Les chroniques

Quel regard portent les jésuites sur l'actualité culturelle, économique, politique, vaticane, sociale ou bien encore médiatique ?
Faites-vous votre opinion en suivant leur chronique régulière. Et faites-leur part de vos réactions !


La pandémie et la règle

La recrudescence de la pandémie provoque les réactions attendues de la part des autorités sanitaires et politiques. Le Valais vient de «montrer l’exemple» en interdisant les manifestations populaires sportives et culturelles. Le canton de Genève s’apprête à prendre de nouvelles dispositions compte tenu de l’afflux aux HUG de malades atteints du virus. La saturation est en vue. Les cliniques privées sont déjà réquisitionnées pour prendre en charge les malades atteints d’autres affections que celles du virus, tandis que les opérations chirurgicales les moins urgentes sont remises à une date ultérieure.
Dans un tel contexte, le fédéralisme helvétique montre, aux dires de certains, ses limites. Car les préconisations et les règles sanitaires édictées sont différentes selon la région de Suisse dont il s’agit. La chose est très compréhensible, puisque la situation sanitaire est différente suivant les lieux. D’ailleurs, par comparaison, lors de la première vague de la pandémie, le centralisme français fut accusé d’avoir inutilement obéré l’économie française en imposant un dictat uniformément contraignant aux régions les moins atteintes. Le travail rendu impossible conduisit à un gaspillage économiquement coûteux et socialement scandaleux. La politique française, régionalisée, destinée à contrer la deuxième vague actuelle, semble plus intelligente – si l’on oublie que les décisions, en ce domaine de lutte contre la pandémie comme en beaucoup d’autres, sont entre les mains des préfets émanations du pouvoir central et non pas des instances régionales.
Cette approche pragmatique est celle de la Confédération. Elle permet d’adapter les contraintes à la situation cantonale. Mais elle a cependant un inconvénient. Les citoyens ont du mal à comprendre que leur soient interdites des libertés accordées aux populations d’un canton voisin. Ce qui mine l’un parmi les plus efficaces des moyens de lutte contre la pandémie, qui est l’adhésion de chacun non seulement aux règles édictées par les autorités sanitaires, mais également à leur esprit.
Dans le canton de Genève, on s’attend à un pic de contamination au moins aussi élevé qu’aux mois de mars ou avril. Les propos du directeur général des HUG, rapportés par Le Temps, insistent avec juste raison sur la responsabilité individuelle, encore plus nécessaire dans les circonstances exceptionnelles actuelles que dans le courant habituel de la vie sociale. Le pronostic est sans appel : «Beaucoup se disent "je vais continuer à faire le plus longtemps possible ce que l’Etat ne m’interdit pas de faire". Avec une telle mentalité, nous n’y arriverons pas.» Rien n’est plus juste. Mais rien n’est plus difficile – et méritoire – que de contrer cette mentalité. Car, dans la civilisation présente, l’autonomie individuelle est une valeur spirituelle qui se dessèche lorsque chacun ne se croit tenu d’accomplir que ce qu’il a strictement accepté par contrat ou ce qu’il est obligé de faire par contrainte.

Religion et politique, le piège (Mt 22,15-21)

Les ennemis se sont entendus pour tendre un piège à Jésus. Les pharisiens, qui détestent les Romains mais s’en accommodent, espèrent qu’il dira « non, il n’est pas permis de payer l’impôt à l’empereur ». Il sera alors coupable de rébellion contre l’occupant. Les partisans d’Hérode, prêts à tout concéder aux Romains, comptent qu’il réponde « oui, c’est permis ». On l’accusera alors de compromis incompatibles avec la Loi. Pris en tenailles, Jésus a peu de chances d’échapper. C’était sans compter avec sa légendaire liberté de parole, que ces hypocrites reconnaissaient sans se douter qu’elle allait se retourner contre eux.

Tout se joue autour de la pièce de monnaie destinée à l’impôt impérial, sortie, comme par hasard, d’une poche pharisienne. Côté face elle porte l’effigie de l’empereur régnant, côté pile une inscription prétentieuse : Tibère César, fils du divin Auguste, Auguste. La réponse de Jésus déjoue le piège : qu’ils rendent à César ce qui lui appartient, mais qu’ils ne fassent pas de lui un dieu. Des années plus tard, saint Paul rappellera aux Corinthiens : « Il n’y a d’autre dieu que le Dieu unique. Car, bien qu’il y ait de prétendus dieux au ciel ou sur la terre – et il y a de fait quantité de dieux et de seigneurs – il n’y a pour nous qu’un seul Dieu » (1 Co 8,4-6).

Jésus exorcise une double fascination, qui n’est que la résurgence de la tentation du désert, lorsque le diable lui proposait tous les royaumes du monde et leur gloire à condition qu’il se prosterne devant lui. La tentation est récurrente. Un survol de l’histoire suffit pour se convaincre que les Églises n’ont pas résisté aussi bien que leur fondateur à la tentation du pouvoir. Plus d’une fois elles se sont disputées le terrain avec César pour exercer leur emprise sur les fidèles. Séduites par la perspective de devenir un Royaume de ce monde, elles ont cautionné une politique partisane, tandis que les empereurs très chrétiens et autres dévots dictateurs instrumentalisaient la religion pour asseoir leur pouvoir.

En renvoyant dos à dos ses détracteurs, Jésus a démêlé cet enchevêtrement où s’entremêlaient le politique et le religieux. À César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu ! L’Église n’est inféodée à aucun système politique. Symbole et sauvegarde du caractère transcendant de la personne humaine, elle n’exclue aucun programme politique aussi longtemps qu’il n’attente pas aux droits fondamentaux de la personne. Des chrétiens qui professent un même credo, communient à la même table, et s’inspirent d’un même Évangile peuvent légitimement militer dans des partis que tout oppose. Car il n’y a pas une politique chrétienne, mais des chrétiens qui s’engagent en politique.

Pierre Emonet SJ

Fratelli Tutti et l'économie de marché

Avant-hier, le fondateur de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, louait la récente encyclique du pape François Fratelli Tutti publiée le 4 octobre 2020 ; car il y voyait une bonne présentation des errements du capitalisme libéral. Dix jours plus tard, le site du Centre catholique des médias ( www.cath.ch ) publiait une interview d’un prêtre américain, Robert Sirico, critiquant l’encyclique. Le monde à l’envers ?
L’Américain est fondateur d’un groupe de chercheurs à ambition lobbyiste, qui veut réconcilier la pensée sociale de l’Église et la pensée économique libérale. Son argument principal : le pape régnant caricature l’économie de marché, et parle du néolibéralisme sans en connaître le potentiel ni la richesse. L’encyclique laisse croire que les économistes libéraux font du marché non régulé la solution de tous les problèmes sociaux ; ce qui est faux. «Je ne connais personne qui pense ainsi», dit l’Américain qui affiche la nécessité d’une régulation des échanges en vue du Bien commun.
Concernant la critique de la propriété privée sous-jacente à toute l’encyclique, le Père Sirico la trouve à la fois nécessaire, mais guère nouvelle ; car la «destination universelle des biens» est l’un des principes fondateurs de la Doctrine sociale de l’Église, formellement depuis l’encyclique Rerum Novarum (Léon XIII 1891), en fait depuis les premières communautés chrétiennes.
Mais surtout, l’Américain reproche au pape François de parler beaucoup du dialogue entre l’Église et le monde, mais de le pratiquer fort peu en ce qui concerne les défenseurs de l’économie de marché. Dans les discussions sur les questions de société, «le courant que nous représentons n’est jamais invité au Vatican», se plaint le Père Sirico. François d’Assise dialoguait avec le sultan ; mais le pape François ne dialogue pas avec le Sultan d’aujourd’hui que sont les représentants de l’économie de marché.
Tous les économistes qui n’ont pas retrouvé leurs théories dans les textes pontificaux (qu’il s’agisse du communisme, du socialisme ou du capitalisme) ont, comme le Père Sirico, accusé le Vatican de ne rien connaître à l’économie. Il faudrait retourner l’argument est constater que les économistes qui se sentent épinglés ne prennent guère en compte les autres dimensions de la vie humaine. Concernant la banalité supposée de la position du pape François sur la propriété, je souligne que la critique portée par l’encyclique est novatrice en ce qu’elle vise également la propriété publique où les mêmes critères sont appliqués à l’État qu’à l’individu.
Reste, bien sûr, pour qui lit honnêtement l’encyclique, le point central, la propriété commune, c’est-à-dire ni privée ni publique. Point difficile car qui dit bien commun – ou communauté du bien – dit participation et responsabilité de chacun des membres. Dans une société comme la nôtre où les individus ne sont pas des anges, la propriété commune appelle non seulement l’effort moral de chacun, mais aussi des normes contraignantes, qui sont celles de la propriété (privée et publique). Sur ce dernier point, en reprenant les thèses de Thomas d’Aquin sur la propriété, je serais peut-être d’accord avec le Père Sirico.

Le costume du dimanche (Mt 22,1-14)

S’adressant aux responsables religieux et aux pharisiens, le parti des bons pratiquants, Jésus se réfère à l’histoire du Peuple d’Israël pour élargir le débat. Le refus d’Israël, prélude à la destruction de Jérusalem, est le symbole de tous les refus.

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Regard socioreligieux sur "Fratelli tutti"

Fratelli Tutti «est l'un des textes relatifs aux questions sociales les plus importants de l'Église catholique», de l’avis de Pierre Martinot-Lagarde sj, conseillé pour les questions socio-religieuses auprès du Bureau international du travail (OIT) à Genève. Il décortique ci-dessous quelques notions-clés de la nouvelle encyclique du pape, un texte de près de 100 pages.

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Speed Dating dans les temples

En ce temps de pandémie, l’avenir démographique de la planète n’est pas encore la première préoccupation. L’avenir démographique relève d’un phénomène où se mélange la religion, l’économie, les institutions, la culture, bref un phénomène global de civilisation. Le fléchissement démographique -puisqu’il s’agit de cela- est un phénomène de long terme qui a débuté en Occident voici plus d’un siècle; mais qui commence aujourd’hui à prendre des tournures globales qui attirent l’attention. Deux démographes canadiens, Darrell Bricker & John Ibbison, pensent que le plus grand danger que court les prochaines générations, à échéance 2100 et au-delà, est moins celle de l’écologie que celle de la démographie Planète vide, le choc de la décroissance démographique mondiale (2020). Selon ces deux démographes, la diminution de la population mondiale aura, à partir de la fin de ce siècle, un effet délétère sur l’économie et le vivre-ensemble. Le vieillissement pèsera sur le dynamisme, l’inventivité et la créativité.

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T-shirt de la honte

Quelques semaines après la petite tempête dans le verre d’eau médiatique français provoquée par le ministre de l’Éducation nationale qui a parlé de «tenue républicaine» à l’école, la vague de protestation atteint la Suisse, et particulièrement le canton de Genève. La raison vestimentaire des écolières, de fait, en est la même: le top crop, qui laisse le nombril à l’air. Le top crop a enflammé le collège de Pinchat et le Grand Conseil. Les pré-adolescentes stigmatisées se sont vues contraintes de porter un T-shirt blanc portant la formule: collège de Pinchat/j’ai une tenue adéquate. «T-shirt de la honte» clament ceux qui y voit les prémices d’un enrégimentement et les signes d’une pudibonderie d’un autre âge.

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Gérants, pas propriétaires (Mt 21, 33-43)

Une fois encore Jésus s’adresse aux grands prêtres et aux anciens du peuple, aux responsables religieux, à ceux dont le rôle est d’accompagner les autres dans leur relation à Dieu.
Dans le langage et l’imaginaire religieux de l’époque, Israël était la vigne du Seigneur, et les divers serviteurs envoyés pour recueillir la vendange étaient les prophètes qui se sont succédés au cours des siècles. Jésus repasse de manière imagée l’histoire du peuple juif, de sa relation plutôt ingrate avec Dieu, de son mépris des prophètes et, finalement, de l’assassinat du fils perçu comme une anticipation de la mort du Christ. En filigrane, il reproche aux responsables religieux de vouloir mettre la main sur les relations entre Dieu et les hommes, de détourner la religion pour leur propre profit, en un mot, de se comporter en propriétaires et de prendre la place de Dieu.

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Règles précises pour les grandes manifestations culturelles

Une «libre opinion» parue dans Le Temps datée du 29 septembre pointe un problème essentiel pour la croissance économique, la visibilité. Comme tout investissement dont on attend un résultat pour plus tard, on ne s’engage que si les risques sont, sinon parfaitement mesurables, du moins prévisibles. Risques de marché (les clients seront-ils au rendez-vous?). Risques opérationnels (les techniques, les fournisseurs et l’organisation seront-ils défaillants?).
Mais la situation sanitaire actuelle a projeté sur le devant de la scène un risque toujours présent, mais aujourd’hui exacerbé: le risque de voir changer la réglementation, parfois même en cours de route, au risque de la rendre compliquée, voire incompréhensible et donc inopérante; comme on l’a vu à Paris pendant les semaines où les passants devaient, dans certaines rues de la capitale, porter un masque sur le trottoir de droite, et libres de ne pas en porter sur le trottoir d’en face!

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En avant la vie (Mt 21,28-32)

La parabole des deux fils ressemble à ces tests que proposent les Magazines pour vous faire découvrir votre profil psychologique. Deux personnages incarnent deux types de chrétiens, deux portraits pour deux enseignements. D’un côté, le pratiquant mal commode, critique et râleur, régulièrement dans l’opposition, qui commence toujours par dire non, mais qui finit par marcher. De l’autre, le béni-oui-oui, qui ne bouge pas et n’en fait qu’à sa tête. Avec lequel pouvez-vous vous identifier?

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Une honte !

En vue des votations du dimanche 27 septembre, la Commission Justice et Paix des évêques de Suisse ne publie aucun commentaire ni analyse ou recommandations pour la bonne raison qu’elle «ne dispose pas des ressources nécessaires pour répondre à un ensemble de questions aussi important», a expliqué à cath.ch Thomas Wallimann. Et de se justifier en ajoutant: «Avec autant de votations sur la table, la limite des ressources est rapidement atteinte.» La Commission ne compte plus que sept membres et ne se réunit pas souvent. En outre son secrétariat se limite à une seule personne. C’est pourquoi face à ce délai serré, Justice et Paix s’est abstenue de tout commentaire.

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Patrick Chappatte

Je l’avoue, les premières choses que je regarde en ouvrant un journal, ce sont les dessins de presse. Les articles dits «de fond» -ou parfois «de fonds»- viennent ensuite, lorsque je ne suis pas trop fatigué, enfin je m’intéresse les événements locaux, aux anecdotes curieuses et enfin au sport. Pourquoi les dessins de presse? Parce que c’est un genre littéraire qui allie l’humour (je n’aime pas l’ironie qui témoigne d’un mépris prétentieux) et la mise au jour d’un aspect caché de l’actualité. L’humour me permet de sourire avec le dessinateur, la mise au jour d’un point de vue particulier auquel je ne m’attendais pas enrichit ma vision des choses.

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Le prix du salut (Mt 20,1-16)

Voici une petite histoire bien de saison en période de vendanges. Mais plus que célébrer les joies du pressoir, Jésus tient des propos provocateurs. J’entends les syndicats protester, et, avec eux, ceux et celles qui ont un minimum de sensibilité sociale. Car l’équité en prend un coup, quand bien même le salaire minimum est respecté et que le propriétaire s’en tient au contrat d’embauche.

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Votations fédérales, les journalistes prennent position

À l’occasion de la prochaine votation du 27 septembre 2020, la question se pose de l’influence des médias. Les Grecs de l’Antiquité voyaient dans le «parler vrai», sans réticence et par l’annonce sans fioritures de son opinion, la condition de la démocratie. À partir du XIXe siècle, avec la monté en puissance des votations dans la vie politique, les journaux ont élargi leur domaine -l’information mondaine, commerciale et militaire- aux informations politiques; au point qu’une presse libre est apparue bientôt comme la condition d’une vraie démocratie. Le monopole des agences de presse et les nouveaux médias -notamment radio et télévision, aujourd’hui régulation Internet- ont conduit à réglementer la pratique des médias publics en période de votation. Pour les organes entre les mains de l’État, en Suisse comme en France, la solution un peu boiteuse a consisté à donner le même temps de parole aux positions adverses -ou aux partis politiques concurrents. Dans les médias privés, domine généralement la ligne politique choisie par le rédacteur en chef -voire le propriétaire du journal- ou à défaut, le responsable de la rubrique politique. Il n’en va pas de même, semble-t-il, dans le journal Le Temps. (Bien que, déjà, la cooptation et le recrutement des journalistes orientent inéluctablement l’orientation politique du journal.)

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Le pardon privilège divin (Mt, 18,21-35)

À Pierre qui lui pose une question légaliste (combien de fois ?), Jésus répond que le pardon ne relève pas d’une arithmétique ou d’un catalogue, mais d’une mystique qui repose sur l’attachement à Dieu. Le pardon que tu accordes révèle l’image que tu te fais de Dieu. La représentation du juge qui trône une balance à la main n’a réussi qu’à brouiller nos relations avec le Dieu de la tradition judéo-chrétienne. Le Dieu de Jésus Christ n’est pas le garant de l’équilibre « œil pour œil, dent pour dent ». Créateur, à l’origine de tout, il ne doit rien à personne. Libre de tout marchandage, pure gratuité, il est éternellement celui qui donne, jamais celui qui doit en retour. Le pardon fait partie de son identité.

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Transferts en Chine de talents helvétiques

Chacun sait que, si l’argent ne fait pas le bonheur, il permet cependant d’acquérir les talents que d’autres sont prêts à vendre. Pour le plaisir, la sécurité ou le goût du pouvoir, les talents acquis par des moyens sonnants et trébuchants ne sont pas réservés à la ménagère en quête de bons choux fleurs ou au manager en quête d’un outil performant. C’est pourquoi nul ne s’étonne de voir les pays les plus riches accaparer les chercheurs les plus prometteurs des pays plus pauvres -ou moins disposer à pratiquer la surenchère. Les clubs de football sont l’aspect le plus spectaculaire de cette marchandisation des talents. Mais le phénomène se vérifie également dans des domaines insoupçonnés comme l’exégèse biblique, la philosophie ou la peinture. Les bibliothèques, les conditions de travail et la rémunération se conjuguent pour favoriser cette «libre circulation» transfrontière des talents.

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Gérer les conflits (Mt 18,15-20)

Jésus n’est pas un gourou pour individus en mal d’expériences spirituelles. Celui qui a élevé le deuxième commandement à hauteur du premier, qui a donné sa vie «afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés» (Jn11,52) a fondé une communauté. Impossible être chrétien seul, on ne le devient que dans la mesure où on rejoint l’Église.

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Mobilités sociales en Suisse

Parmi les critiques portées contre les analyses de Thomas Piketty sur les inégalités économiques, à travers le monde en général et aux États-Unis en particulier, l’une épingle l’ignorance de la mobilité sociale. L’économiste, auteur à succès (Le capital au XXIe siècle; Capital et idéologie) aurait oublié, non pas la dimension culturelle, mais la dynamique sociale de ses analyses économiques. Il n’aurait pris que des photographies instantanées des revenus et des patrimoines, les expliquant dans son dernier livre par l’idéologie qui fait de la naissance, du caractère ou du génie entrepreneurial, les justifications discutables des écarts constatés.

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Contrôle chinois

Signé en 2015 pour cinq ans, un «Arrangement entre le Secrétariat d’État aux migrations du Département fédéral de justice et police de la Confédération suisse et l’Administration des sorties et des entrées du Ministère de la sécurité publique de la République populaire de Chine concernant l’identification du citoyen chinois présumé en séjour irrégulier en Suisse», mis au jour récemment (fin août 2020) a provoqué de fortes réactions.

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Le Dieu qui déçoit (Mt 16 21-27)

Pierre avait reconnu Jésus comme le Messie, le Fils de Dieu, et Jésus l’avait félicité. Dans le groupe des disciples il flottait comme un air de triomphe: nous avons fait le bon choix, nous sommes du bon côté, avec Dieu on est en sécurité, plus rien ne peut nous arriver. Mais, en leur dévoilant l’avenir, Jésus leur administre aussitôt une douche froide: nous montons à Jérusalem, et là le Christ va souffrir et être assassiné. Pierre est révolté. La souffrance et la mort sont incompatibles avec la divinité. Un Dieu qui souffre, qui permet la mort de l’innocent est inimaginable. Yvan Karamazov, le docteur Rieux (La Peste de Camus), tant d’autres reprennent le cri de révolte de Pierre. Depuis le saint homme Job leur révolte traverse toute l’histoire de l’humanité. Un Dieu qui cautionne la souffrance et la mort est inconcevable.

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Le grand saut (Mt 16,13-20)

Les disciples de Jésus sont des croyants. En bons juifs, ils ont intégré l’enseignement des prophètes, ils ont confiance en la fidélité de Dieu, et, comme beaucoup, ils attendent une intervention de sa part dans l’histoire des hommes, la venue d’un Messie.

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Catastrophe sans auteur

La période des vacances est propice à des lectures, parfois divertissantes, parfois instructives. Parmi ces dernières, une chronique parue dans Le Temps a focalisé mon attention sur l’ouvrage de l’historien genevois François Walter Catastrophes, une histoire culturelle XVIe-XXIe siècle. La conclusion que j’en tire n’est pas surprenante: toute catastrophe provoque la recherche d’un fautif. Selon les époques, c’est la faute à la divinité, à la fatalité, au hasard, au responsable, à mon voisin, au chef de l’État, à mon chien ou à la serpillière, rarement -parfois avec raison- à moi. Comme disait un de mes amis qui, conduisant sa voiture, avait raté un tournant et était rentré dans un arbre: «Un arbre a traversé ma route.»

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Immigration "raisonnée"

Dans un peu plus d’un mois, le 27 septembre prochain, l’immigration fera l’objet d’une votation sur initiative populaire. Les initiateurs veulent bloquer la libre circulation en Suisse des citoyens européens. Cette initiative est combattue par la plupart des partis –à l’exception de l’UDC–, par le Conseil confédéral, par les syndicats et par le patronat. La raison en est que le succès de l’initiative porterait un coup fatal aux traités bilatéraux conclus avec les pays européens. La Suisse économique et social en pâtirait gravement.

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Géographie du salut (Mt 15,21-28)

Après d’âpres discussions avec les Pharisiens sur des questions de pureté légale, Jésus se retire sur le littoral méditerranéen, au Sud Liban. La région est païenne. Là, plus question de rites de purification ou de règlements pointilleux pour gérer les relations avec Dieu. Au-delà de tout ce qui sépare et opère une ségrégation religieuse, la misère du monde le rejoint dans la personne d’une païenne éplorée, qui le presse de guérir sa fille. Aux minuties casuistiques des bien-pensants succède l’appel au secours d’une mère – et de tous ceux et celles qui peinent dans la vie. «Prends pitié de moi, Seigneur!», un cri de détresse plein de confiance qui résonne comme une prière liturgique: «Kyrie éléison!». Un culte nouveau !

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Magnitski Act pour la Suisse

Après les États-Unis, le Canada, et divers pays d’Europe du Nord, la Suisse, par la voix (et la voie) de Carlo Sommaruga envisage -comme l’a esquissé voici près d’une année l’Union européenne- d’adopter une loi de type Magnitski Act. Quèsaco?

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L’épreuve purificatrice (Mt 14,22-33)

Après la multiplication des pains, Jésus «oblige» ses disciples à s’embarquer pour l’autre rive; lui-même se chargera de renvoyer les foules. Les disciples n’étaient guère enchantés de quitter si vite le terrain. Ils auraient bien voulu jouir un peu plus de l’admiration des foules. Parce qu’ils avaient fourni les pains et assuré la distribution, ils revendiquaient leur part du triomphe. Ils avaient la grosse tête, un peu comme ces clercs qui se prennent pour les détenteurs du divin sous prétexte qu’ils distribuent les sacrements. Cléricalisme avant la lettre! Contraints, il leur a fallu monter dans la barque et tourner le dos à un moment bien agréable de triomphalisme.

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L'identité par le parler local

Les vacances d’été m’ayant donné l’occasion de traverser plusieurs petites régions de la Suisse profonde, j’ai été frappé, comme un touriste un peu nigaud, par les particularités de langage. Les gens savants désignent ces mots inouïs ou ces prononciations étonnantes utilisés dans des territoires très particuliers, par cette expression curieuse: ce sont des «idiotismes». J’en discutais dans le Valais au-dessus de Sierre, avec des gens du cru, lorsque j’entendis cette profession de foi: «Nous tenons beaucoup à ces prononciations originales et à ces mots qui ne peuvent être compris que de nous; car ils font parties de notre identité.»

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Petits gestes, grands effets (Mt 14,13-21)

Après la mort de Jean Baptiste, Jésus fuit Hérode et cherche le calme à l’écart. Mais les foules finissent par le rattraper. Parce que la souffrance des hommes lui importe plus que le repos, la compassion l’emporte sur le besoin de calme.

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Bonne affaire en perspective (Mt 13,44-46)

Pour déterrer le trésor ou acquérir la perle rare, faudra-t-il tout jeter par-dessus bord et vivre comme un moine? Seuls les héros, les saints seraient-ils les heureux gagnants?

Le laboureur a découvert un trésor dans un champ qui ne lui appartient pas. Par pur hasard. Cet homme n’est pas un héros. Il mène une vie de routine, comme la plupart d’entre nous. Gestes répétitifs, jour après jour, sans grande nouveauté : levé aux aurores, le bétail soigné, il laboure la terre, sème, moissonne, engrange pour un autre. En un mot, la vie quotidienne ordinaire, sans prétention. Et voilà qu’un beau jour, oh ! surprise, sa charrue heurte un coffre plein de pièces d’or, une belle somme enfouie là pour échapper aux voleurs. Rien de prémédité chez lui, pas de course au trésor, simplement un hasard, la bonne occasion qui se présente. Fou de joie, il s’en va vendre tout ce qu’il possède, histoire de réunir la somme nécessaire à l’achat du terrain. D’un coup, sa vie a basculé dans un bonheur insoupçonné! Il n’a plus rien de ce qu’il avait avant, mais il a tout ce qu’il a trouvé.

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Déboulonner le baron de Pury

Le 12 août prochain sera examiné par le Conseil communal de Neuchâtel la pétition (2550 signatures) demandant d’enlever de la place publique la statue du baron David de Pury. Ce commerçant habile, mort en 1786, avait laissé à sa ville natale, Neuchâtel, un legs colossal, pour des buts caritatifs, éducatifs et d’embellissement des bâtiments publics. En 1855, une statue avait salué le bienfaiteur. C’est cette statue que les pétitionnaires veulent déboulonner.

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