Le billet spirituel de Luc Ruedin sj

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Des Exercices spirituels aux billets du même nom, il y a un large pont que Luc Ruedin sj emprunte aisément depuis de nombreuses années.  Chaque mois, il propose ici une nouvelle balade réflexive. À suivre sans modération.

Né en 1962, entré chez les jésuites en 1995, Luc Ruedin sj accompagne les Exercices spirituels, donne des sessions sur divers thèmes (Prière du cœur selon la tradition de Franz Jalics sj, Etty Hillesum, Georges Haldas, etc.). Le Père Ruedin, travailleur social et théologien, est également membre du comité de rédaction de la revue choisir. En septembre 2016, il a été nommé accompagnant spirituel au service de l’aumônerie œcuménique du CHUV.

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«Que rien ne te trouble» - «Nada te turbe»

En ces temps troublés par le coronavirus, notre rapport à la mort n’est plus l’objet d’un simple savoir théorique. Il se dévoile à nous dans la peur, ou plus exactement dans l’angoisse qui place l’être humain devant l’énigme qu’il est pour lui-même. Luc Ruedin sj propose de cheminer aux côtés de Thérèse d'Avila en prêtant l'oreille au chant des frères de Taizé pour éclairer notre route! Il vous donne rendez-vous deux fois par semaine le mardi et le vendredi!

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Aimer: passion ou action?

Luc Ruedin sj - Chacun d'entre nous le sait bien: vivre vraiment, vivre pleinement c'est aimer, et c'est aimer vraiment. Pourtant, chacun le sait aussi, et c'est l'évidence: aimer ne se commande pas; aimer ne se dicte pas; aimer n'est pas un acte de volonté pure: «L'amour ne se commande pas, puisque c'est l'amour qui commande», comme l'écrit André Compte-Sponsville dans son Petit traité des grandes vertus (LGF/Le Livre de Poche 2018).

La preuve? L'épreuve! Tomber amoureux s'éprouve! Être endeuillé d'un être cher s'éprouve! Ce sont passions, sentiments, états intérieurs de joies trop grandes, de tristesses trop pleines. Avant tout et d'abord aimer est donc passivité. Passion souvent qui nous déborde: «elle est tombée amoureuse» indique bien que... quelqu'un l'a fait tomber! «Il est affecté par la perte d'une épouse», dit bien que l'émotion bouleverse ce qui ne peut encore se réfléchir, se mettre en paroles, être fruit d'une activité. Un équilibre est rompu; une force nous atteint plus profond que notre conscience: explosion de vie inconnue, jouissive, savoureuse ou implosion d'une relation aimée, chérie qui semble disparaitre dans les pleurs du deuil...

Aimer d'action vient après ou peut-être en même temps. Quelque chose en nous a été touché. Épris ou meurtris nous avons, à notre rythme, à conjuguer cette passivité. Nous avons à lui donner, grâce à notre liberté, une forme, une durée, une vie propre et unique. Nous avons à la transformer en respectant ses lenteurs, ses résistances. Si aimer est un sentiment, il se conjugue dans l'action. Là est le champ de notre liberté. Là s'éprouvent ses effets.

Ainsi, c'est passer des flammes et éblouissements de la première rencontre à l'engendrement heureux et serein d'une amitié amoureuse: le feu aura su devenir foyer, l'éblouissement lumière... C'est, en ces durs chemins de séparation, de pleurs et de douleurs, trouver peu à peu, petit à petit, la présence intériorisée de celui ou de celle qui nous a quitté; de celui ou de celle qui vit en nous, présence enfouie mystérieusement. Présence au cœur de notre cœur que les oublis de notre mémoire et les rides du temps ne peuvent altérer.

Aimer est passion et action. Aimer conjugue les deux dans ce subtil équilibre que l'Esprit-Saint peut nous donner de percevoir si nous nous disposons à l'écouter. Subtil équilibre que Son action nous donne de sentir dans notre existence dans la mesure où notre liberté croît. Pour cela, il importe que nous lui laissions la place. Il importe que nous soyons justement passifs à Son action pour que notre activité libérée puisse faire fructifier les fruits de Sa passion.

Luc Ruedin sj

Nature pxhere© pxhere 

L’éternelle jeunesse de Noël

LeTempsReçu Nicolas Fossati Tableau

Luc Ruedin sj - La jeunesse reste dans notre imaginaire comme un paradis perdu, un Eden à retrouver. Ainsi du corps. Notre société ne cesse de nous proposer de le rajeunir, de le garder intact des ravages du temps. Ainsi de l’âme. Méthodes de développement personnel et techniques de méditation sont foison pour retrouver l’élan de vie qui trop souvent semble s’être perdu.

Toutefois la jeunesse que promet notre imaginaire est trompeuse. S’il fait miroiter une énergie nouvelle, il risque, faute de ne pas avoir tenu compte du réel, de nous engager dans une impasse. Ouvrant des horizons qui semblent infinis, il oublie cependant le poids de l’incarnation qui donne toute sa valeur à notre vie. Le réel a ses résistances, ses forces, ses lourdeurs. Il est pourtant le milieu où en nous réalisant, nous nous accomplissons. S’y confronter est indispensable pour goûter la saveur bien réelle de notre existence et pour donner du fruit qui demeure.

Mieux vaut planter un arbre dans un terrain accidenté, pentu et aride que de le rêver inscrit dans une terre illusoire. Son fruit, au fil des années, prendra forme. Etonnante croissance qui souvent nous surprend. Une profonde paix intérieure et un dynamisme qui ne dépend pas de l’âge signent alors la vérité de nos choix.

Dieu lui a fait celui de planter sa tente sur notre terre souvent si aride. Il a choisi de s’incarner en ce monde pour que nous puissions retrouver l’éternelle jeunesse du Ciel. L’enfant de la Crèche en détient le secret; celui d’être ajusté à l’Amour créateur et d’apporter la bonne Nouvelle salvatrice qui renouvelle toute chose! Ce Mystère nous concerne au plus intime. Il donne aussi d’œuvrer joyeusement au cœur de ce monde.

 

Nous vous souhaitons un JOYEUX NOËL et une HEUREUSE ANNÉE 2020 !

2018 Au commencement nfAu commencement (2018) par Nicolas Fossati

 

Illustration de tête: Le temps reçu (2017) par Nicolas Fossati

Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

D'hier à aujourd'hui
de Jean-Blaise Fellay sj

Le triptyque du quotidien
de Julien Lambert sj

La chronique de l'invité
des jésuites

Les pierres vivantes
de Pierre Martinot-Lagarde sj

Vie Spirituelle
au temps du coronavirus

Archives

  • Ces minutes heureuses

    Pleines de sel et de feu, de saveur et de flamboyance, des minutes heureuses nous sont accordées: instants de grâce car de perte, joyeux et douloureux en leur mystérieuse fulgurance. Instants de traversée aussi qui nous importent. Chargés d’éternité vivante, ils nous soulèvent, semblent nous enlever à notre quotidien trop banal, souvent lourd à porter. Si légers qu’ils semblent venus d’ailleurs, si pleins qu’ils transfigurent toute chose. Qu’en faisons-nous? Quelle portée concrète ont-ils sur nos existences?

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  • Le royaume de la sensation

    Il m’arrive au matin de me réveiller sans énergie, sans vitalité. Une espèce d’atonie, d’apathie me cloue au lit. Une vie amorphe et sans consistance semble alors être mon lot. Sous l’emprise de cette humeur noire, je redoute le jour qui s’annonce. Tant il sera lourd, gris et sans relief. À vrai dire, je suis plombé, sans ressort et pour tout dire atomisé.

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  • De la compassion...

    De la sympathie, on dit qu’elle est naturelle. Elle est ou n’est pas. La rencontre est heureuse avec celui qui est d’un abord agréable. M’accordant à lui par le sentiment -j’ai de la sympathie pour lui- je lui reconnais aussi la qualité d’être sympathique: «Bon sang ce qu’il est sympa!» Donc quoi de plus heureux pour les humains que nous sommes de rencontrer des gens plaisants.

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  • Sur la terre comme au ciel

    Sur la terre comme au ciel, tel était l’intitulé d’une émission religieuse voici quelques années sur RSR2 devenue RTS Deux. Elle se voulait un commentaire évangélique de l’actualité telle qu’elle se faisait. Judicieux, son titre exprimait bien ce que les chrétiens célèbrent à Noël.

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  • Choisir la jeunesse

    Quel que soit notre âge, ne désirons-nous pas toujours la jeunesse? Elle est sinon notre nostalgie, du moins notre aspiration. Elle reste dans notre imaginaire comme un paradis perdu, un Eden à retrouver. Ainsi du corps. Notre société ne cesse de nous proposer de le rajeunir, de le garder intact des ravages du temps. Ainsi de l’âme. Méthodes de développement personnel et techniques de méditation sont foison. Quelle place font-elles à la mort, cette limite incontournable qui, signant notre finitude, nous humanise?

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  • De l’importance de la décantation

    «Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse» dit le proverbe. En effet, à s’exposer trop longtemps à une situation difficile, ambigüe, délicate, risquée, on finit par en subir les conséquences. Qui une fois ou l’autre n’a dû boire la coupe jusqu’à la lie et y laisser sa peau? Du stress au burn-out, du petit verre à l’alcoolisme, de la prise de risque inconsidérée à la mort, le pas est vite franchi. À trop vouloir tirer sur la corde, elle se rompt. À trop la distendre tout se rompt! Comment adopter l’attitude juste qui nous permet de promouvoir la vraie vie? Comment être rigoureux sans être rigide? Être souple sans être relâche?

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  • L'espace ouvert

    Est clos ce qui sert à obstruer le passage, à enclore un espace (définition du Petit Robert). Contrairement au sens courant, dans la vie spirituelle, la clôture n’est pas un emplacement fermé. Elle crée un espace intime qui ouvre notre horizon. Elle façonne un lieu où se vit la relation. Lieu et temps réservés pour la prière préservent l’écart par rapport au monde. Il est indispensable pour nourrir le lien vital qui nous rapporte au Christ.

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  • À partir de la fin

    L’autre soir j’admirais la lune qui jouait à cache-cache avec les nuages tantôt nombreux, tantôt clairsemés. Soudain elle s’offrit en sa pleine clarté, belle et lumineuse. Le paysage alentour fut comme transfiguré. Monts et collines, arbres et pâturages, demeures et chemins apparurent comme en plein jour. Je ne savais sur quoi laisser trainer mon regard: le disque lunaire dont la splendeur n’avait d’équivalent?

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  • La dispersion surmontée

    De toute évidence, s'agissant de notre vie, nous avons à nous laisser guérir de la dispersion. S'insinuant souvent à notre insu elle est au cœur de nos existences.

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  • À corps gagnant

    Notre société promeut l’image d’un corps parfait. Bronzer, soigner l’éclat de son teint, traquer la pilosité, sculpter ou liposucer son corps jusqu’à la perfection imposée par l’idéal plastique de notre temps, en viennent à faire oublier que nous n’existons qu’en habitant notre corps. À la différence du corps-objet, chose parmi les choses, le corps-sujet, est bien le vécu que j’ai de lui. Loin d’avoir un corps, je suis mon corps. Marqué par l’histoire, il est unique. Pierre n’est pas Jean, Jésus n’est pas Gautama.

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