Quel est l’apport de la psychologie des profondeurs dans le processus de discernement? Le Père Bruno Lautenschlager sj, formé à l'institut C. G. Jung, nous éclaire.
D’après la psychologie des profondeurs de C.G. Jung, il existe dans chaque être humain une dernière instance dont la tâche est de constituer l’individu dans son caractère unique et de stimuler sa réalisation. Cette instance, c’est LE SOI. Il s’exprime dans les circonstances concrètes de la vie, tout particulièrement à travers les manifestations de l’inconscient comme les émotions et les rêves. Au cours de l’expérience, LE SOI fait apparaître ses aspects numineux[1] et même religieux. Il se peut qu’Il devienne alors la voix de la conscience personnelle. Celle-ci ne doit pourtant pas être identifiée à Dieu lui-même. Selon C. G. Jung, ce SOI “n’est en aucune façon à la place de Dieu, mais il est peut-être un contenant pour la grâce divine.”

LE SOI se trouve à la rencontre des prédispositions naturelles de l’être humain et de la présence divine en lui. D’après Jung, c’est de l’inconscient que surgit le conscient. Le «moi», lui, appartient au domaine du conscient dans lequel il doit prendre ses responsabilités et assumer ses décisions. Cela ne devrait pas se faire sans référence à l’inconscient. Pour résoudre les questions existentielles, il est indiqué de chercher le contact avec LE SOI. Ses directives permettent de trouver une solution qui correspond au mieux à la situation individuelle. Sans doute, dans la vie d’une personne, une déviation est possible, une décision erronée qui conduit à l’éloignement du «moi» par rapport au SOI.

Schéma de l'âme

New graphique Ame Lautenschlager

Ce schéma de l’âme se laisse aisément mettre en rapport avec le processus du choix dans les Exercices spirituels ignaciens. Cela pourrait être mis en évidence pour les différentes règles du «discernement des esprits». Pour l’illustrer, j’aimerais cependant me limiter à la règle centrale qui est celle de «la consolation sans cause précédente». Le dernier critère, pour un choix vraiment approprié, c’est l’évidence et le consentement intime ressentis comme une telle consolation, une consolation inattendue. La règle dit:

C’est seulement à Dieu, notre Seigneur, qu’il appartient de donner à l’âme une consolation sans cause précédente (…) Sans cause, c’est-à-dire sans que, préalablement, elle ne sente ou ne connaisse quelque objet grâce auquel cette consolation pourrait venir par le moyen de ses actes de l’intelligence et de la volonté. (Ex 330)

Dans la psychologie des profondeurs, ces paroles se laissent comprendre comme une expérience du SOI. Cela signifie: LE SOI agit, dans la personne, à partir de son centre le plus profond qui est aussi le lieu de la présence divine. Il dirige ainsi le choix en apportant les critères décisifs de l’évidence et du consentement intime qui constituent «une consolation sans cause précédente».
L’utilité de notre considération consiste à intégrer la totalité de l’âme dans la pratique de la vie spirituelle. Ainsi seront pris au sérieux non seulement le conscient avec ses mécanismes habituels, mais aussi l’inconscient avec ses motions. L’un et l’autre n’entrent pas en concurrence avec les valeurs et les buts spirituels. Au contraire, ils constituent les conditions naturelles requises dont il faut tenir compte pour favoriser leur épanouissement. C’est exactement dans la ligne de St Ignace qui attribue une place importante aux émotions et à l’imagination dans les Exercices. Lui-même, à plusieurs reprises, a été consolé et fortifié par des expériences visionnaires et des émotions intenses qui s’exprimaient souvent par des larmes.
Il serait absolument possible, et même indiqué, de rendre transparent le rapport entre les nombreuses règles du discernement des esprits et l’exposé présenté plus haut sur la collusion du conscient et de l’inconscient, ce jeu d’ensemble dans l’âme. Mais cela nous conduirait trop loin. Il serait préférable d’aborder le sujet au cours d’un dialogue ou dans le cadre d’un séminaire.

 

Bruno Lautenschlager sj 2Le Père Bruno Lautenschalger sj a été formé à l’Institut C. G. Jung de Zurich. Il est entré chez les jésuites en 1984. Il a co-écrit avec le Père Eckhard Frick sj «Lié à l'infini. Découvertes spirituelles de C.G. Jung» (paru en 2009, en allemand sous le titre «Auf Unendliches bezogen. Spirituelle Entdeckungen bei C. G. Jung».

 

 

[1] Le numineux est, selon Rudolf Otto et Carl Gustav Jung, ce qui saisit l'individu, ce qui venant «d'ailleurs», lui donne le sentiment d'être dépendant à l'égard d'un «tout Autre». C'est «un sentiment de présence absolue, une présence divine.

Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

D'hier à aujourd'hui
de Jean-Blaise Fellay sj

Le triptyque du quotidien
de Julien Lambert sj

La chronique de l'invité
des jésuites

Les pierres vivantes
de Pierre Martinot-Lagarde sj

Vie Spirituelle
au temps du coronavirus

Archives

  • Profondément touché par l’enfant sans défense

    Profondément touché par l’enfant sans défense

    Le temps de l’Avent, un temps d’attente, touche à sa fin, et celui de la descente de notre Seigneur approche. Valerio Ciriello sj propose une méditation sur l’enfant Jésus, sans défense, qui a vu la lumière du jour pour la première fois il y a plus de 2000 ans dans une étable, à l’extérieur de Bethléem.

    Jésus nu gisait sans

    Lire la suite
  • Une «Messe qui prend son Temps» depuis 20 ans

    Une «Messe qui prend son Temps» depuis 20 ans

    Valerio Ciriello sj de la Province de Suisse était la maître de cérémonie du 20e anniversaire de la «Messe qui prend son Temps...» qui a été fêté à l’église Saint-Ignace de Paris en octobre dernier. Une messe «d'un nouveau type», célébrée par et pour de jeunes adultes, et animée par les jésuites! Son concept? Au lieu des 60 minutes traditionnelles,

    Lire la suite
  • Une leçon d'humilité

    Une leçon d'humilité

    Quel est le lien entre l’aumônerie universitaire catholique de Bâle ( Katholische Universitätgemeinde Basel - kug), la Société des étudiants Marxist Society et à la Fraternité universitaire Jurassia Basiliensis ? Les mauvaises langues répondront, que toutes les trois sont d'une certaine façon d’un autre temps, et qu’elles se valent sur le marché de l'information destinée aux nouveaux étudiants de l'Université de Bâle. Par

    Lire la suite
  • Pourquoi je prie avant de manger

    Pourquoi je prie avant de manger

    Tous les jours, je mange des pommes de terre, des haricots, des légumes de toutes sortes, parfois un steak de bœuf bien assaisonné ou un raisin juteux. Que sont ces aliments que je mets dans ma bouche et que représentent-ils?

    Lire la suite
  • Changer le monde dépend de soi

    Changer le monde dépend de soi

    «Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde!» Ces paroles de Gandhi m’ont accompagné pendant toute la durée des vacances académiques de cet été. Deux mois passés entre le Campus de la Transition à Forges (Paris) et le Schumacher College dans le sud de l’Angleterre qui m'ont ré-ouvert le cœur et l'esprit à l'écologie.

    Lire la suite
  • Annoncer le royaume de Dieu, ici et maintenant

    Annoncer le royaume de Dieu, ici et maintenant

    Le Pape François a fait de ce mois d'octobre 2019 le Mois Missionnaire Extraordinaire, un mois qui marque également le 100e anniversaire de la lettre apostolique Maximum Illud . Rome lui a donné pour thème «Baptisés et envoyés: l’Église du Christ en mission dans le monde».
    «Qu'est-ce que cela signifie pour moi, qui a été baptisé il y a un demi-siècle?»

    Lire la suite
  • 1
  • 2