Le 27 avril, les jésuites fêtent saint Pierre Canisius: «non seulement parce qu’il fut un des premiers compagnons d’Ignace de Loyola, né à Nimègue en 1521, entré dans la Compagnie de Jésus après avoir fait les Exercices avec Pierre Favre, le Savoyard; mais surtout parce que Fribourg ne serait pas ce qu’elle est, si Pierre Canisius n’y avait pas fondé le collège St-Michel et par là donné à la cité des Zaehringen sa vocation de ville universitaire.»

Grand spécialiste de l’histoire du XVIe siècle et de la Réforme, Jean-Blaise Fellay sj a concocté un petit résumé de la vie de notre prédécesseur à Fribourg, autour d’un mot d’ordre, toujours valable, et encore plus en cette période de pandémie: «persevera!», en français moderne «tiens bon!»

C'est dans son journal d'écolier qu'il écrit, en capitales, cette injonction: PERSÉVÈRE! On peut dire qu'il y est resté fidèle toute sa vie. Sans rigidité, sans dureté mais avec une remarquable constance.

Pierre Canisius eut un très bon maître à Cologne, Van Esche, qui lui apprit les bases de la vie de prière et de l'intériorité. Il eut la chance de rencontrer, en 1543, Pierre Favre qui participait aux colloques interconfessionnels et lui fit connaître la toute jeune Compagnie de Jésus et la fougue de la spiritualité ignacienne. Et il poursuivit dans la même ligne jusqu'à sa mort à Fribourg en 1597. Intense vie de prière, études prolongées, enseignement, prédication, publications, fondation de collèges et d'universités dans toute l'Europe, conseil aux princes temporels et spirituels. Il est le premier jésuite à avoir publié un livre, alors qu'il était encore étudiant: ses Catéchismes se répandirent dans le monde entier et étaient déjà traduits en vingt-deux langues au moment de sa mort, dont le japonais et l'hindou.

Venu à Fribourg pour la fondation du collège Saint-Michel en 1580, il publia une série de biographies de saints helvétiques pour rappeler aux Confédérés les sources de leur foi.

Prédicateur inlassable, il réussit à ramener la ville d'Augsbourg à la foi catholique, à réorganiser l'université bavaroise d'Ingolstadt, à créer des hautes écoles à Munich, Prague et Innsbruck. Toujours modeste, il fut découvert en train de balayer les corridors du collège fribourgeois dans les derniers mois de sa vie, quand la maladie ne lui permettait plus de gravir les degrés de la chaire.

Les temps étaient difficiles, les divisions religieuses déchiraient l'Église et provoquaient des affrontements civils et militaires. En plus d'un lieu, le catholicisme paraissait affaibli au point de risquer la disparition. Il ne se décourageait jamais. Il écrivit à un catholique soucieux, le Dr Hundt:
«Le Seigneur dort, c'est vrai, qui garde Israël, mais il sommeille seulement pour mettre les élus à l'épreuve, laissant venir à eux une cruelle tempête; et quand, tout espoir semble évanoui, il se lève et, d'un geste, apaise les vents déchaînés. Il veut que nous acceptions pendant ce temps notre péril, notre faiblesse, notre néant; que nous frappions avec nos prières et nos larmes à la porte de la grâce: alors il vient nous ouvrir et couronner notre persévérance. Ne recherchons donc pas de réconfort humain, de peur de pécher par défiance contre la Bonté éternelle. Bénis ceux qui implorent avec confiance l'aide divine et possèdent leurs âmes dans la patience, il se présentera sans différer, le Père des Miséricordes, le Gardien de son Église pour toujours. Il viendra au temps marqué par Lui ; et il se sert de cette attente pour éprouver notre courage.

On disait jadis, à juste titre: «Dieu est notre force, il réduira lui-même à néant nos ennemis.» (Braunsberg, Correspondance, vol. Il, p. 184. Brodrick l, p. 441.)

Cette foi confiante explique et la durée et la fécondité de son labeur.

Jean-Blaise Fellay sj

 

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