«Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde!» Ces paroles de Gandhi m’ont accompagné pendant toute la durée des vacances académiques de cet été. Deux mois passés entre le Campus de la Transition à Forges (Paris) et le Schumacher College dans le sud de l’Angleterre qui m'ont ré-ouvert le cœur et l'esprit à l'écologie.

La question écologique a commencé à m’intéresser durant ma jeunesse passée dans le sud de l’Italie (1990-2000). J'avais même adhérer, au milieu des années 1990, au parti des Verts (Verdi).

Les menaces qui pèsent sur l'environnement ont pris une toute autre dimension depuis que j'ai rejoint l'Ordre des Jésuites en 2014. J’étudie actuellement la philosophie et la théologie à Paris, et j’ai été influencé dans mes réflexions par les apports académiques et surtout par les rencontres avec Cécile Renouard et Gaël Giraud sj, spécialiste des questions environnementales. Cécile Renouard, sœur assomptionniste et professeure de philosophie, est la fondatrice du Campus de la Transition: un projet écologique qui vise à s’enraciner au-delà de la réflexion académique pour susciter une profonde conversion intérieure. Son but? Ramener l’homme, l’animal et la terre dans une nouvelle harmonie. C’est Sœur Cécile qui m’a parlé du Schumacher College de Dartington, dans le sud de l'Angleterre, qui s'engage lui aussi pour la transition écologique.

Ces différents apports m’ont fait prendre conscience de l’urgence de modifier notre mode de vie et de pensée. Or une conversion crédible passe d’abord par une conversion personnelle, et ce n’est qu’ensuite qu'il est possible de "soutenir" les autres dans leur conversion.

Aujourd'hui, par exemple, je mange principalement de la nourriture végétale et je ne prends pas l'avion quand il existe une alternative. Soit dit en passant, j’ai rarement mangé aussi bien que sur le Campus de la transition et au Schumacher College, une preuve supplémentaire s'il en fallait que les plats végétariens et végétaliens peuvent être très savoureux et peu coûteux en plus d'être très sains. Si vous ne me croyez pas, venez les découvrir par vous-même.

Il ne s'agit peut-être que de petits pas sur la voie de la conversion écologique mondiale. Mais si ces pas se multiplient tous les jours, toutes les heures dans le monde entier, ils feront la différence pour l'humanité. Au lieu d'attendre le changement d'en haut, de la politique et de l'économie, nous pouvons utiliser nos propres leviers ici et maintenant, en prenant notre destin en main -et donc celui du monde. Comme le Mahatma Gandhi avait l'habitude de dire: «Soyez le changement que vous souhaitez voir dans le monde.» C’est aussi l’un des principes directeurs des deux institutions et de leurs communautés dans lesquelles j'ai passé mes semaines d'été.

Au Campus de la Transition, comme au Schumacher College, on peut suivre une formation académique pour obtenir une maîtrise et/ou simplement suivre des cours. Mais dans les deux communautés, la véritable conversion se passe ailleurs, à travers les rencontres et les échanges interpersonnels. Étudiants, employés, professeurs, bénévoles, auditeurs, ... tous participent aux tâches domestiques: du ménage à la cuisine en passant par l'organisation des activités éducatives. Chacun assume ses responsabilités personnelles et de groupe. Le but visé n’est pas uniquement d'acquérir de nouvelles connaissances, mais de promouvoir la conversion du cœur à travers le corps et l’âme, pour que les connaissances acquises et comprises par le cerveau trouvent leur chemin vers le cœur. C’est ainsi que se crée une communauté vivante et authentique à qui il incombera, en fin de compte, de transmettre les valeurs spirituelles de l’institution dans laquelle elle se trouve.

Une quête spirituelle

En France comme en Angleterre, j’ai rencontré des femmes et des hommes, des jeunes et des aînés, des croyants et des "non-croyants" d’une grande ouverture d’esprit et d’une grande profondeur d’âme! Tous ont le désir de ne pas se laisser uniquement guidée par l’hédonisme et l’égoïsme du monde actuel, mais plutôt par l’idée qu’un monde plus humain et juste est possible.
Ce qui m’a particulièrement impressionné, c’est la facilité avec laquelle j’ai tissé des liens et développé des conversations profondes, voire intimes, avec bon nombre des participants, des gens qui m’étaient totalement étrangers auparavant. Même si la plupart se déclarent «non-croyants», ou du moins non pratiquants, ils sont néanmoins animés par une véritable quête spirituelle.

Me viennent alors en mémoire les paroles que Jésus a prononcé après avoir été frappé par la foi profonde du centurion romain («païen») de Capharnaüm: «Amen, je vous le déclare, chez personne en Israël, je n’ai trouvé une telle foi. Aussi je vous le dis: beaucoup viendront de l’orient et de l’occident et prendront place avec Abraham, Isaac et Jacob au festin du Royaume des Cieux.» (Matthieu 8:5-13). Comme à cette époque, encore aujourd’hui, la foi n’est pas le monopole d’un groupe ou d’une religion en particulier.

Contrairement à ce que l’on pense souvent, et à ce qui est reflété dans les médias, il n’est pas vrai que ce monde n’est mû que par l’hédonisme et l’égoïsme. De nombreuses femmes et de nombreux hommes construisent discrètement chaque jour un monde plus humain et juste pour les générations futures. Il y a ainsi plus de raisons d’espérer que de désespérer!

Valerio Ciriello sj

www.campus-transition.org
www.schumachercollege.org.uk

 

Ciriello Valerio ptite

Valerio Ciriello sj est né à Baden (AG) le 23 août 1975. Jusqu’en 1990, il vie à Bad Zurzach AG, puis avec sa famille à Teano, la ville natale de son père près de Naples. En 2000, il retourne en Suisse pour ses études à l’Université de Zurich dans le cadre du programme Erasmus. Il est titulaire d’un diplôme en droit de la Seconda Università di Napoli (2002). Il approfondit ensuite ses études à l’University of California à Berkeley (2004) en Refugee Law, International Environmental Law et International Relations Theory. Il détient un Master en études européennes interdisciplinaires du Collège d’Europe (2007).
Valério Ciriello sj a débuté sa carrière dans différents métiers (université, organisations internationales, syndicat, banque). En 2007, il commence à travailler auprès de l'ancienne Autorité de contrôle en matière de lutte contre le blanchiment d'argent et, de 2009 à 2014, pour l'organisme qui lui succède, l'Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers FINMA.
Valerio Ciriello sj a été actif politiquement, en Suisse, pour le PDC (Parti démocrate-chrétien) et, en Italie, chez les Verts (Verdi) puis au sein d’« Italia dei Valori ». En septembre 2014, il rejoint la Compagnie de Jésus, en Suisse. Après avoir prononcé ses vœux au noviciat de Nuremberg en 2016, il étudie la philosophie et la théologie au Centre Sèvres à Paris.

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