PalaisFederal nov2017 Fellay 1442Sons et lumières au palais fédéral ©Jean-Blaise Fellay 2017La capitale fédérale nous a offert un magnifique spectacle à l’occasion des 500 ans de la Réforme protestante. Projetée sur la façade du palais de la Confédération, une sorte de fresque en sons et lumières nous entraînait au travers des siècles dans une étonnante farandole. Je fus surpris car je m’attendais à la célébration de la naissance d’une nouvelle forme religieuse avec tout ce que cela présuppose de solennité et de grandeur. Ce fut l’inverse. L’accent était plutôt mis sur la violence et les souffrances que les  divisions confessionnelles ont entraînées. L’enseignement tiré était: «plus jamais ça». Une danse des morts actualisée nous mettait en garde.

Le cimetière de Bâle possédait avant la Réforme une danse des morts célèbre. Un squelette symbolisant la grande faucheuse entraînait dans une ronde fatale le pape, l’empereur, les rois, les princes, comme les riches marchands, des jeunes femmes radieuses comme des vieillards décrépis, des mendiants comme de gros propriétaires. Égalité de tous devant la mort, radicale relativisation des disparités sociales.

Ces disparités se retrouvent également entre les pages de l’histoire de Suisse. La fin des guerres religieuses permettait le retour de la prospérité avec l’industrialisation. La façade de l’assemblée nationale se transformait en un immense moteur dont les pistons donnaient un renouveau de puissance à l’économie. Puis elle se transformait  en un vaste buffet d’orgue dont les nombreux tuyaux laissaient à chacun la place de jouer sa propre partition dans la symphonie commune. Une fort belle façon de concevoir la mélodie œcuménique et fédérale.

Mais aussi de désenclaver la question religieuse. Le Kulturkampf du XIXe siècle courait le long des frontières confessionnelles, mais il cachait en fait un problème d’industrialisation, une confrontation entre le monde des fabriques et celui de la paysannerie. On peut regarder d’un même œil le schisme du XVIe siècle. Un débat théologique chrétien à coup sûr mais il se déchire sur des limites qui sont antérieures à la problématique religieuse, celle des frontières entre le monde romain et le monde germanique. Oppositions ethniques, culturelles, linguistiques, qui influencent les formes de piété, débouchent sur l’incompréhension et, si les passions politiques s’y ajoutent, débordent en hostilités guerrières.

Le spectacle de la Place fédérale, qui s’est projeté un mois durant, l’a suggéré sans succomber au relativisme contemporain ni à son dédain du religieux. L’immense descente de croix, qui, au cœur de la projection, barrait tout le bâtiment, le manifestait de manière magnifique. Splendeur d’un tableau et gravité de son contenu: une mort pour la paix, une souffrance en vue d’une espérance.

J’ai senti là une belle forme d’attente spirituelle: celle dont rêve notre époque. Très éloignée des affirmations de puissance, hostile aux condamnations dogmatiques, détestant l’ostentation et le pharisaïsme. La foi implicite de notre temps, c’est que la violence meurtrière n’aura pas le dernier mot, l’amour triomphera en restant modeste et sûr de lui, fort de son courage et de son authenticité. Dieu n’a pas besoin des sonneries d’apparat, il est trop soucieux d’agir dans la discrétion et l’efficacité. Même s’il ne dédaigne pas de resplendir en beauté.

Je trouve remarquable que ce soit la ville de Berne qui nous ait donné ce spectacle. Le choix de la cité fut décisif pour la Confédération suisse en 1528 lors de la rupture confessionnelle. A-t-elle voulu nous suggérer que cette fois le chemin était ouvert vers un christianisme réconcilié et non violent?

Jean-Blaise Fellay

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