HaldasChroniquesChoisirRecueil de chroniques parues dans la revue choisir de 1980 à 2000

La revue choisir cherchait un chroniqueur. Le dimanche, en fin d’après-midi, la télévision romande mettait un événement sportif en évidence dans l’émission Sous la loupe. Ce jour-là, c’était un coup franc de Didi Andrey, un joueur du FC Servette. Un de ces tirs de rêve qui s’élève au dessus du mur de joueurs et replonge sous la barre dans la lucarne gauche, hors de portée du gardien. Sa réussite tournait en boucle au cours de l’émission.

Le journaliste Jean-Philippe Rapp avait invité Georges Haldas, pour le commentaire. Je ne le connaissais que de nom mais son lyrisme me stupéfia. J’appris ainsi qu’il avait aimé le football passionnément, ce que son physique ne laissait pas supposer. Mais surtout son discours était aux antipodes du langage laborieux des techniciens classiques, c’était un écrivain qui parlait. Que dis-je? Un conteur d’épopée! Il ne s’agissait pas de compter les points d’un championnat ou le coût des joueurs. Un match, avec lui, c’était le récit d’une bataille, comme celle des Grecs sous les murs de Troie. Un affrontement à la vie et à la mort, avec un vainqueur et un vaincu, dans le stade, sous les yeux de milliers de spectateurs. Avec un héros, comme Achille, en la personne de Didi Andrey.

Si Haldas pouvait exalter ainsi un sport du dimanche, il était l’homme qu’il nous fallait pour illustrer la spiritualité d’Ignace de Loyola: trouver Dieu en toutes choses. Le rechercher non pas dans l’abstraction et le céleste mais en pleine terre, dans la réalité humaine avec ses cruautés et ses splendeurs.

Dans mon esprit, à l’époque, un poète était un être quelque peu éthéré, amateur de papillons et de petites fleurs. Avec Georges Haldas, on avait affaire à un lutteur, un dur, un combattant. Il avait été communiste, farouche adversaire de l’injustice et de l’oppression. Il avait retrouvé la foi orthodoxe de ses origines en découvrant la réalité de la Résurrection, à l’opposé du quiétisme des spiritualités émollientes. La foi se vit au travers des épreuves de la mort. Un combat pour la justice et la vérité, dans lequel elles ne remportent pas toujours la victoire. D’où le regard qu’il portait sur les marginaux de la plaine de Plainpalais, les figures pittoresques qu’il côtoyait au bistrot Chez Saïd. Si vraies, si fragiles, si menacées.

Le sublime et le tragique traversent la vie des humbles, mais pour le voir il faut être «en état de poésie», comme le décrit Haldas. Semblable à l’état de grâce des mystiques, il manifeste cette légèreté de l’être qui s’est dépris de ses chaînes intérieures. Mais cela exige d’avoir rompu avec l’esprit de haine et de meurtre qui domine le monde et d’avoir puisé au fond de soi les eaux de la Source.

Georges Haldas accepta notre proposition de collaboration et nous livra ses chroniques pendant une vingtaine d’années! Il les écrivait avec une précision chirurgicale et les livrait avec une ponctualité helvétique. Dans les contacts mensuels dont je profitais, j’ai appris que la passion n’était pas rêveuse, que le poète peut être un horloger et que le prophète, un homme de colère, savait cultiver la fraternité. Une leçon que je n’ai pas oubliée.

Jean-Blaise Fellay sj

 

Ainsi, vingt ans durant, Georges Haldas a publié des chroniques mensuelles dans la revue jésuite choisir (1980 à 2000), rassemblées en un volume édité par l'Age d'Homme en mai 2001 sous le nom de Murmure de la source.

Ce mois de janvier 2018, le Père Luc Ruedin sj a fait paraître, aux éditions Embrasure/Parole et Silence, un ouvrage sur l'écrivain poète genevois mis en lumière grâce à son portrait croisé avec la jeune mystique juive morte à Auschwitz, Etty Hillesum:

ruedin georgeshaldasettyhillesumGeorges Haldas - Etty Hillesum
Poètes de l'Essentiel, Passeurs vers l'Absolu
Embrasure/Parole et Silence
Paris 2017, 150 pages.

Un ouvrage à découvrir sur ce site en passant par ici.

 

 

Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

D'hier à aujourd'hui
de Jean-Blaise Fellay sj

Le triptyque du quotidien
de Julien Lambert sj

La chronique de l'invité
des jésuites