Heidelberg Legenda Aurea StPatricksFegefeuerIllustration issue d'un manuscrit alsacien du XVe siècle: La Légende dorée.Un débat confessionnel s’est instauré autour du Purgatoire, lieu théologique situé entre le ciel et l’enfer dans l’au-delà chrétien. C’est un dogme catholique inacceptable pour un protestant, note un théologien réformé. Non, il s’agit d’un développement médiéval qui a des sources scripturaires et surtout un lien profond avec le sacrement de réconciliation, rétorquent les adeptes catholiques.

Les origines du débat sont effectivement anciennes. Elles tiennent à la conception même du rapport entre l’homme et Dieu. En 1525, Érasme -grand bibliste- reproche à Martin Luther de nier la liberté humaine. Tu as raison, réplique ce dernier, en ce qui concerne le salut tout vient de Dieu et de lui exclusivement. Jean Calvin précise encore cette idée de prédestination. Avant même de créer le monde, Dieu décide qu’une majorité d’hommes sera vouée à la damnation éternelle pour montrer sa justice, et qu’une minorité, les élus, sera sauvée pour manifester sa miséricorde. Et cela sans aucun mérite de leur part. En effet, aucune action humaine, ni dans le sens du bien ni dans celui du mal, ne peut modifier ce décret éternel. Le Consistoire genevois, qui surveille les comportements dans la ville, menace sévèrement une veuve qui a prié sur la tombe de son mari. C’est un acte d’impiété, juge-t-il, car il manifeste un mépris de la volonté divine «dans son secret conseil». Celui-ci est immuable et le croyant doit l’admettre et le respecter. L’idée d’un purgatoire, c’est-à-dire d’un correctif après la mort, est proprement impensable dans cette théologie, car elle soumettrait la liberté divine à l’action humaine.

La position catholique part au contraire de la miséricorde divine, qui tente par tous les moyens de sauver l’homme. Elle s’est manifestée dans l’action de Jésus-Christ, qui passe partout «faisant le bien», guérissant les malades, annonçant la Bonne Nouvelle. Ceux qui croient à son message constituent l’Église, une communauté nouvelle, en croissance constante. Ce «Corps du Christ» se développe non seulement en nombre mais aussi en sainteté, nous assure saint Paul. Il n’est pas limité par la mort, car la Résurrection la domine.

Chacun de nous perçoit, surtout s’il avance en âge, qu’il n’a, de loin, pas atteint l’achèvement humain et spirituel auquel il est destiné. Il lui reste encore d’énormes progrès à effectuer. Les années qui le séparent de la fin de vie n’y suffiront pas. Pour entrer dans la plénitude divine, il aura besoin d’une transformation en profondeur. Il n’y parviendra jamais sans la grâce du Christ.

Il doit pour cela se greffer sur le Corps mystique, entrer dans la communion des saints, qui exige l’amour mutuel, le pardon et la réconciliation. Aucun bonheur éternel n’est imaginable sans une réconciliation avec nos proches, nos parents, nos amis, qui ont été parfois nos plus cruels ennemis. Et dont nous avons été plus d’une fois les bourreaux.

Nul besoin pour cela de flammes et de diables cornus. Il faut des échanges, des prises de conscience, des demandes de pardon, des absolutions. Échapper aux rancunes, aux culpabilités pour atteindre le bonheur des réconciliations sans retour. Nous devons y tendre dès maintenant mais cela se réalisera pleinement que dans la Bonté divine, qui dissipe les incompréhensions et les blocages, dénoue les secrets les plus obstinés. Cela se fera hors du temps, sans décompte de jours et de semaines, sans piécettes ni sacrifices. C’est le souffle de l’Esprit, le regard bienveillant du Père qui nous transformera, donnant à chacun sa juste place dans l’immense histoire de l’univers. Devenus membres du Christ, Alpha et Oméga de toute la Création, nous serons reçus dans la Trinité sainte.

Jean-Blaise Fellay sj

 

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