Œcuménisme – éclairage en marge de la venue du pape à Genève – J-3

Disciples running by EugeneBurnandLes disciples Pierre et Jean courant jusqu'au tombeau le matin de la résurrection (1898)
par Eugène Burnand © Wikimedia Commons
Le groupe des Dombes a joué un rôle très particulier dans le développement de l’œcuménisme. L’abbé Paul Couturier, un lyonnais né en 1881, en est à l’origine. C’est un scientifique, un physicien profondément spirituel. Proche de Teilhard de Chardin sj, il est convaincu que l’humanité toute entière doit marcher vers l’unité. Mais pour la réaliser, il faut commencer par la dimension spirituelle et donc par la prière. C’est ainsi qu’il va lancer en 1933 la Semaine de prière pour l’unité, devenue une institution de portée mondiale. Son idée directrice: «l’Unité que Dieu voudra, par les moyens qu’Il voudra.»

Un de ses amis, curé dans la région lyonnaise, Laurent Remillieux, se passionne pour la question. Mais il est aussi attiré par l’art religieux. Il s’intéresse au peintre vaudois Eugène Burnand, célèbre pour ses scènes historiques. Il a réalisé un vitrail sur les Béatitudes à Herzogenbuchsee. Remillieux y rencontre des pasteurs, qui l’invitent à une retraite spirituelle à Erlenbach dans l’Oberland bernois. On y a mis en valeur les fresques de l’église d’avant la Réforme. Un courant influent chez les Réformés est convaincu de l’importance de l’art pour la liturgie et pour la foi. Une relation amicale se développe entre eux le curé et les pasteurs.

L’église d’Erlenbach se trouve au pied du Stockhorn, un superbe saint Christophe décore l’entrée de la chapelle. C’est un cadre magnifique pour accueillir des hôtes catholiques et francophones. C’était pendant la guerre, la France était occupée et souffrait de restrictions alimentaires. Les prêtres lyonnais s’émerveillent des mottes de beurre et de miel dont se couvrait la table du petit-déjeuner. Le meilleur départ possible pour de nourrissants entretiens. Erlenbach fut donc le premier lieu de réunion du côté réformé.

Les réunions du côté catholique s’organisèrent, elles, dans l’abbaye Notre-Dame des Dombes, à mi-chemin entre Lyon et Genève d’où venaient une majorité des participants. Le groupe finit par en prendre le nom. Petit à petit, des pasteurs et professeurs genevois, comme le pasteur de Saussure, prirent la relève de leurs collègues germanophones. Le pasteur genevois Max Thurian, membre fondateur de Taizé, en fut un des piliers. Ce sont donc une quarantaine de théologiens professionnels qui, de part et d’autres, conduisirent ces rencontres. Leurs publications vont servir de base au Secrétariat pour l’unité des chrétiens du cardinal Bea, pour le document sur l’œcuménisme du concile Vatican II. Ils furent également repris par le Conseil œcuménique des Églises à Genève dont le pasteur hollandais Willem Visser’t Hooft devint le secrétaire général en 1948. Le groupe, qui a publié une série de documents fondamentaux pour l’unité des chrétiens, se réunit actuellement à l’abbaye de Pradines.

Depuis, l’abbé Couturier, qui a rencontré toutes les personnalités impliquées dans le mouvement œcuménique, est décédé (1953) comme oblat dans l’abbaye de Chevetogne, une abbaye très impliquée dans les relations avec les Églises sœurs notamment orientales.

La visite actuelle du pape François pour les 70 ans du COE couronne donc un long cheminement, dont certains des premiers pas furent accomplis en Suisse.

Jean-Blaise Fellay sj
(18.6.18)

EugeneBurnand vitrail Sermon Montagne 

Le sermon sur la montagne (1911)
Vitrail d’Eugène Burnand
Église réformée d’Herzogenbuchsee (BE)
© Wikimedia Commons

Les chroniqueurs

Le coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

Le point de vue
de Pierre Emonet sj

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de Bruno Fuglistaller sj

Le billet spirituel
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D'hier à aujourd'hui
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des jésuites