaire comme un paradis perdu, un Eden à retrouver. Ainsi du corps. Notre société ne cesse de nous proposer de le rajeunir, de le garder intact des ravages du temps. Ainsi de l’âme. Méthodes de développement personnel et techniques de méditation sont foison. Quelle place font-elles à la mort, cette limite incontournable qui, signant notre finitude, nous humanise?

De l’importance de la décantation

«Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse» dit le proverbe. En effet, à s’exposer trop longtemps à une situation difficile, ambigüe, délicate, risquée, on finit par en subir les conséquences. Qui une fois ou l’autre n’a dû boire la coupe jusqu’à la lie et y laisser sa peau? Du stress au burn-out, du petit verre à l’alcoolisme, de la prise de risque inconsidérée à la mort, le pas est vite franchi. À trop vouloir tirer sur la corde, elle se rompt. À trop la distendre tout se rompt! Comment adopter l’attitude juste qui nous permet de promouvoir la vraie vie? Comment être rigoureux sans être rigide? Être souple sans être relâche?

L'espace ouvert

Est clos ce qui sert à obstruer le passage, à enclore un espace (définition du Petit Robert). Contrairement au sens courant, dans la vie spirituelle, la clôture n’est pas un emplacement fermé. Elle crée un espace intime qui ouvre notre horizon. Elle façonne un lieu où se vit la relation. Lieu et temps réservés pour la prière préservent l’écart par rapport au monde. Il est indispensable pour nourrir le lien vital qui nous rapporte au Christ.

À partir de la fin

L’autre soir j’admirais la lune qui jouait à cache-cache avec les nuages tantôt nombreux, tantôt clairsemés. Soudain elle s’offrit en sa pleine clarté, belle et lumineuse. Le paysage alentour fut comme transfiguré. Monts et collines, arbres et pâturages, demeures et chemins apparurent comme en plein jour. Je ne savais sur quoi laisser trainer mon regard: le disque lunaire dont la splendeur n’avait d’équivalent?

La dispersion surmontée

De toute évidence, s'agissant de notre vie, nous avons à nous laisser guérir de la dispersion. S'insinuant souvent à notre insu elle est au cœur de nos existences.

À corps gagnant

Notre société promeut l’image d’un corps parfait. Bronzer, soigner l’éclat de son teint, traquer la pilosité, sculpter ou liposucer son corps jusqu’à la perfection imposée par l’idéal plastique de notre temps, en viennent à faire oublier que nous n’existons qu’en habitant notre corps. À la différence du corps-objet, chose parmi les choses, le corps-sujet, est bien le vécu que j’ai de lui. Loin d’avoir un corps, je suis mon corps. Marqué par l’histoire, il est unique. Pierre n’est pas Jean, Jésus n’est pas Gautama.