par Luc Ruedin sj - «Au petit bonheur la chance» laisse entendre que le bonheur est le lot de ceux qui bénéficient d’une fortune inespérée. Il en serait ainsi du bonheur comme de l’orage: il nous tomberait dessus sans crier gare. Cet état de grâce répond d’ailleurs au désir impérieux de tout homme d’être comblé une fois pour toutes. N’est-ce pas étrange qu’un état de satisfaction stable et durable soit en même temps placé sous les auspices de Dame Fortune?

Le Sage en a bien conscience lui qui, plutôt que de vouloir à tout prix assurer une satisfaction aléatoire de ses désirs, essaye de s’assurer la maîtrise des siens et tâche de les accorder au monde dans lequel il évolue. Le disciple du Christ quant à lui n’est-il pas invité à la suite de son maître à découvrir un type de bonheur qui ne fraye ni avec la bonne fortune ni avec la satisfaction des désirs? Fou d’une sagesse qui cherche à s’accorder au Royaume de Dieu, il trouve avant tout son bonheur dans la joie. Quelle en est la clef?

Alors que dernièrement je randonnais sur les chemins pédestres, je perçus un mouvement intérieur qui m’invitait à rendre grâce. Dire merci pour la vie donnée, pour la beauté de la nature, pour la bonté des relations d’amitié qui tissent mon histoire. Je me sentais invité aussi à remercier pour les instants éprouvants et douloureux de mon existence par lesquels j’avais été amené à croître en humanité. Et surtout, je me sentais reconnaissant pour cette attention du cœur qui, à ce moment là, m’était donnée et me permettait de vivre ces minutes étoilées. Ignace de Loyola a bien raison de dire que la gratitude est l’origine de tous biens.

Plus je vais sur mon chemin de vie, plus je perçois que cette attitude fondamentale de reconnaissance donne de m’accepter et de grandir. En remerciant, je me place en position de recevoir… qui je suis. Non seulement les biens dont je bénéficie mais le fait que je sois unique. Remercier me permet de prendre conscience de l’Amour dont je suis issu et d’en vivre plus pleinement.

N’est-ce pas là que réside le bonheur chrétien ? Grâce à cet esprit d’enfance et indépendamment de la chance, de la satisfaction ou de la maîtrise des mes passions, je me découvre désiré, accepté et aimé inconditionnellement. En ce lieu là, le bonheur n’est que joie. Elle est imprenable!

Luc Ruedin sj

JoyeuxNoel Beat09Joyeux Noël © Beat Altenbach sj

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Ces minutes heureuses

Pleines de sel et de feu, de saveur et de flamboyance, des minutes heureuses nous sont accordées: instants de grâce car de perte, joyeux et douloureux en leur mystérieuse fulgurance. Instants de traversée aussi qui nous importent. Chargés d’éternité vivante, ils nous soulèvent, semblent nous enlever à notre quotidien trop banal, souvent lourd à porter. Si légers qu’ils semblent venus d’ailleurs, si pleins qu’ils transfigurent toute chose. Qu’en faisons-nous? Quelle portée concrète ont-ils sur nos existences?

Le royaume de la sensation

Il m’arrive au matin de me réveiller sans énergie, sans vitalité. Une espèce d’atonie, d’apathie me cloue au lit. Une vie amorphe et sans consistance semble alors être mon lot. Sous l’emprise de cette humeur noire, je redoute le jour qui s’annonce. Tant il sera lourd, gris et sans relief. À vrai dire, je suis plombé, sans ressort et pour tout dire atomisé.

De la compassion...

De la sympathie, on dit qu’elle est naturelle. Elle est ou n’est pas. La rencontre est heureuse avec celui qui est d’un abord agréable. M’accordant à lui par le sentiment -j’ai de la sympathie pour lui- je lui reconnais aussi la qualité d’être sympathique: «Bon sang ce qu’il est sympa!» Donc quoi de plus heureux pour les humains que nous sommes de rencontrer des gens plaisants.

Sur la terre comme au ciel

Sur la terre comme au ciel, tel était l’intitulé d’une émission religieuse voici quelques années sur RSR2 devenue RTS Deux. Elle se voulait un commentaire évangélique de l’actualité telle qu’elle se faisait. Judicieux, son titre exprimait bien ce que les chrétiens célèbrent à Noël.

Choisir la jeunesse

Quel que soit notre âge, ne désirons-nous pas toujours la jeunesse? Elle est sinon notre nostalgie, du moins notre aspiration. Elle reste dans notre imaginaire comme un paradis perdu, un Eden à retrouver. Ainsi du corps. Notre société ne cesse de nous proposer de le rajeunir, de le garder intact des ravages du temps. Ainsi de l’âme. Méthodes de développement personnel et techniques de méditation sont foison. Quelle place font-elles à la mort, cette limite incontournable qui, signant notre finitude, nous humanise?

De l’importance de la décantation

«Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse» dit le proverbe. En effet, à s’exposer trop longtemps à une situation difficile, ambigüe, délicate, risquée, on finit par en subir les conséquences. Qui une fois ou l’autre n’a dû boire la coupe jusqu’à la lie et y laisser sa peau? Du stress au burn-out, du petit verre à l’alcoolisme, de la prise de risque inconsidérée à la mort, le pas est vite franchi. À trop vouloir tirer sur la corde, elle se rompt. À trop la distendre tout se rompt! Comment adopter l’attitude juste qui nous permet de promouvoir la vraie vie? Comment être rigoureux sans être rigide? Être souple sans être relâche?

L'espace ouvert

Est clos ce qui sert à obstruer le passage, à enclore un espace (définition du Petit Robert). Contrairement au sens courant, dans la vie spirituelle, la clôture n’est pas un emplacement fermé. Elle crée un espace intime qui ouvre notre horizon. Elle façonne un lieu où se vit la relation. Lieu et temps réservés pour la prière préservent l’écart par rapport au monde. Il est indispensable pour nourrir le lien vital qui nous rapporte au Christ.

À partir de la fin

L’autre soir j’admirais la lune qui jouait à cache-cache avec les nuages tantôt nombreux, tantôt clairsemés. Soudain elle s’offrit en sa pleine clarté, belle et lumineuse. Le paysage alentour fut comme transfiguré. Monts et collines, arbres et pâturages, demeures et chemins apparurent comme en plein jour. Je ne savais sur quoi laisser trainer mon regard: le disque lunaire dont la splendeur n’avait d’équivalent?

La dispersion surmontée

De toute évidence, s'agissant de notre vie, nous avons à nous laisser guérir de la dispersion. S'insinuant souvent à notre insu elle est au cœur de nos existences.

À corps gagnant

Notre société promeut l’image d’un corps parfait. Bronzer, soigner l’éclat de son teint, traquer la pilosité, sculpter ou liposucer son corps jusqu’à la perfection imposée par l’idéal plastique de notre temps, en viennent à faire oublier que nous n’existons qu’en habitant notre corps. À la différence du corps-objet, chose parmi les choses, le corps-sujet, est bien le vécu que j’ai de lui. Loin d’avoir un corps, je suis mon corps. Marqué par l’histoire, il est unique. Pierre n’est pas Jean, Jésus n’est pas Gautama.