Valerio Ciriello sj de la Province de Suisse était la maître de cérémonie du 20e anniversaire de la «Messe qui prend son Temps...» qui a été fêté à l’église Saint-Ignace de Paris en octobre dernier. Une messe «d'un nouveau type», célébrée par et pour de jeunes adultes, et animée par les jésuites! Son concept? Au lieu des 60 minutes traditionnelles, la «Messe qui prend son temps» (MT) s’étire sur une heure et demi, des minutes supplémentaires consacrées à l’écoute de l’Évangile et à un temps de prière personnel de 20 minutes ponctuées par un partage de réflexions en petits groupes. Le scolastique Valerio Ciriello sj offre un bref témoignage de son expérience chez les jeunes de la MT.

Étudiant («scolastique ») jésuite au Centre Sèvres de Paris, j’ai été le coordinateur de «La Messe qui prend son Temps...», alias «la MT», depuis septembre 2017. Un mandat qui a pris fin lors de la célébration le 6 octobre 2019 de son 20e anniversaire. À ce poste, j’ai assuré la gestion et l’animation d’une messe hebdomadaire pour les jeunes adultes (18-35 ans) à l’église de Saint Ignace, à Paris. J’ai coordonné plusieurs équipes de musique, lecteurs, diaconie, catéchèse… La mise en place de l’équipe catéchèse à partir de septembre 2017 -composée des trois sous-équipes confirmation, catéchuménat et Bible- est la chose dont je suis le plus fier. Beaucoup de jeunes ont ainsi trouvé l’occasion d’approfondir leur foi, voire même de la trouver, et de recevoir le sacrement du baptême et de la confirmation. Lors des MT, une équipe de prêtres jésuites assure la présidence de la messe ainsi qu’une permanence de confession, alors que des religieuses offrent également leur écoute.

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Durant mon temps de coordination, un groupe de travail (jésuites et laïcs) a été mis sur pied avec pour objectif de constituer une équipe dédiée à l’accompagnement des jeunes couples au mariage. De nombreux Pères jésuites accompagnent des jeunes couples au mariage. L'idée est ainsi de coordonner leurs activités et encourager les synergies entre les jésuites.

Un lieu de rencontres

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Ces deux ans, ma tâche n’a pas été seulement de faire en sorte que «ça roule», mais surtout de créer une atmosphère d’amitié et d’harmonie entre tous. Je crois qu’on attendait de moi une certaine aptitude relationnelle, effectivement indispensable. En bref, le coordinateur encourage la socialisation des jeunes entre eux et avec les jésuites.

À cette fin, plusieurs initiatives ont été prises, notamment les déjeuners ou dîners qui réunissent quatre jésuites et quatre jeunes. J’espère que cela a contribué à rapprocher les gens, à créer des liens, et même à nouer des amitiés.

Nombreux sont les jeunes (français et étrangers) qui arrivent à Paris pour y passer une année ou deux. Parmi eux, il y en a toujours cinq ou six qui viennent frapper à la porte de la MT pour la première fois. En fin de messe, tous ces «nouveaux venus» reçoivent une petite attention sous la forme d'une douceur (un bonbon ou un chocolat: on dirait qu’ils préfèrent le chocolat!). Ce très petit geste symbolique de notre fraternité et un signe de bienvenue est d’une grande valeur pour tous ceux qui sont à la recherche d’une nouvelle «maison» où se sentir comme chez soi. Après quoi, tout le monde est invité à participer au pot, ou périodiquement à un repas partagé dans les salles adjacentes du Centre Sèvres.

Évidemment, la MT n’est pas uniquement un lieu de rencontres et d’amitié. Et s’il y a rencontre, elle s’opère d’abord dans le silence de la prière: deux cents jeunes en silence, vingt minutes durant, après la proclamation de l’évangile, suivi d'un court temps de partage est toujours étonnamment fructueux. Ce n’est d'ailleurs pas qu'un hasard si la messe s’appelle «La Messe qui prend son Temps...» (ce nom est venu spontanément sur les lèvres d’une participante, il y a vingt ans). À la MT, les jeunes trouvent le temps et l’espace pour une rencontre personnelle et communautaire avec Dieu; du temps pour approfondir la Parole, ponctué par des «points de prière» à la manière d’Ignace de Loyola. On «prend donc son temps» (90 minutes tout rond) pour poser son sac devant le Seigneur en fin de week-end.
En résumé, ici, à la MT, on prend le temps pour Dieu et pour les autres, car il n’y a pas de véritable rencontre avec Dieu qui ne passe aussi par une rencontre avec ses frères et sœurs.

Plus qu'une messe

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C’est là bien sûr le cœur de la MT. Et pourtant elle est devenue plus que cela. J’ai mentionné les équipes de service, la catéchèse aussi et le groupe catéchuménal, à quoi s’ajoutent les activités et engagements (journées pédestres, soirées maraude…). Depuis l’an dernier, la MT bénéficie de la Maison Magis, récemment ouverte pour centraliser la pastorale des jésuites auprès des jeunes adultes. Elle fait partie des propositions «Magis Paris» (magis, qu'on prononce «maguis», est un expression typique de la spiritualité ignacienne, un adverbe latin qui signifie «plus»).

J’ai utilisé plus haut le terme de «maison» en parlant de la MT. Eh bien, pour plusieurs jeunes, la MT a en effet été un foyer et un refuge dans des moments de douleur et/ou de désolation personnelle. Auprès de la communauté jésuite adjacente à l’église de Saint Ignace, ils ont trouvé un endroit pour se reposer et dormir parfois, après avoir perdu, pour diverses raisons, leur habitation habituelle.
Je n’oublierai jamais cette soirée où, vers 21h, un jeune homme qui fréquent la MT m’a demandé s’il y avait la possibilité de l’accueillir pour quelques jours dans la communauté. Au début, j’étais décontenancé par cette demande, alors que, ce soir-là, aucun de mes supérieurs n’était à Paris. J’en ai parlé à certains de mes compagnons, en particulier à mon prédécesseur dans le rôle de coordinateur qui m’a été d’une aide précieuse. Il m’a rassuré et ensemble nous avons décidé d'assumer cette responsabilité. Aujourd’hui, ce jeune homme est complètement intégré dans la communauté et sa vie s’est stabilisée, et même améliorée de façon surprenante.
La «Messe qui prend son temps…», c'est aussi cela.

D'une certaine manière, cette anecdote résume bien la vision d’église et de communauté en laquelle je crois. Si nous n’apprenons pas à partager nos vies avec celles des autres, peu importe quelles autres, le risque est grand, en paraphrasant Robert Kennedy, que «nous regardions nos frères comme des hommes avec lesquels nous partageons une Église, mais pas une communauté; des hommes liés à nous par une foi commune, mais pas par un chemin commun.» Alors que lorsque nous voyageons ensemble avec d'autres, ils sont liés à nous non seulement par la foi commune, mais aussi par la voie commune. Le bon berger partage toujours la vie et les risques de ses brebis!

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