zwingliEn ce mois de janvier, l'anniversaire des 500 ans d’Ulrich Zwingli à Zurich coïncide avec la constatation de l’affaissement de la population protestante dans cette capitale de la Réforme. Le passage de la ville à la théologie réformée au XVIe siècle s’était fait dans une grande tension avec les cantons de la Suisse centrale. Zwingli était d’ailleurs mort lors de la bataille de Kappel contre les troupes catholiques des Waldstätten. La ville du bout du lac s’était malgré tout organisée selon la formule zwinglienne, qui confiait la conduite de la vie civile, mais également la responsabilité religieuse, aux magistrats laïcs. Sa Réforme rejetait l’autorité du pape, de l’empereur, mais aussi des évêques locaux dans la gestion spirituelle de la communauté. Cela fit la force et l’unité de la cité. Mais celle-ci devait pouvoir conserver son homogénéité confessionnelle, vu qu’elle déterminait aussi bien le secteur économique et culturel que politique et religieux.

La destruction des remparts au XIXe siècle, les mouvements de population introduits par l’industrialisation, la mondialisation de l’économie au XXe siècle ont introduit une mixité sociale et religieuse qui ne pouvait que désorganiser le modèle ecclésiastique d’Ulrich Zwingli. Par contre, le système décentralisé des Évangéliques et le réseau épiscopal catholique se trouvent alors avantagés. C’est ainsi que l’évêché de Coire, fondé au temps de l’empire romain, récupère dans son diocèse une ville opulente, moderne, branchée sur le vaste monde. C’est le fait de la dimension mondiale du catholicisme. En effet, alors que la papauté perdait lors de la révolte luthérienne de vastes territoires dans les pays du Nord de l’Europe et en Angleterre, le Portugal, l’Espagne, la France catholique envoyaient des missionnaires évangéliser d’immenses territoires en Amérique du Nord et du Sud, en Afrique et en Asie. Toutes ces terres sont aujourd’hui des sources d’immigration, les USA en savent quelque chose.

En Suisse, ce sont les plus grandes villes qui passèrent à la Réforme, mais au XIXe et XXe siècles les campagnes catholiques alimentèrent le prolétariat urbain. Puis les apports se firent depuis l’Italie et la France, également depuis le Sud catholique de l’Allemagne et de l’Autriche. Actuellement, dans les assemblées dominicales catholiques de toute la Suisse, la présence des Africains, des Hispaniques, ou bien encore des Asiatiques est très visible. Ce n’est donc pas seulement dans la Zurich réformée que la sociologie religieuse s’est profondément transformée. Dans le Pays de Vaud, encore considéré à la fin du XXe siècle comme un bastion protestant et radical, Le Conseil d’État pourrait intégrer en mars prochain une troisième femme socialiste d’origine hispanophone. Décidément le monde change, mais les dirigeants religieux n’en ont pas vraiment pris la mesure.

Jean-Blaise Fellay

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