Bruno Fuglistaller sj, jésuite de Genève

BrunoFuglistaller 2 3fcb7Qui est-il ? Jésuite, 52 ans, 25 ans de vie religieuse, prêtre depuis 20 ans, le Père Bruno Fuglistaller est l'actuel Supérieur de la Communauté de Genève.

Que fait-il ? Enseignant à l'Atelier œcuménique de Théologie (AOT) et au département de la formation de l'Eglise catholique genevoise, il est chargé par les jésuites de faire connaître et d'enseigner les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola à Genève. Il est également membre du comité de rédaction de la revue culturelle choisir.

Qu'est-ce que la vie consacrée selon lui ? « C'est une vie donnée dans le monde d'aujourd'hui. Donnée dans le sens qu'elle est dynamisée par la relation avec Dieu et avec les autres. Nous sommes « donnés » lorsque nous nous laissons interpeller, remettre en question par ces rencontres.

» Je me suis vite rendu compte que la générosité avec laquelle j'avais prononcé mes vœux à la fin du noviciat était à reconquérir tous les jours, et même plusieurs fois par jour. Donner sa vie, c'est être dynamisé par le fait que rien n'est jamais acquis. La pauvreté, la chasteté, l'obéissance sont à choisir jour après jour. Au fil des années, je mesure combien le « sens des vœux » peut s'émousser. Aux temps d'internet, de la carte de crédit et des missions particulières, nous sommes appelés à une rigueur peut-être plus grande que nos aînés l'ont été. Le poids de l'exigence pèse plus sur les épaules de chacun... Et on découvre souvent que, très subtilement, on n'y a pas été aussi fidèle qu'on l'aurait voulu. Mais si on vit dans le don, ce constat lui-même dynamise et permet de repartir avec confiance.

» C'est vrai qu'il n'est pas besoin d'être religieux pour vivre cela, mais dans la vie religieuse, le contexte et surtout le compagnonnage avec d'autres aident à persévérer. »

Comment a-t-il été appelé ? « J'avais d'abord été attiré par la radicalité de la Chartreuse. Assez tôt, j'ai été fasciné par ce choix vertigineux du « tout pour Dieu dans la solitude ». En apprenant à mieux me connaître, à approfondir ma vie spirituelle dans l'accompagnement, j'ai découvert que ce que je ressentais comme un appel à la radicalité était plus une recherche de soi, un renforcement d'un trait de caractère qui allait me rendre malheureux et qu'il me serait impossible de vivre sur la durée. La radicalité à laquelle je suis appelé est dans la disponibilité et l'ouverture à un monde et son agitation dans lesquels Dieu se manifeste et est présent aujourd'hui. Cela ne s'est pas fait tout seul, et aujourd'hui encore j'ai parfois la « tentation de la Chartreuse », mais je la connais maintenant. Et surtout, je sais que le « déploiement » de ma vocation est moins dans un effort d'accomplir et de réaliser quelque chose, que dans celui de rester disponible aux sollicitations et à l'aide de Dieu pour discerner là où est le plus grand besoin. Je commence à comprendre que Dieu ne m'appelle pas à répondre aux mêmes besoins aujourd'hui qu'il y a dix ans, et que dans dix ans, il m'appellera encore à autre chose. Je ne peux pas prendre ma vocation pour réalisée une fois pour toute dans un type d'apostolat.

» La confirmation d'être appelé à la vie religieuse jésuite, je l'ai eue dans les Exercices spirituels de 30 jours pendant mon noviciat. C'était une évidence, comme un fruit qui avait mûri. J'avais été attiré par l'importance de ce qu'Ignace appelle les « mouvements intérieurs », ces élans ou, au contraire, ces inquiétudes qui nous traversent et qui, dans une vie qui se veut à la suite du Christ, sont comme des échos de l'état de notre relation avec Lui. Pendant cette retraite de 30 jours, j'ai vécu ces différents mouvements avec une particulière intensité et surtout, j'ai senti que j'était à l'aise avec ce « langage ». C'est à travers les échos en moi des évènements et des personnes que j'expérimente la présence de Dieu. Pendant mes études de théologie (avant de devenir jésuite), j'avais été séduit par les découvertes intellectuelles. Mais bien davantage encore, par le discernement des différents mouvements que je ressentais et que je ressens, je redécouvre chaque jour que c'est à la vie que Dieu m'appelle. Une vie avec Lui et en Lui.

» Par les accompagnements que l'on me demande, j'ai le privilège de voir Dieu à l'œuvre dans le cœur d'un frère ou d'une sœur. Cela me fait vivre et découvrir combien Dieu est engagé dans les relations avec les hommes et les femmes d'aujourd'hui. »

Pour lui, prier c'est... « vivre. Autrement dit, la prière c'est la vie. C'est simple à dire, moins à réaliser. Comme ma vie a différents aspects, de même ma prière revet différents visages. Par certains aspects, ma vie est très « cadrée » par des contraintes, des responsabilités. Et dans ces moments-là, ma prière peut se montrer très « formelle », cadrée et soutenue par la prière des heures, la liturgie, les sacrements. Par moments, elle est toute de créativité et de spontanéité. Dans la tradition spirituelle qui est la mienne, on dit qu'il faut « chercher et trouver Dieu en toute chose ». Je me retrouve bien là-dedans. Je me sens appelé à tout vivre avec Dieu : joie, peine, soucis, légèreté, détente, contraintes, santé, maladie... Il doit avoir part à tout ce que je vis. Ce n'est pas toujours simple, et je découvre des situations où ce « compagnonnage » avec Dieu ne s'est pas fait, sans doute parce que je n'étais pas disponible, pas « présent » à ce que je vivais, ni à Lui. Mais je suis en route, et si je tombe, Dieu m'aide à me relever. Je sais qu'il me tend toujours la mai. Je n'ai qu'à me tourner vers Lui. »

 

Ce témoignage a été recueilli lors de l'élaboration du livre sur la vie consacrée en Suise romande, traduit et diffusé dans le monde entier sur demande du pape François :
" Aimer c'est tout donner. Témoignages "
Préface du Père jésuite Albert Longchamp sj
Photographies de Jean-Claude Gadmer
Fribourg/St-Maurice, Association « La Vie consacrée »/Saint-Augustin 2015, 220 p.
www.vieconsacree.com

A lire également à ce propos l'article d'Albert Longchamp sj in choisir n°663 de mars 2015 en page 39, et sur le dite de la revue www.choisir.ch

A voir aussi le reportage de Canal alpha Passerelles – " Aimer et tout donner comme un frère ou une soeur " :
http://www.canalalpha.ch/emissions/passerelles/passerelles-aimer-et-tout-donner-comme-un-frere-ou-une-soeur

Témoignages jésuites

Père Bruno Fuglistaller
Accompagner les âmes

Quelques jours avant la clôture de l'année de la Vie consacrée souhaitée par le pape François, le Père Bruno Fuglistaller sj était l'invité de Cyril Lepeigneux sur la chaîne KTO dans Un Coeur qui écoute pour témoigner de sa vocation qui a pris racine dans la Compagnie de Jésus en 1990.


Suivre une vocation :
la voie d'un novice
avec Julien Lambert sj

A l’occasion de l'Année de la Vie consacrée décrétée par le pape François (du 30 novembre 201 au 2 février 2016), les jésuites de Suisse propose un film sur la vocation. Que signifie-t-elle en ce XXIe siècle ? A quel appel cela répond-il ? Est-ce si différent d'une autre forme de vocation ?
Julien Lambert sj a prononcé ses premiers vœux le 6 septembre 2015. Mais avant même ce premier pas décisif, il s'est prêté au jeu du dialogue entre son chemin de vie et celui de certains de ses proches. Un film sur sa vocation, sa foi et, au-delà, de toutes formes d'engagement.


Vocation jésuite
Grégoire Le Bel sj

A l’occasion de l'Année de la Vie consacrée décrétée par le pape François, Le Jour du Seigneur met le Carême sous le signe des vocations à la vie religieuse. Ce dimanche 22 mars 2015, l'émision a mis en lumière le Père Grégoire Le Bel, jésuite, ingénieur et aumônier l'Institut catholique d'arts et métiers (ICAM). Il nous fait partager son charisme, une spiritualité ignatienne basée sur la liberté et sa mission de faire connaitre le Christ via les nouvelles technologies. Il est responsable du site internet Notre-Dame du web.