D'hier à aujourd'hui de Jean-Blaise Fellay sj

JB FellayLa grande fresque éloquente que représente l’Histoire propose ses chemins sinueux pour envisager le présent, ses échos illuminant de ses feux notre siècle mouvementé.

Spécialiste de l’Histoire de l’Église, Jean-Blaise Fellay sj propose des passerelles entre les péripéties et les grands tourments d’hier et aujourd’hui.

Jean-Blaise Fellay sj a été rédacteur en chef et directeur de la revue choisir, et directeur spirituel des séminaires diocésains des évêchés de Lausanne, Genève et Fribourg et de Sion.


Le dernier coup du rocker

HallydayConcert 1967Les funérailles nationales de Johnny Hallyday ou comment un mauvais garçon devient un symbole national. Il attire 800 000 personnes dans les rues de Paris et regroupe 700 bikers aux pieds de l’église de la Madeleine, le tout sous l’égide du jeune président de la République française.

Né d’un père belge, abandonné par lui dans une banlieue française, fasciné par Elvis Presley et la musique américaine, il change son nom, de Smet, pour un pseudonyme anglais, Hallyday, quelque part entre Holiday, le jour saint et Hollywood, le temple du cinéma. Et le voilà, tout jeune, qui se met à fracasser des guitares sur d’innombrables scènes de France, de Belgique et de Suisse. Il se donne un look de bad boy, poses provocatrices, drogue, fumée, boisson, filles, bande de copains, virées à moto… Dans la France de Charles de Gaule, très hostile à l’Amérique et face à un monde ouvrier dominé par le parti communiste, il se crée un public populaire qui, derrière les sonorités modernes, retrouve les thèmes les plus traditionnels: l’amour, l’abandon, la solitude, la rage de vivre, l’inextinguible espérance. Il est un introducteur d’une culture complètement inspirée des States dans l’habillement, les jeans, le Perfecto, la Harley-Davidson, et des sonorités inspirées du rock, du blues, du country, du métal, du hard. Mais finalement, il fréquente l’inusable registre du sentimental, du romantique, de l’extatique, affichant sans pudeur ses vulnérabilités.

Il y avait du religieux chez Hallyday

C’est par là qu’il a conquis un immense public et qu’il a suscité ce qu’il faut bien appeler une forme de culte, parce qu’il y avait du religieux chez lui. Il portait une croix sur sa poitrine découverte lors des concerts. Il a voulu une grande croix sur son cercueil blanc, son épouse Laetitia la portait également en évidence. Étonnante aussi la cérémonie religieuse avec tant d’artistes et de musiciens partageant des gestes de foi et de piété, sous la bénédiction de la très laïque République française.

Des intellectuels se sont indignés que l’on ait pu faire la comparaison avec les obsèques de Victor Hugo, qui avait suscité un engouement semblable à sa mort. On ne peut comparer le génie littéraire du poète à celui du chanteur rock mais les deux ont su toucher les sensibilités aux travers des classes sociales, par une forme d’authenticité de leur être. Même le clergé s’est mis au diapason. Je pense à Guy Gilbert, qui portait son étole de prêtre sur son habituel blouson de cuir lors de l’encensement du catafalque. Les textes, les témoignages, l’homélie proclamés à l’église de la Madeleine parlaient de douleur, de fraternité, d’amour, d’espérance et retrouvaient avec aisance le langage éternel du Royaume.

C’était vraiment l’inattendu dernier coup du mauvais garçon de la chanson.

Jean-Blaise Fellay

 

Les 500 ans de la Réforme vus de Berne

PalaisFederal nov2017 Fellay 1442Sons et lumières au palais fédéral ©Jean-Blaise Fellay 2017La capitale fédérale nous a offert un magnifique spectacle à l’occasion des 500 ans de la Réforme protestante. Projetée sur la façade du palais de la Confédération, une sorte de fresque en sons et lumières nous entraînait au travers des siècles dans une étonnante farandole. Je fus surpris car je m’attendais à la célébration de la naissance d’une nouvelle forme religieuse avec tout ce que cela présuppose de solennité et de grandeur. Ce fut l’inverse. L’accent était plutôt mis sur la violence et les souffrances que les  divisions confessionnelles ont entraînées. L’enseignement tiré était: «plus jamais ça». Une danse des morts actualisée nous mettait en garde.

Le cimetière de Bâle possédait avant la Réforme une danse des morts célèbre. Un squelette symbolisant la grande faucheuse entraînait dans une ronde fatale le pape, l’empereur, les rois, les princes, comme les riches marchands, des jeunes femmes radieuses comme des vieillards décrépis, des mendiants comme de gros propriétaires. Égalité de tous devant la mort, radicale relativisation des disparités sociales.

Ces disparités se retrouvent également entre les pages de l’histoire de Suisse. La fin des guerres religieuses permettait le retour de la prospérité avec l’industrialisation. La façade de l’assemblée nationale se transformait en un immense moteur dont les pistons donnaient un renouveau de puissance à l’économie. Puis elle se transformait  en un vaste buffet d’orgue dont les nombreux tuyaux laissaient à chacun la place de jouer sa propre partition dans la symphonie commune. Une fort belle façon de concevoir la mélodie œcuménique et fédérale.

Mais aussi de désenclaver la question religieuse. Le Kulturkampf du XIXe siècle courait le long des frontières confessionnelles, mais il cachait en fait un problème d’industrialisation, une confrontation entre le monde des fabriques et celui de la paysannerie. On peut regarder d’un même œil le schisme du XVIe siècle. Un débat théologique chrétien à coup sûr mais il se déchire sur des limites qui sont antérieures à la problématique religieuse, celle des frontières entre le monde romain et le monde germanique. Oppositions ethniques, culturelles, linguistiques, qui influencent les formes de piété, débouchent sur l’incompréhension et, si les passions politiques s’y ajoutent, débordent en hostilités guerrières.

Le spectacle de la Place fédérale, qui s’est projeté un mois durant, l’a suggéré sans succomber au relativisme contemporain ni à son dédain du religieux. L’immense descente de croix, qui, au cœur de la projection, barrait tout le bâtiment, le manifestait de manière magnifique. Splendeur d’un tableau et gravité de son contenu: une mort pour la paix, une souffrance en vue d’une espérance.

J’ai senti là une belle forme d’attente spirituelle: celle dont rêve notre époque. Très éloignée des affirmations de puissance, hostile aux condamnations dogmatiques, détestant l’ostentation et le pharisaïsme. La foi implicite de notre temps, c’est que la violence meurtrière n’aura pas le dernier mot, l’amour triomphera en restant modeste et sûr de lui, fort de son courage et de son authenticité. Dieu n’a pas besoin des sonneries d’apparat, il est trop soucieux d’agir dans la discrétion et l’efficacité. Même s’il ne dédaigne pas de resplendir en beauté.

Je trouve remarquable que ce soit la ville de Berne qui nous ait donné ce spectacle. Le choix de la cité fut décisif pour la Confédération suisse en 1528 lors de la rupture confessionnelle. A-t-elle voulu nous suggérer que cette fois le chemin était ouvert vers un christianisme réconcilié et non violent?

Jean-Blaise Fellay

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