«Ce que le pape a écrit dans son encyclique Laudato si’ est aujourd’hui plus d’actualité que jamais», relève Christoph Albrecht sj. Alors, il se réjouis de tous les tentatives de rappeler son appel urgent et à rendre ce texte majeur accessible au plus grand nombre de personnes. François lui-même avait ouvert son encyclique par ces mots: «À présent, face à la détérioration globale de l’environnement, je voudrais m’adresser à chaque personne qui habite cette planète.» (Laudato si’, 3). Christophe Albrecht sj illustre l’importance des mots de l'encyclique en revenant sur les choix qui ont dictés sa propre vie: Un témoignage fort, engageant!

Oui, cela nous concerne tous!
Le pape François a lui-même rappelé l’urgence de la situation dans une vidéohttps://bit.ly/2zKk0SI
Il y répète cette question cruciale: «Quel genre de monde voulons-nous laisser à ceux qui nous succèdent, aux enfants qui grandissent?» (Lausato si’, 160)
Il renouvelle son appel: «Le cri de la terre et le cri des pauvres sont clairs: cela ne peut plus durer!».
Le pape invite donc chacun et chacune à participer à une campagne mondiale de ce samedi 16 au samedi 24 mai 2020. Elle est coordonnée par le Mouvement catholique mondial pour le climat, un réseau de plus de 400 organisations catholiques dans le monde entier, fondée en 2015 pour mettre en œuvre Laudato si’.
Si vous souhaitez participer et suivre la campagne, cliquez sur le site web ci-dessous pour plus d’informations. https://catholicclimatemovement.global/fr

Je vis moi-même en conscience de l'urgence écologique depuis 1983, lorsque j'ai entendu parler pour la première fois de la déforestation. Au fil des ans, j'ai pris de plus en plus conscience d’un fait alarmant: Nous, en tant qu'humanité, sommes en crise. Si la civilisation occidentale continue ainsi, les générations futures n'auront plus de nature pour vivre – ni de joie de vivre.

Des interrogations qui n'ont rien de trivial

Je vis moi-même en conscience de l'urgence écologique depuis 1983, lorsque j'ai entendu parler pour la première fois de la déforestation. Au fil des ans, j'ai pris de plus en plus conscience d’un fait alarmant: Nous, en tant qu'humanité, sommes en crise. Si la civilisation occidentale continue ainsi, les générations futures n'auront plus de nature pour vivre – ni de joie de vivre.

Certaines questions m'ont sauté aux yeux:
- Comment une génération entière peut-elle perdre équilibre de manière aussi flagrante?
- Comment la grande majorité de notre société peut-elle tomber dans un confort trompeur et mépriser ainsi sa relation avec les autres êtres vivants?

Au lieu de me désespérer, ces questions m'ont redonné foi:
- Face à cette catastrophe imminente, à ce moment précis de l’histoire, qu’est ce qui est le plus important?
- Quel est mon but dans la vie, à cet endroit précis du monde?
Pour moi -j’avais alors à 16 ans- ces questions n'étaient pas qu’un concept abstrait. Je voulais prendre de bonnes décisions dans ma vie et j'ai fait des choix qui façonnent encore aujourd'hui, mon style de vie, ma profession, mon affiliation.

Je ne voulais pas me contenter de parler sans rien faire.

C’est pourquoi je me suis décidé à ne pas apprendre à conduire et de me passer du permis. J'ai cessé de consommer de la viande, j'ai commencé à me laver exclusivement à l'eau froide et à marcher pieds nus.

Je voulais réveiller les gens -et je continue à le faire aujourd’hui.

Souvent, j'ai mis mes semblables à rude épreuve et je les ai confronté à cette phrase entendues encore et encore cette complainte réputée par des milliers de gens pour excuser leur résignation: «Moi seul ne peux rien faire!». J'ai alors mis la personne au défi de ne changer déjà que son mode de vie.
J'ai appris, j'ai été moins confrontant, j'ai eu besoin de moins de mots pour exprime mes convictions. J'arrive de mieux en mieux à amener mes proches les sceptiques à réfléchir et à repenser l’environnement. Même si, je l’avoue, la radicalité qu'exige l'urgence m'a parfois échappé. Un signe de vieillesse peut-être?

Greta? Oui Greta, mais pas seulement!

Je me réjouis d'autant plus des protestations de Greta Thunberg et des nombreuses personnes qui, avec leurs grèves climatiques, ne veulent plus accepter que les mesures urgentes d’un point de vue écologique soient toujours minimisées.

Dès 1979, lors de la première Conférence mondiale sur le climat de l'ONU à Genève, il a officiellement été dit que l'utilisation toujours plus grande des énergies fossiles, la surexploitation et la déforestation «causeront une augmentation massive des concentrations de dioxyde de carbone dans l’atmosphère et ce, dans le monde entier». Suite à cette Conférence mondiale sur le climat d’autres Conférence mondiale -1988 à Toronto, 1990 à Genève, 1992 à Rio de Janeiro- ont pris place. Rio a engendré la Convention mondiale sur le climat et l'Agenda 21, les lignes directrices pour le développement durable au 21e siècle, adoptées par 172 États.

Depuis 1995, les conférences de l'ONU sur le climat se succèdent tous les ans. En voici les grandes étapes:
1997 : Protocole de Kyoto. Par ce protocole universel, les pays industrialisés s’engagent à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) de 5%.
2009 : Conférence de Copenhague. Les pays s’engagent à limiter le réchauffement climatique à 2°C, mais sans fixer d’objectifs contraignants pour y parvenir.
2014 : Conférence de Lima (COP20) : prépare les négociations de 2015 qui doivent se conclure par un accord à Paris.
2015 : A Paris, le 12 décembre, la COP21 s’est conclue sur un premier accord (lien externe) qui prévoit de limiter l’augmentation de la température à 2° voire d’aller vers l’objectif de 1,5° par rapport à l’ère préindustrielle. Le texte tient compte des besoins et moyens des pays signataires. Il est durable dans le temps avec des ambitions révisables à la hausse périodiquement. En date du 7 novembre 2017, après ajout de la signature syrienne et avant le retrait des États-Unis -Donald Trump, président de la nation la plus puissante du monde, annonce sont désengagement le 1er juin 2017-, 195 pays sur les 197 que reconnait l'Organisation des Nations unies ont signé ou se sont engagés à signer l'accord de Paris sur le climat, ce qui fait de ce texte le plus largement et le plus rapidement signé de l'histoire de l'humanité. 

Le climat et au-delà

Il ne s'agit pas seulement du changement climatique, mais également de la pollution du sol, de l'air et de l'eau. La perte de biodiversité, la déforestation notamment des forêts tropicales, le trou dans la couche d'ozone, les montagnes de déchets radioactifs qui s'accumulent, l'extension des déserts... Beaucoup d'entre vous doivent encore se souvenir du rapport du Club de Rome de 1972 - un groupe de réflexion réunissant des scientifiques, des économistes, des fonctionnaires nationaux et internationaux, ainsi que des industriels préoccupés des problèmes complexes auxquels doivent faire face toutes les sociétés, tant industrialisées qu'en développement- intitulé Les Limites à la croissance.
En 1986, Carl Friedrich von Weizsäcker résme par des mots forts le grand inconfort qui régnait et a fait de l'engagement d'innombrables communautés et organisations chrétiennes de toutes confessions un thème central: Son livre Die Zeit drängt! est une contribution proéminente au processus conciliaire pour la justice, la paix et l'intégrité de la création.

Papst Franziskus11

Laudato si' est œcuménique, interreligieux, scientifique, et peut être relié au mouvement pour la paix, malheureusement quelque peu endormi. Ce que j'aime particulièrement dans cette encyclique:

Laudato si' est un guide pour mieux comprendre les liens entre nos actions et leurs conséquences sur l’écologie. Elle est également une source d'inspiration pour répondre à la question cruciale du comment traiter l'expérience de notre impuissance sans désespérer, ni se résigner.

Je suis vous invite à sa lecture intégrale.

En attendant, je vous propose de lire ces quelques passages incontournables:

«Le mouvement écologique mondial a déjà parcouru un long chemin, digne d’appréciation, et il a généré de nombreuses associations citoyennes qui ont aidé à la prise de conscience. Malheureusement, beaucoup d’efforts pour chercher des solutions concrètes à la crise environnementale échouent souvent, non seulement à cause de l’opposition des puissants, mais aussi par manque d’intérêt de la part des autres. Les attitudes qui obstruent les chemins de solutions, même parmi les croyants, vont de la négation du problème jusqu’à l’indifférence, la résignation facile, ou la confiance aveugle dans les solutions techniques. Il nous faut une nouvelle solidarité universelle.» (LS 14)

Laudato si' déplore que l’on relativise l'urgence et affirme que «la planète pourrait subsister longtemps dans les conditions actuelles. Ce comportement évasif nous permet de continuer à maintenir nos styles de vie, de production et de consommation. C’est la manière dont l’être humain s’arrange pour alimenter tous les vices auto-destructifs : en essayant de ne pas les voir, en luttant pour ne pas les reconnaître, en retardant les décisions importantes, en agissant comme si de rien n’était. » (LS 59)

Dans certains pays, des exemples positifs d'avancées dans la protection de l'environnement sont réjouissants, tels que: l’assainissement de certaines rivières polluées durant de nombreuses décennies, ou la récupération de forêts autochtones; l’embellissement de paysages grâce à des actions d’assainissement environnemental; des projets de construction de bâtiments de grande valeur esthétique et écologiques; ou bien encore les progrès réalisés dans la production d’énergie non polluante. Ces avancées ne résolvent pas les problèmes globaux, mais elles confirment que l’être humain est encore capable d’intervenir positivement.

L’humain  a été créé pour aimer, et de ses limites jaillissent inévitablement des gestes de générosité, de solidarité et d’attention.

Laudato si' n'a pas peur de dénoncer l'injustice structurelle: «Beaucoup de ceux qui détiennent plus de ressources et de pouvoir économique ou politique semblent surtout s’évertuer à masquer les problèmes ou à occulter les symptômes, en essayant seulement de réduire certains impacts négatifs du changement climatique. Mais beaucoup de symptômes indiquent que ces effets ne cesseront pas d’empirer si nous maintenons les modèles actuels de production et de consommation ». (LS 26)

Laudato si' ne travaille pas avec la peur et la panique, mais se concentre plutôt sur des actions et des gestes d'appréciation de la vie de tous les jours: «Il ne faut pas penser que ces efforts ne vont pas changer le monde. Ces actions répandent dans la société un bien qui produit toujours des fruits au-delà de ce que l’on peut constater, parce qu’elles suscitent sur cette terre un bien qui tend à se répandre toujours, parfois de façon invisible. En outre, le développement de ces comportements nous redonne le sentiment de notre propre dignité, il nous porte à une plus grande profondeur de vie.» (LS 212)

Laudato si' est synonyme d'un contentement heureux qui a un effet libérateur: «Ce n’est pas moins de vie, ce n’est pas une basse intensité de vie mais tout le contraire; car, en réalité ceux qui jouissent plus et vivent mieux chaque moment, sont ceux qui cessent de picorer ici et là en cherchant toujours ce qu’ils n’ont pas, et qui font l’expérience de ce qu’est valoriser chaque personne et chaque chose, en apprenant à entrer en contact et en sachant jouir des choses les plus simples. » (LS 223)

L'esprit de Laudato si' m'a souvent encouragé à mettre en lumière des expériences d'impuissance paralysantes et décevantes et à trouver une nouvelle radicalité qui s'adresse aux gens.

Christoph Abrecht sj
texte traduit de l’allemand par Léa Fossati

 Notre image: capture d'écran issue du documentaire Le pape François - Un homme de parole de Wim Wenders (2018).

 

 

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