À couper le souffle, retenir son souffle, avoir le souffle court, rendre son dernier souffle, autant d’expressions populaires qui signifient combien la qualité de mon existence dépend avant tout de ma manière de recevoir et redonner le souffle.

Je vis, pense, aime, médite ou prie comme je respire!

À l’heure où tout est passé au scanner des sciences cognitives, en ce temps où je risque d’être réduit à une suite de réactions neuronales, je mesure combien il est bon de reprendre de la hauteur pour trouver un second souffle. N’est-ce pas là d’ailleurs le propre de la vie spirituelle que de laisser l’Esprit-Saint venir animer ma vie si souvent terne, atone, monocorde et monotone? Mes pensées s’ouvrent alors à plus grand, mes sentiments à plus vaste et plus riche, mon être à une existence plus authentique.

Car il en va non seulement de la qualité de ma vie, mais tout simplement de ma vie! Contrairement à une certaine pensée grecque qui oppose le corps méprisé à l’âme seule capable d’entrer en contact avec le Divin, la Bible me rappelle que tout mon être est fragile et mortel. En effet, puisque aussi bien mon âme (nephesh) que ma chair (basar) dépendent du Souffle de Dieu, je suis suspendu à la Providence divine: «Tu leur reprends le souffle, ils expirent, tu envoies ton souffle, ils sont créés.» (Ps 104,29-30).

Si le Souffle de Dieu (ruah) assure ma fonction vitale, si il enrichit mon intériorité, il est aussi celui qui vient sonder et inspirer mon cœur, ce lieu intime et personnel où convoqué à moi-même par la Parole de Dieu, je suis appelé à décider de l’orientation de ma vie. Lieu d’une difficile liberté qui sous l’impulsion de l’Esprit de Dieu peut cependant trouver solution à bien des situations inextricables puisque «là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté.» ( 2 Co 3,17).

L’exercice spirituel ne peut donc faire l’économie ni du corps ni de l’âme. Ils trouvent leur éternelle jeunesse lorsque le cœur est investi et transformé par l’Esprit-Saint. Sous Son inspiration je m’ouvre à une perception profonde et aimante du réel. Ce dernier n’est plus seulement analysé, disséqué, expliqué, exercice scientifique certes légitime mais insuffisant. Il est aimé et compris grâce à l’Esprit de charité qui s’offre et transforme celui qui y ouvre son cœur.

Luc Ruedin sj

HiddenBeauty2 BeatAltenbachSJHiddenBeauty © Beat Altenbach sj

 

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Ces minutes heureuses

Pleines de sel et de feu, de saveur et de flamboyance, des minutes heureuses nous sont accordées: instants de grâce car de perte, joyeux et douloureux en leur mystérieuse fulgurance. Instants de traversée aussi qui nous importent. Chargés d’éternité vivante, ils nous soulèvent, semblent nous enlever à notre quotidien trop banal, souvent lourd à porter. Si légers qu’ils semblent venus d’ailleurs, si pleins qu’ils transfigurent toute chose. Qu’en faisons-nous? Quelle portée concrète ont-ils sur nos existences?

Le royaume de la sensation

Il m’arrive au matin de me réveiller sans énergie, sans vitalité. Une espèce d’atonie, d’apathie me cloue au lit. Une vie amorphe et sans consistance semble alors être mon lot. Sous l’emprise de cette humeur noire, je redoute le jour qui s’annonce. Tant il sera lourd, gris et sans relief. À vrai dire, je suis plombé, sans ressort et pour tout dire atomisé.

De la compassion...

De la sympathie, on dit qu’elle est naturelle. Elle est ou n’est pas. La rencontre est heureuse avec celui qui est d’un abord agréable. M’accordant à lui par le sentiment -j’ai de la sympathie pour lui- je lui reconnais aussi la qualité d’être sympathique: «Bon sang ce qu’il est sympa!» Donc quoi de plus heureux pour les humains que nous sommes de rencontrer des gens plaisants.

Sur la terre comme au ciel

Sur la terre comme au ciel, tel était l’intitulé d’une émission religieuse voici quelques années sur RSR2 devenue RTS Deux. Elle se voulait un commentaire évangélique de l’actualité telle qu’elle se faisait. Judicieux, son titre exprimait bien ce que les chrétiens célèbrent à Noël.

Choisir la jeunesse

Quel que soit notre âge, ne désirons-nous pas toujours la jeunesse? Elle est sinon notre nostalgie, du moins notre aspiration. Elle reste dans notre imaginaire comme un paradis perdu, un Eden à retrouver. Ainsi du corps. Notre société ne cesse de nous proposer de le rajeunir, de le garder intact des ravages du temps. Ainsi de l’âme. Méthodes de développement personnel et techniques de méditation sont foison. Quelle place font-elles à la mort, cette limite incontournable qui, signant notre finitude, nous humanise?

De l’importance de la décantation

«Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse» dit le proverbe. En effet, à s’exposer trop longtemps à une situation difficile, ambigüe, délicate, risquée, on finit par en subir les conséquences. Qui une fois ou l’autre n’a dû boire la coupe jusqu’à la lie et y laisser sa peau? Du stress au burn-out, du petit verre à l’alcoolisme, de la prise de risque inconsidérée à la mort, le pas est vite franchi. À trop vouloir tirer sur la corde, elle se rompt. À trop la distendre tout se rompt! Comment adopter l’attitude juste qui nous permet de promouvoir la vraie vie? Comment être rigoureux sans être rigide? Être souple sans être relâche?

L'espace ouvert

Est clos ce qui sert à obstruer le passage, à enclore un espace (définition du Petit Robert). Contrairement au sens courant, dans la vie spirituelle, la clôture n’est pas un emplacement fermé. Elle crée un espace intime qui ouvre notre horizon. Elle façonne un lieu où se vit la relation. Lieu et temps réservés pour la prière préservent l’écart par rapport au monde. Il est indispensable pour nourrir le lien vital qui nous rapporte au Christ.

À partir de la fin

L’autre soir j’admirais la lune qui jouait à cache-cache avec les nuages tantôt nombreux, tantôt clairsemés. Soudain elle s’offrit en sa pleine clarté, belle et lumineuse. Le paysage alentour fut comme transfiguré. Monts et collines, arbres et pâturages, demeures et chemins apparurent comme en plein jour. Je ne savais sur quoi laisser trainer mon regard: le disque lunaire dont la splendeur n’avait d’équivalent?

La dispersion surmontée

De toute évidence, s'agissant de notre vie, nous avons à nous laisser guérir de la dispersion. S'insinuant souvent à notre insu elle est au cœur de nos existences.

À corps gagnant

Notre société promeut l’image d’un corps parfait. Bronzer, soigner l’éclat de son teint, traquer la pilosité, sculpter ou liposucer son corps jusqu’à la perfection imposée par l’idéal plastique de notre temps, en viennent à faire oublier que nous n’existons qu’en habitant notre corps. À la différence du corps-objet, chose parmi les choses, le corps-sujet, est bien le vécu que j’ai de lui. Loin d’avoir un corps, je suis mon corps. Marqué par l’histoire, il est unique. Pierre n’est pas Jean, Jésus n’est pas Gautama.