De la conversation spirituelle

Voici peu, il me fut donné lors d’une conversation spirituelle avec une amie de réfléchir à ce que coûtait d’écouter l’autre. Elle me disait combien elle se laissait parfois vider par le besoin insatiable d’être écouté qu’éprouvent ceux qui viennent se confier à elle. Besoin qui devient encore plus vital et impérieux dans notre société de rentabilité où il manque lieux et personnes pour «déposer son âme». Si encore les bénéficiaires de son écoute attentive et prodigue lui manifestaient une quelconque reconnaissance! Mais non, centrés exclusivement sur eux-mêmes, ils déversaient leurs tristesses, malheurs et peines sans s’inquiéter un instant de ce qu’elle vivait et ressentait. Asymétrie totale! Nulle égalité heureuse en cet échange!

Certes, la conversation spirituelle n’est pas l’amitié. Celle-ci présuppose égalité et réciprocité. Toutefois, elle s’en approche. Tel le miroir dans lequel il est possible de se voir comme l'on est, l’ami véritable nous permet de progresser. De même pour la conversation spirituelle qui n’est pas seulement écoute bienveillante. Ignace au XVIème siècle écrit à ses compagnons qu’il est important pour tirer profit d’une conversation «d’être lent à parler, assidu à écouter et calme afin de pénétrer et de connaître les pensées, les sentiments et les volontés de ceux qui parlent, pour pouvoir mieux répondre ou ne rien dire» . Pour le profit d’autrui et le nôtre, il s’agit même d’imiter la méthode de l’ennemi de la nature humaine. Cependant bien sûr, pour atteindre le but opposé qu’est le bien de l’âme. Entrant par la porte de l’autre, nous sortirons par la nôtre pour produire du fruit: «nous pouvons de même façon, pour arriver au bien, agréer ou être de l’avis de quelqu’un sur une chose particulière qui est bonne, sans paraître remarquer d’autres choses qui en elle sont mauvaises. En gagnant son amour, nous améliorerons nos affaires.»

Tirer profit et porter du fruit pour mettre l’homme - l’écouté et l’écoutant - debout, tel est le but de la conversation spirituelle. Encore faut-il être au clair sur le statut de la relation. Clarté de la forme: Combien de temps dure-t-elle? En quel lieu? Comment commençons et terminons-nous la conversation? Clarté du contenu aussi: Qui parle? De quoi? Qui écoute? Comment? Quel signe symbolise la présence de Dieu? Quel type de réciprocité se vit-il?

La relecture de cette conversation m’aide à mettre de l’ordre dans ma propre manière d’écouter. Merci à toi amie. Notre conversation porte du fruit. J’en tire profit. Puisses-tu faire de même.

Luc Ruedin sj