«Votre charité le sait, nous n’avons tous qu’un seul Maître et, sous son autorité, nous sommes des condisciples. Nous ne sommes pas vos maîtres parce que nous vous parlons du haut d’une estrade; mais le maître de tous est celui qui habite en nous tous.»

Les temps sont durs. Notre mode de vie nous disperse. Notre temps est éclaté. Notre espace est fragmenté. Nous subissons de plein fouet les exigences de la société néo-libérale: mobilité professionnelle, conformisme social, cycle infernal de compétition effrénée, etc. la perte des repères de notre société et la pression constante du système socio-économique à notre égard nous fragilisent. Empêtrés dans de telles contraintes, c’est un miracle de tenir debout. Résister à la folle logique de la loi du marché insatiable de faire de nous des consommateurs gavés de vide exige une force intérieure.

D’où nous vient-t-elle? Ce n’est pas un enseignement autoritaire, extérieur, dogmatique cherchant à endiguer la perte des valeurs qui peut vitalement nous aider. Au mieux peut-il nous donner quelques repères. Au pis, il fait de nous des mollusques caparaçonnés dans une identité frileuse et méfiante du monde. Or les récits évangéliques nous engagent à la liberté: celle d’adultes dont la colonne vertébrale est ferme et souple: de la souplesse de l’Esprit et de la fermeté de la Parole accueillie.

Dans l’Évangile, la foi en Jésus fait sortir de l’anonymat celui qui y risque sa liberté, elle lui donne son identité profonde. L’exclu, quel qu’il soit, est sauvé par Celui qui l’appelle à la guérison. Peu importe qu’ensuite, il ne devienne pas explicitement disciple du Christ. Ce qui importe c’est le dynamisme qui le guérit et le fait tenir debout. L’Esprit-Saint -«Jésus s’aperçut qu’un force était sortie de lui»- fait accéder à ce goût unique d’être soi-même et au courage de vivre sans peur. Il ouvre l’intériorité à cette nouvelle profondeur où habite Celui que l’on croyait au ciel ou absent du monde. La démesure de l’Amour éprouvé fonde alors celui qui se laisse appeler et lui donne d’exister sans avoir à se justifier.

Le synode des jeunes de l’Église catholique romaine devrait donner aux jeunes des pistes pour découvrir dans une atmosphère faite à la fois d’intimité et de solidarité Celui qui les relie et leur donne de se tenir debout. La voie à prendre? Avoir pour seul Maître Celui qui donne d’habiter la terre en toute justice et justesse. Son autorité se perçoit dans le témoignage de ceux qui deviennent pèlerins de la Confiance.

Luc Ruedin sj

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Ces minutes heureuses

Pleines de sel et de feu, de saveur et de flamboyance, des minutes heureuses nous sont accordées: instants de grâce car de perte, joyeux et douloureux en leur mystérieuse fulgurance. Instants de traversée aussi qui nous importent. Chargés d’éternité vivante, ils nous soulèvent, semblent nous enlever à notre quotidien trop banal, souvent lourd à porter. Si légers qu’ils semblent venus d’ailleurs, si pleins qu’ils transfigurent toute chose. Qu’en faisons-nous? Quelle portée concrète ont-ils sur nos existences?

Le royaume de la sensation

Il m’arrive au matin de me réveiller sans énergie, sans vitalité. Une espèce d’atonie, d’apathie me cloue au lit. Une vie amorphe et sans consistance semble alors être mon lot. Sous l’emprise de cette humeur noire, je redoute le jour qui s’annonce. Tant il sera lourd, gris et sans relief. À vrai dire, je suis plombé, sans ressort et pour tout dire atomisé.

De la compassion...

De la sympathie, on dit qu’elle est naturelle. Elle est ou n’est pas. La rencontre est heureuse avec celui qui est d’un abord agréable. M’accordant à lui par le sentiment -j’ai de la sympathie pour lui- je lui reconnais aussi la qualité d’être sympathique: «Bon sang ce qu’il est sympa!» Donc quoi de plus heureux pour les humains que nous sommes de rencontrer des gens plaisants.

Sur la terre comme au ciel

Sur la terre comme au ciel, tel était l’intitulé d’une émission religieuse voici quelques années sur RSR2 devenue RTS Deux. Elle se voulait un commentaire évangélique de l’actualité telle qu’elle se faisait. Judicieux, son titre exprimait bien ce que les chrétiens célèbrent à Noël.

Choisir la jeunesse

Quel que soit notre âge, ne désirons-nous pas toujours la jeunesse? Elle est sinon notre nostalgie, du moins notre aspiration. Elle reste dans notre imaginaire comme un paradis perdu, un Eden à retrouver. Ainsi du corps. Notre société ne cesse de nous proposer de le rajeunir, de le garder intact des ravages du temps. Ainsi de l’âme. Méthodes de développement personnel et techniques de méditation sont foison. Quelle place font-elles à la mort, cette limite incontournable qui, signant notre finitude, nous humanise?

De l’importance de la décantation

«Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse» dit le proverbe. En effet, à s’exposer trop longtemps à une situation difficile, ambigüe, délicate, risquée, on finit par en subir les conséquences. Qui une fois ou l’autre n’a dû boire la coupe jusqu’à la lie et y laisser sa peau? Du stress au burn-out, du petit verre à l’alcoolisme, de la prise de risque inconsidérée à la mort, le pas est vite franchi. À trop vouloir tirer sur la corde, elle se rompt. À trop la distendre tout se rompt! Comment adopter l’attitude juste qui nous permet de promouvoir la vraie vie? Comment être rigoureux sans être rigide? Être souple sans être relâche?

L'espace ouvert

Est clos ce qui sert à obstruer le passage, à enclore un espace (définition du Petit Robert). Contrairement au sens courant, dans la vie spirituelle, la clôture n’est pas un emplacement fermé. Elle crée un espace intime qui ouvre notre horizon. Elle façonne un lieu où se vit la relation. Lieu et temps réservés pour la prière préservent l’écart par rapport au monde. Il est indispensable pour nourrir le lien vital qui nous rapporte au Christ.

À partir de la fin

L’autre soir j’admirais la lune qui jouait à cache-cache avec les nuages tantôt nombreux, tantôt clairsemés. Soudain elle s’offrit en sa pleine clarté, belle et lumineuse. Le paysage alentour fut comme transfiguré. Monts et collines, arbres et pâturages, demeures et chemins apparurent comme en plein jour. Je ne savais sur quoi laisser trainer mon regard: le disque lunaire dont la splendeur n’avait d’équivalent?

La dispersion surmontée

De toute évidence, s'agissant de notre vie, nous avons à nous laisser guérir de la dispersion. S'insinuant souvent à notre insu elle est au cœur de nos existences.

À corps gagnant

Notre société promeut l’image d’un corps parfait. Bronzer, soigner l’éclat de son teint, traquer la pilosité, sculpter ou liposucer son corps jusqu’à la perfection imposée par l’idéal plastique de notre temps, en viennent à faire oublier que nous n’existons qu’en habitant notre corps. À la différence du corps-objet, chose parmi les choses, le corps-sujet, est bien le vécu que j’ai de lui. Loin d’avoir un corps, je suis mon corps. Marqué par l’histoire, il est unique. Pierre n’est pas Jean, Jésus n’est pas Gautama.