Nous devenons ce que nous mangeons. Il est donc important de bien choisir ses aliments. De la diététique à la gastronomie on sait l’attention et le soin donnés à leur choix. Qu’ils soient sains et savoureux contribue à la santé du corps et au plaisir des sens. Dans le domaine de l’esprit, les âmes qu’elles soient divines ou humaines, se sustentent et se nourrissent de la vérité et de la vision de l’Être, ou du moins tentent de le faire, ce qui suppose qu’elles aient faim. Et nous serons dit encore Platon ce que nous aurons mangé, vérité ou opinion, nourriture ou trompe la faim. En d’autres termes, notre existence aura le sens et le poids de ce qu’elle se sera assimilée. Il est donc essentiel de discerner ce que nous mangeons -à niveau corporel, culturel, intellectuel et spirituel- puisque cela devient une partie de nous-mêmes.

Vivre corporellement ou spirituellement, c’est donc vivre de… ce qui n’est pas nous! Bienheureuse faim qui nous pousse à recevoir ce qui nourrit le corps, l’âme et l’esprit. Besoin toujours renouvelé, désir jamais rassasié -comment pourrait-on s’ennuyer de manger puisque la faim renaît chaque jour?-, se nourrir est notre lot quotidien.

La nécessité de manger chaque jour démontre que nous ne nous suffisons pas à nous-mêmes. Cet acte d’humilité est répété si quotidiennement qu’il en devient machinal. Oubliée alors la dimension qu’il porte en lui-même et qui est de nous faire prendre conscience de notre dépendance essentielle. Notre société d’opulence et de consommation aurait tendance à nous le faire oublier…

Croire en la Parole de Dieu c’est assimiler ce qu’elle nous dit. C’est plus fondamentalement reconnaître la Présence de Celui qu’elle annonce et s’en nourrir. Lorsque nous disons «Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour» nous reconnaissons que nous vivons de la Parole reçue et assimilée: «ce que je prêche devant vous, c’est là le pain quotidien; les lectures que quotidiennement vous entendez à l’Eglise, c’est là le pain quotidien; les chants que vous entendez et que vous proférez, c’est là le pain quotidien. Tout cela est en effet nécessaire à notre pèlerinage» .

De plus, à la différence de la nourriture du corps, la Parole divine reçue n’est pas détruite. C’est plutôt elle qui nous assimile en nous recréant: «je suis l’aliment des grands: grandis et tu me mangeras. Et tu ne me changeras pas en toi, comme l’aliment de ta chair; mais c’est toi qui seras changé en moi». L’inversion est radicale, si radicale qu’à la communion au corps et au sang du Christ nous devenons une partie du corps du Seigneur… pour nourrir à notre tour les affamés de la terre.

Luc Ruedin sj

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Ces minutes heureuses

Pleines de sel et de feu, de saveur et de flamboyance, des minutes heureuses nous sont accordées: instants de grâce car de perte, joyeux et douloureux en leur mystérieuse fulgurance. Instants de traversée aussi qui nous importent. Chargés d’éternité vivante, ils nous soulèvent, semblent nous enlever à notre quotidien trop banal, souvent lourd à porter. Si légers qu’ils semblent venus d’ailleurs, si pleins qu’ils transfigurent toute chose. Qu’en faisons-nous? Quelle portée concrète ont-ils sur nos existences?

Le royaume de la sensation

Il m’arrive au matin de me réveiller sans énergie, sans vitalité. Une espèce d’atonie, d’apathie me cloue au lit. Une vie amorphe et sans consistance semble alors être mon lot. Sous l’emprise de cette humeur noire, je redoute le jour qui s’annonce. Tant il sera lourd, gris et sans relief. À vrai dire, je suis plombé, sans ressort et pour tout dire atomisé.

De la compassion...

De la sympathie, on dit qu’elle est naturelle. Elle est ou n’est pas. La rencontre est heureuse avec celui qui est d’un abord agréable. M’accordant à lui par le sentiment -j’ai de la sympathie pour lui- je lui reconnais aussi la qualité d’être sympathique: «Bon sang ce qu’il est sympa!» Donc quoi de plus heureux pour les humains que nous sommes de rencontrer des gens plaisants.

Sur la terre comme au ciel

Sur la terre comme au ciel, tel était l’intitulé d’une émission religieuse voici quelques années sur RSR2 devenue RTS Deux. Elle se voulait un commentaire évangélique de l’actualité telle qu’elle se faisait. Judicieux, son titre exprimait bien ce que les chrétiens célèbrent à Noël.

Choisir la jeunesse

Quel que soit notre âge, ne désirons-nous pas toujours la jeunesse? Elle est sinon notre nostalgie, du moins notre aspiration. Elle reste dans notre imaginaire comme un paradis perdu, un Eden à retrouver. Ainsi du corps. Notre société ne cesse de nous proposer de le rajeunir, de le garder intact des ravages du temps. Ainsi de l’âme. Méthodes de développement personnel et techniques de méditation sont foison. Quelle place font-elles à la mort, cette limite incontournable qui, signant notre finitude, nous humanise?

De l’importance de la décantation

«Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse» dit le proverbe. En effet, à s’exposer trop longtemps à une situation difficile, ambigüe, délicate, risquée, on finit par en subir les conséquences. Qui une fois ou l’autre n’a dû boire la coupe jusqu’à la lie et y laisser sa peau? Du stress au burn-out, du petit verre à l’alcoolisme, de la prise de risque inconsidérée à la mort, le pas est vite franchi. À trop vouloir tirer sur la corde, elle se rompt. À trop la distendre tout se rompt! Comment adopter l’attitude juste qui nous permet de promouvoir la vraie vie? Comment être rigoureux sans être rigide? Être souple sans être relâche?

L'espace ouvert

Est clos ce qui sert à obstruer le passage, à enclore un espace (définition du Petit Robert). Contrairement au sens courant, dans la vie spirituelle, la clôture n’est pas un emplacement fermé. Elle crée un espace intime qui ouvre notre horizon. Elle façonne un lieu où se vit la relation. Lieu et temps réservés pour la prière préservent l’écart par rapport au monde. Il est indispensable pour nourrir le lien vital qui nous rapporte au Christ.

À partir de la fin

L’autre soir j’admirais la lune qui jouait à cache-cache avec les nuages tantôt nombreux, tantôt clairsemés. Soudain elle s’offrit en sa pleine clarté, belle et lumineuse. Le paysage alentour fut comme transfiguré. Monts et collines, arbres et pâturages, demeures et chemins apparurent comme en plein jour. Je ne savais sur quoi laisser trainer mon regard: le disque lunaire dont la splendeur n’avait d’équivalent?

La dispersion surmontée

De toute évidence, s'agissant de notre vie, nous avons à nous laisser guérir de la dispersion. S'insinuant souvent à notre insu elle est au cœur de nos existences.

À corps gagnant

Notre société promeut l’image d’un corps parfait. Bronzer, soigner l’éclat de son teint, traquer la pilosité, sculpter ou liposucer son corps jusqu’à la perfection imposée par l’idéal plastique de notre temps, en viennent à faire oublier que nous n’existons qu’en habitant notre corps. À la différence du corps-objet, chose parmi les choses, le corps-sujet, est bien le vécu que j’ai de lui. Loin d’avoir un corps, je suis mon corps. Marqué par l’histoire, il est unique. Pierre n’est pas Jean, Jésus n’est pas Gautama.