LivreBenoiXVI CardSarahLe pape émérite Benoît XVI vient de retirer sa signature du livre du cardinal Robert Sarah, Des profondeurs de nos cœurs, soi-disant écrit en co-rédaction avec lui. Malentendu, manipulation, passage en force… la chose devra être éclaircie mais en tout cas l’attaque directe contre le pape François et le synode qu’il avait réuni à propos de l’Amazonie devient éclatante. Cela pose deux questions.

La première est celle du célibat des prêtres catholiques. Il a été vivement débattu pendant des siècles, notamment lorsqu’il fut rendu obligatoire lors de la Réforme grégorienne entre le Xe et le XIe siècle. Lors de la Réforme protestante au XVIe siècle, il fut au contraire proscrit même pour les moines et les religieuses. La Réforme tridentine catholique (1545-1562) l’affirma au contraire avec force mais ne parvint à l’imposer que deux siècles plus tard avec l’instauration généralisée des séminaires diocésains. Lors du Concile Vatican II (1962-65), le thème ne fut pas traité mais la question des Viri probati, c’est-à-dire de l’ordination d’hommes mariés ayant mené une vie familiale et chrétienne de bonne tenue, fut laissée à la discrétion du pape Paul VI, qui n’y donna pas suite. Il ne s’agissait pas d’une conception nouvelle, vu que le seul texte du Nouveau Testament qui en traite explicitement, l’épître à Tite, propose de choisir comme Ancien (en grec presbuteros, qui a donné le mot prêtre) un homme «mari d’une seule femme» et «qui a su élever ses enfants». De leur côté, les églises chrétiennes orientales ont conservé l’usage ancien d’avoir un clergé paroissial marié mais des évêques choisis parmi les moines, c’est-à-dire célibataires. Les problèmes de recrutement du clergé aujourd’hui ont relancé la question de l’ordination d’homme mariés dans des territoires manquant de prêtres, comme en Amazonie. Mais aussi pour les églises européennes et américaines du nord. Telle est la situation aujourd’hui. C’est la mare dans laquelle le cardinal Sarah lance son pavé.

Cela soulève le deuxième problème, celui de la coexistence de deux papes. Là non plus, il ne s’agit pas d’une nouveauté, lors du Grand Schisme d’Occident, de la papauté d’Avignon et du Concile de Bâle, nous avons eu deux, trois, voire quatre papes, dont un Genevois, Félix V. Lequel eut d’ailleurs la sagesse de se retirer au profit du pontife romain Nicolas V pour ne pas envenimer les affaires. C’est que les rois, les princes et l’empereur prenaient tantôt parti pour l’un ou l’autre des candidats, avec toutes les conséquences politiques voire militaires qui s’en suivaient. La Pêche miraculeuse du Musée d’Art et d’Histoire de Genève rappelle cet épisode: la barque de saint Pierre avait jeté les filets dans les eaux du Léman.

Pêche miraculeuse 60eaf

Pour nous aujourd’hui, la démission de Benoît XVI, fatigué, fut bien accueillie et semblait inaugurer plus de souplesse dans la succession pontificale. Mais la cohabitation de deux papes exige la plus grande retenue du démissionnaire, s’il devient l’otage d’un groupe sectaire de la Curie, il fragilise l’autorité de son successeur et introduit le trouble chez les fidèles. Il est regrettable que le grand théologien et le bon connaisseur de l’histoire de l’Église qu’était Joseph Ratzinger se soit ainsi laissé surprendre.

Jean-Blaise Fellay sj

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