Le Pape François a fait de ce mois d'octobre 2019 le Mois Missionnaire Extraordinaire, un mois qui marque également le 100e anniversaire de la lettre apostolique Maximum Illud. Rome lui a donné pour thème «Baptisés et envoyés: l’Église du Christ en mission dans le monde».
«Qu'est-ce que cela signifie pour moi, qui a été baptisé il y a un demi-siècle?» se questionne Toni Kurmann sj, président de la Fondation Jésuites International et membre du groupe de travail dédié à l’événement constitué par la Conférence des évêques suisses.

Le Mois de la Mission universelle 2019 a lieu tous les ans en octobre. S'il est qualifié d'extraordinaire, déclaré comme tel par le pape François, c'est qu'il met l’accent -une fois n’est pas coutume- sur le concept même de la mission. C’est une bonne chose, car la mission théologique est un thème central du christianisme depuis ses origines.

En 1919, la lettre apostolique Maximum Illud marquait un tournant, proposant un nouveau programme de mission catholique tourné vers l'avenir. Le Pape Benoît XV appelait les missionnaires à se préparer soigneusement avant leur départ, à répondre aux particularités culturelles de la population dans les zones de mission, et à constituer un clergé local dans les diocèses et parmi les ordres religieux. Une demande remarquable à une époque où la puissance coloniale de l'Occident était considérée comme acquise en Afrique et en Asie.

Un regard neuf

Maximum illud invitait les chrétiens à ouvrir les yeux sur la richesse des autres cultures. À adopter une vision positive de l’autre, un regard propre à favoriser des rencontres sur pieds d’égalité. Ceux qui osent le faire prennent souvent conscience de leur propre arrogance culturelle. À l’image de Paul Wiederkehr sj, décédé le 5 juillet 2019 dans le 87e année, et que j'ai rencontré pour la dernière fois à l'automne 2018.

Le Frère Wiederkehr sj était l'un des derniers missionnaires de la génération des pionniers, œuvrant dans l'esprit de Maximum Illud. Maître charpentier bâlois, il avait rejoint en 1956 la Compagnie de Jésus. Dès 1963, il était en poste en Indonésie. Missionnaire au sens classique du terme, sa perspective avait peu à peu changé au contact quotidien des indonésiens: dans son centre de formation en menuiserie, il a ainsi permis à d'innombrables personnes d’acquérir les bases d’un métier leur ouvrant les portes d'une vie meilleure. Parallèlement, au sein de l’ashram chrétien interreligieux Shantivanam, il a fait tout ce qu'il a pu pour le bien-être des enfants souffrants de handicaps multiples.

Témoignez maintenant!

Aujourd’hui, se souvenir de Maximum illud offre l’occasion de redécouvrir le sujet des missions à l'historique chargé. De nombreuses voix critiques s’élèvent contre la mondialisation. Certaines personnes se replient sur elles-mêmes et leur bien-être. Nombreuses aussi sont celles qui se distancient, souvent de manière frappante, des gens de cultures ou de religions différentes. Même dans les milieux religieux, j’observe souvent un isolement fondamentaliste.

Une foi de cette nature cherche moins le dialogue avec les autres que le repli sur soi et le salut personnel à travers Dieu. Or la mission chrétienne, au sens défini par Marc (16,15), vit d’une dynamique et de défis complètement différents. Dehors! Sortez dans le monde, nous dit l’apôtre. Témoignez de façon concrète qu’on peut compter, ici et maintenant, sur le Royaume de Dieu!

Agissez maintenant!

Agir concrètement demande de ne pas se rester paralysé par les multiples formes d'injustice, et de travailler sans relâche à l’amélioration de la condition humaine. Seules les solutions qui incluent toutes les personnes concernées se révèlent positives pour chacun. Les conditions inhumaines de travail finissent par tous nous affecter, comme l’air et l’eau pollués qu’aucun mur, aucune technologie ne peuvent arrêter. Qu’est-ce que cela induit pour nous dans notre «forteresse européenne»? Devons-nous continuer à nous isoler?

Je ne peux pas y croire. Je veux continuer à agir pour que les personnes touchées par la migration forcée soient traitées de manière appropriée et humaine. À petite échelle, dans des rencontres quotidiennes, ou à plus grande échelle en soutenant le Service des jésuites aux réfugiés (JRS) suisse dirigé par le Père Christoph Albrecht sj, ou bien encore sur le plan international au sein de la Fondation Jésuites international (JesuitenWeltweit), qui œuvre sur le terrain pour améliorer les conditions de vie des personnes défavorisées ou vivant en marge de la société.  Suite à ces expériences humaines fortes, il m'est apparu comme évident qu'agir concrètement impliquait aussi de m’engager à répondre aux préoccupations de l'initiative pour des Entreprises responsables – pour protéger l’être humain et l’environnement.

Ensemble, maintenant!

Lorsque nous utilisons à mauvais escient des images de migrants en les transformant en ennemis, nous courons le risque de nous focaliser et d’exagérer nos propres problèmes individuels et sociopolitiques. Or une Église qui se préoccupe avant tout de ses structures est impuissante. La complaisance n’est guère plus une option. Qui d’autres que les Églises doivent témoigner de l’aube du Royaume de Dieu? Suivre Jésus, c’est s’engager envers son prochain.

Le Mois Missionnaire Extraordinaire est placé sous la devise:  Baptisés et envoyés: l’Église du Christ en mission dans le monde. Pour moi, cela signifie qu'il faut redécouvrir le sens du mot baptême et le comprendre comme un signe du Royaume naissant de Dieu. En tant que chrétien, je veux me sentir toujours plus concerné par la réalité de mes semblables, de ceux qui sont sans défense, les laissés pour compte, et devenir leur prochain.

Prendre son prochain au sérieux nous sensibilise aussi à la surexploitation de la création. D’un point de vue théologique et chrétien, il n’y a pas de participation égoïste au Royaume de Dieu. Si mon engagement est authentique, il accorde à mon voisin comme à la création espace, attention, développement.

Toni Kurmann sj

Pour plus de renseignements sur le Mois Missionnaire Extraordinaire 2019 et les œuvres des jésuites de Suisse, consultez les pages suivantes :
https://www.missio.ch/fr
https://www.jesuiten-weltweit.ch
www.jrs-schweiz.ch (en allemand)
• www.jrsfrance.org/jrs-international

 

Toni Kurmann sjToni Kurmann sj est depuis 2004 procurateur des missions des jésuites de Suisse, président de la Fondation Jésuites International (JesuitenWelteweit) et responsable en Suisse du Service jésuite des volontaires Jesuit Volunteers. Des responsabilités qui impliquent de nombreux voyages à travers le monde pour visiter les projets soutenus par la Fondation et en découvrir de nouveaux. Toni Kurmann sj est également le rédacteur en chef du magazine trimestriel Jesuiten weltweit Magazin.

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