Quel est le lien entre l’aumônerie universitaire catholique de Bâle (Katholische Universitätgemeinde Basel - kug), la Société des étudiants Marxist Society et à la Fraternité universitaire Jurassia Basiliensis? Les mauvaises langues répondront, que toutes les trois sont d'une certaine façon d’un autre temps, et qu’elles se valent sur le marché de l'information destinée aux nouveaux étudiants de l'Université de Bâle. Par Beat Altenbach sj

C’est un véritable exercice d’humilité que de voir passer durant trois heures les nouveaux étudiants devant le stand d’information du kug, des étudiants qui évitent soigneusement le contact visuel une fois qu’ils ont compris de quoi il s’agissait. J’en ai fait encore une fois l’expérience cette année. Sans oublier que la plupart des rares jeunes qui se sont arrêtés à notre stand, se sont s'excusés dès qu'ils ont réalisés que ce que nous proposions ne répondait pas à ce qu'ils recherchaient. Une situation d’autant plus étonnante qu’elle cadrait mal avec l'agitation qui régnait sur le stand de nos voisins de la Marxist Society.

A quoi cela est-il dû? D'une part, peut-être, au fait qu'il n'y avait pas sur le stand de nos amis marxistes de "Père" de 54 ans, mais des jeunes étudiants qui n'avaient aucune inhibition à s'adresser directement à leurs nouveaux camarades de classe. Mais aussi, peut-être, au fait que les préoccupations mises en avant par nos voisins marxistes semblaient entrer en résonance directe avec ce qui mobilise la plupart des jeunes aujourd'hui: un sentiment d'impuissance face au développement du monde. L'idée de la lutte de classe anticapitaliste est soudain (re)devenue une réponse plausible à tous les maux de notre temps.

L'oubli toujours plus important de notre histoire, qui conduit aujourd'hui à repenser naïvement les idéologies de gauche et de droite comme solutions aux problèmes de notre époque, est en un sens une chance pour les Églises chrétiennes.

Libérés du poids du passé et des questions structurelles actuelles, les jeunes chrétiens recherchent avant tout des réponses convaincantes, des expériences authentiques et des personnes crédibles. Peu intéressés par les questions d'hier et -à part le débat actuel sur le climat- pas vraiment par celle de demain, ils cherchent de l'aide pratique pour faire face au présent. Grâce à la proposition de notre programme semestriel sur le thème "Foi et raison", l’aumônerie universitaire catholique de Bâle vise à apporter sa contribution à leur recherche.

Mais le fait que, dans la tradition ignatienne, nous ayons l’habitude de poser avant tout des questions plutôt que de donner des réponses tout faites, ne nous rend pas très attractifs. Néanmoins, peut-être, pourrions-nous par nos propositions et par notre témoignage personnel aider l’un(e) ou l’autre à trouver non seulement ce qu’il cherche en ce moment mais ce qu’il recherche vraiment dans leur vie.

Dont acte. Et qui sait, l’an prochain, il pourrait peut-être y avoir sur notre stand du kug une belle photo de François, notre Pape "marxiste"…

Beat Altenbach sj

 

 

BeatAltenbachSJ

Aumônier universitaire et supérieur de la communauté jésuite de Bâle où il est né, a grandi et a étudié la chimie, Beat Altenbach sj a obtenu un doctorat en sciences de l'environnement à l'EAWAG/ETH Zurich. Entré en 1996 au sein de la Compagnie de Jésus, après deux ans de noviciat à Innsbruck et deux ans d'études à l'Université Philosophique des jésuites de Munich, il étudie la théologie au Centre Sèvres de Paris. Il est consacré prêtre en 2004 à Zurich par l'évêque auxiliaire Peter Henrici sj.
De 2003 à 2010, Beat Altenbach sj est directeur de l’Aumônerie catholique universitaire (aki) à Zurich. Puis, jusqu'à l'été 2015, il endosse la responsabilité de directeur du Centre spirituel et de formation de Notre-Dame de la Route à Villars-sur-Glâne, près de Fribourg. De 2015 à 2018, il est responsable de la pastorale des vocations des jésuites suisses.
Depuis 2003, Beat Altenbach sj accompagne des retraites ignatiennes en allemand et en français. Il est membre de l'équipe de formation pour les retraites ignatiennes et l'accompagnement spirituel auprès du Centre spirituel de Lassalle-Haus à Zug.
Ses autres domaines d'intérêt sont le dialogue entre les sciences naturelles et la foi, la question de la pratique de la foi par les générations Y et Z, les écrits (journaux et lettres) d'Etty Hillesum (1914-1943).

Depuis 2005, le Père Altenbach sj se forme à l'accompagnement des victimes d'agressions sexuelles. Depuis 2018, il est l'un des représentants religieux au sein de la "Commission d'experts sur les agressions sexuelles dans l'environnement ecclésial" de la Conférence épiscopale suisse. Enfin, depuis 2019, il est la personne de référence des jésuites de Suisse en matière de violences sexuelles.

Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

D'hier à aujourd'hui
de Jean-Blaise Fellay sj

Le triptyque du quotidien
de Julien Lambert sj

La chronique de l'invité
des jésuites