Chaque semaine, en ce temps de confinement, les jésuites de Montcheuil adressent, par la plume de Jean-Bernard Livio sj, une lettre à tous! Cette semaine, le Père Livio sj revient sur l'icône de Notre-Dame-de-la-route devant laquelle bon nombre de jésuites viennent méditer avant de partir à l’autre bout du monde en mission. Mais aussi sur les textes du temps pascal et plus spécialement aux deux premiers chapitres des Actes des Apôtres. À méditer!

 

Chers amis,

Pour ce dernier message en temps de confinement, je me permets de vous livrer quelques pistes qui se sont imposées à moi, à méditer entre Ascension et Pentecôte.

Et tout d’abord une date: celle du le 24 mai. Pour la plupart d’entre vous, cette date ne signifie probablement pas grand-chose, si ce n’est qu'elle est celle du 7e dimanche après Pâques. Pour nous jésuites, c’est la fête de Notre-Dame de la Route, ainsi nommée à cause d’une icône dans une petite chapelle au lieu-dit La Storta, devant laquelle Ignace de Loyola s’arrêta en allant vers Rome où il voulait confier ses compagnons au pape pour l’envoi en mission. Devant cette icône, Ignace priait la Madonna lorsqu’il eut une certitude, qu’il annota par la suite dans son Journal: «Il me sembla que Dieu le Père a imprimé dans mon cœur ces quelques mots: À Rome, je serai avec vous! Je ne sais pas ce qui va nous arriver, peut-être allons-nous être crucifiés… J’ai cru voir le Christ avec sa croix sur l’épaule; et à côté le Père disant au Fils: «je veux que tu prennes celui-ci pour compagnon». Et Jésus m’a dit: «je veux que tu nous serves…»

Vous pensez combien cette «vision» l’a marqué, comme elle marque aujourd’hui encore tout jésuite envoyé en mission; bon nombre d’entre eux depuis ce temps viennent méditer devant cette icône avant de partir à l’autre bout du monde. C’est aussi ce qui explique que beaucoup de maisons et d’œuvres de la Compagnie ont pris pour nom cette Madonna della Strada.

Mais revenons aux textes de ce temps pascal et plus spécialement aux deux premiers chapitres des Actes des Apôtres. Plusieurs «détails» me frappent: insignifiants peut-être, et pourtant Luc, leur auteur, ne les a certainement pas mentionnés par hasard!

- Comme dans l’introduction de son évangile, Luc s’adresse aussi au début des Actes des Apôtres (1, 1) à un certain Théophile. Inconnu par ailleurs, il m’est donc permis de proposer de traduire en français ce prénom grec: ami-de-Dieu. Ami? Non parce que nous le voulons, mais parce que c’est la volonté même du Christ, telle que précisée en Jean 15, 15: «je ne vous appelle pas mes serviteurs, mais mes amis».

- Il est précisé que nous sommes 40 jours après Pâques (Ac 1, 3). Voici un chiffre que nous avons déjà plusieurs fois rencontré dans la Bible: il décrit le nombre de jours durant lesquels la pluie est tombée lors du déluge, avant que… ; c’est aussi le nombre de jours que passe Moïse sur le mont Sinaï avant de… (recevoir les tables de la loi); c’est encore le nombre d’années que le peuple des Hébreux passent dans le désert à la sortie d’Égypte avant… (l’entrée en terre promise). On pourrait citer encore plein d’autres exemples tirés de l’AT. De même la tentation du Christ au désert dure 40 jours, donc par voie de conséquence 40 jours le temps du Carême; 40 jours encore le temps de Pâques à l’Ascension. «40» = autrement dit, un long temps, d’épreuve ou d’apprentissage, mais dont on sort toujours… et debout!

ElGreco LaPentecote vers1600 PradoEt aujourd’hui? cela fait deux fois 40, soit 80 jours, que nous sommes paralysés, désorientés, par cette pandémie! C’est long, très long. Mais, on en sort?!

- Le nom de la fête: l’Ascension. Notons d’abord que les verbes employés pour décrire le phénomène sont au passif: «il fut élevé, …ce Jésus qui vous a été enlevé…». C’est DIEU qui agit. Il semble bien que cette élévation fait écho à tant d’événements bibliques, de la Genèse à l’Apocalypse. Si je devais trouver une image pour décrire ce passage d’ici-bas à là-haut, je l’emprunterai à Gn 28, 12: l’échelle de Jacob. Nous avons besoin d’une échelle (ou plus pour être plus moderne d’un ascenseur!) pour joindre notre humanité et sa divinité: pour monter et descendre. Aussi surprenant que cela puisse paraître dans le récit de la Genèse car l’échelle de la vision est appuyée contre la nuée du ciel, l’essentiel est notre ici-bas, point de départ et point d’arrivée. On s’attendrait à l’inverse. Mais non, après tout, c’est de chez nous, humains, terrestres, qu’il s’agit de monter de s’élever, pour être encore plus humains.

Fort de cette image, nous voilà prévenus: le Christ -présenté de façon très humaine, il vient de partager un repas avec ses disciples- monte (Ascension) vers son Père (qui est aux cieux!) et il nous promet de redescendre en nous envoyant le paraclet (=défenseur consolateur).
Redescendre, oui, pour retrouver notre humanité, la fortifier, la secourir, l’encourager. Et l’image pour le dire, celle du récit de Actes 2, est très forte: le jour de Pentecôte ça soufflait plutôt fort. Nous le savons, le Souffle -dont nous ne percevons plus trop son effet lorsqu’on le traduit en français par Esprit- , c’est toujours décoiffant! Mais comme dans l’épisode d’Élie sur le mont Horeb (I Rois 19, 12): ce n’est pas ni la tempête, ni le tremblement de terre, ni le feu: car tout cela nous le connaissons, nous n’avons pas besoin que Dieu nous le rappelle. Et ces événements qui bouleversent le monde nous font plutôt peur! Or à l’Horeb, comme à Pentecôte, c’est un «souffle divin» qui nous est donné, comme le «souffle d’un fort coup de vent» qui remet toute chose à sa place. Et suscite interrogation, puis émerveillement et envoi avec une mission.
Désormais, rien n’est plus tout-à-fait comme avant: avec ce souffle divin, chacun comprend et accepte l’autre dans sa langue; malgré la différence des races, des cultures, des origines et des traditions, tous perçoivent l’unique Parole: «La Paix soit avec vous! Allez … » C’est cela Pentecôte.

Pour vous qui me lisez, j’insiste: oui, pour chacune et chacun, c’est un seul et même message. Comment le mettre en pratique? Il ne nous est pas donné de mode d’emploi: à chacun de trouver sa façon d’accueillir cette Paix et d’en devenir messager et porteur. Mais une chose est claire: nous sommes tous concernés par l’injonction des «hommes en vêtement blancs»: «Hommes de Galilée: pourquoi restez-vous le nez en l’air?». Rentrez chez vous!

Où est donc votre Galilée?

Peut-être pas si loin, peut-être là d’où nous venons? et que désormais nous allons rejoindre autre, car nous ne pourrons jamais plus vivre comme si rien ne s’était passé! Il n’a pas manqué de tempêtes, de tremblements de terre dans nos vies et autour de nous en cette période terrible de pandémie. Que le souffle de Pentecôte nous incite à voir notre quotidien de façon renouvelée, à y vivre avec cette certitude garantie par le Ressuscité, de Mathieu à Jean à travers tout l’Évangile: 

Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des jours!

Pendant la pandémie, ces messages vous ont permis d’être plus proches même des plus lointains! Ne laissez pas la distance s’installer: inventez chaque jour un moyen d’être en contact avec ceux qui sont vous semblent les plus seuls. Bonne fête de Pentecôte, fête du souffle et de la créativité. 

Jean-Bernard et ses confrères de Montcheuil

Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

D'hier à aujourd'hui
de Jean-Blaise Fellay sj

Le triptyque du quotidien
de Julien Lambert sj

La chronique de l'invité
des jésuites

Les pierres vivantes
de Pierre Martinot-Lagarde sj

Vie Spirituelle
au temps du coronavirus

Archives

  • Profondément touché par l’enfant sans défense

    Profondément touché par l’enfant sans défense

    Le temps de l’Avent, un temps d’attente, touche à sa fin, et celui de la descente de notre Seigneur approche. Valerio Ciriello sj propose une méditation sur l’enfant Jésus, sans défense, qui a vu la lumière du jour pour la première fois il y a plus de 2000 ans dans une étable, à l’extérieur de Bethléem.

    Jésus nu gisait sans

    Lire la suite
  • Une «Messe qui prend son Temps» depuis 20 ans

    Une «Messe qui prend son Temps» depuis 20 ans

    Valerio Ciriello sj de la Province de Suisse était la maître de cérémonie du 20e anniversaire de la «Messe qui prend son Temps...» qui a été fêté à l’église Saint-Ignace de Paris en octobre dernier. Une messe «d'un nouveau type», célébrée par et pour de jeunes adultes, et animée par les jésuites! Son concept? Au lieu des 60 minutes traditionnelles,

    Lire la suite
  • Une leçon d'humilité

    Une leçon d'humilité

    Quel est le lien entre l’aumônerie universitaire catholique de Bâle ( Katholische Universitätgemeinde Basel - kug), la Société des étudiants Marxist Society et à la Fraternité universitaire Jurassia Basiliensis ? Les mauvaises langues répondront, que toutes les trois sont d'une certaine façon d’un autre temps, et qu’elles se valent sur le marché de l'information destinée aux nouveaux étudiants de l'Université de Bâle. Par

    Lire la suite
  • Pourquoi je prie avant de manger

    Pourquoi je prie avant de manger

    Tous les jours, je mange des pommes de terre, des haricots, des légumes de toutes sortes, parfois un steak de bœuf bien assaisonné ou un raisin juteux. Que sont ces aliments que je mets dans ma bouche et que représentent-ils?

    Lire la suite
  • Changer le monde dépend de soi

    Changer le monde dépend de soi

    «Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde!» Ces paroles de Gandhi m’ont accompagné pendant toute la durée des vacances académiques de cet été. Deux mois passés entre le Campus de la Transition à Forges (Paris) et le Schumacher College dans le sud de l’Angleterre qui m'ont ré-ouvert le cœur et l'esprit à l'écologie.

    Lire la suite
  • Annoncer le royaume de Dieu, ici et maintenant

    Annoncer le royaume de Dieu, ici et maintenant

    Le Pape François a fait de ce mois d'octobre 2019 le Mois Missionnaire Extraordinaire, un mois qui marque également le 100e anniversaire de la lettre apostolique Maximum Illud . Rome lui a donné pour thème «Baptisés et envoyés: l’Église du Christ en mission dans le monde».
    «Qu'est-ce que cela signifie pour moi, qui a été baptisé il y a un demi-siècle?»

    Lire la suite
  • 1
  • 2