Soulage triptyque2 c9021Pierre Soulage (1919)

Il est né un 24 décembre 1919 à Rodez dans l’Aveyron. Très jeune, il est attiré par l’art roman et la préhistoire. Il commence à peindre dans «cette province isolée que n’ont pas pénétrée les courants artistiques contemporains», lit-on sur son site. À 18 ans, Pierre Soulages se rend à Paris pour préparer le professorat de dessin et le concours d’entrée à l’École Nationale supérieure des Beaux-Arts. Il y est admis mais, convaincu de la médiocrité de l’enseignement qu’on y reçoit, refuse d’y entrer et repart aussitôt pour Rodez. Pendant ce bref séjour à Paris, il fréquente le musée du Louvre où il découvre les peintures de Cézanne et Picasso qui sont pour lui des révélations.

Dès ses débuts, Soulages évacue toute référence à la nature ou à l’anecdote pour se concentrer sur la matière de la peinture et la lumière, tout en employant le noir. Très vite, abandonne le pinceau pour la spatule et le couteau pour pouvoir moduler sur l’épaisseur de la matière. (Source: Encyclopédie de l’art, la pochothèque.)

Mobilisé en 1940, il sera démobilisé en 1941. Paris occupé, il se rend alors à Montpellier et fréquente assidûment le musée Fabre. Montpellier à son tour occupé, commence pour Soulages une période de clandestinité pour échapper au STO pendant laquelle il ne peint plus. Ce n’est qu’en 1946 qu’il peut consacrer tout son temps à la peinture. Il s’installe alors dans la banlieue parisienne. Ses toiles où le noir domine sont abstraites et sombres.

Lorsqu’en 1947, pour sa première exposition, il présente ses brous de noix au salon des Surindépendants, ses compositions charpentées de larges tracés bruns sont remarquées, tant elles diffèrent de la peinture néo-fauviste d'après-guerre qu’on y voit. Elles n’échappent pas non au regard aiguisé de Francis Picabia qui, le rencontrant un peu plus tard à la galerie Drouin, lui redit ce que Pissarro avait dit à son propre sujet: «Avec l’âge que vous avez et avec ce que vous faites, vous n’allez pas tarder à avoir beaucoup d’ennemis!» À partir de 1979, Soulages prend conscience que c’est la texture de la surface, striée ou lisse, qui change la lumière et fait naître des valeurs différentes de mat et de brillant, des noirs gris ou des noirs profonds. Désormais, l’artiste n’est plus guidé par la matière physique de la surface de la toile ni par sa couleur mais par la lumière qui naît au cours de son travail. La toile, entièrement recouverte d’un noir unique, échappe au monochrome: l’outrenoir n’est jamais tout à fait le même selon la position du spectateur et le moment où il regarde la peinture. (Source: Musée des Beaux-Arts de Lyon.

En 2009, la rétrospective dédiée à Pierre Soulages à Beaubourg attire 500 000 visiteurs.Fin mai 2014, le peintre inaugure son propre musée dans sa ville natale de Rodez. Une exposition Noir, c’est noir? Les Outrenoirs de Pierre Soulages lui est actuellement dédiée et jusqu’au 23 avril 2017 à l’École polytechnique fédérale de Lausanne.

Histoire d'une œuvre

Depuis le début, les œuvres de Soulages ne portent jamais d'autre titre que leurs dimensions et leur date. Ce triptyque Peinture 181x244 cm, 25 février 2009 ne fait pas exception.

La peinture de Soulages est une chose de toile et de pâte pigmentée produite par un sujet pour être offerte, de face, au regard d'autres sujets invités à s'engager dans un rapport avec elle. Elle n'est pas une fenêtre sur l'ailleurs, elle est un mur, un écran mais actif: comme elle réfléchit la lumière en la restructurant, elle renvoie le regard à lui-même, transformé. «Avec l'Outrenoir, confiait Soulages en 2007, le regardeur est encore beaucoup plus impliqué, beaucoup plus seul. Je crois que je fais de la peinture pour que celui qui la regarde -moi comme n'importe quel autre- puisse se trouver, face à elle, seul avec lui-même.»

Quelques pistes pour regarder «Peinture 181x244 cm, 25 février 2009»

Nous sommes devant un triptyque, typique de la peinture religieuse.

Notons tout d’abord les différences de matières entre le panneau central et les panneaux latéraux. Celui du centre est brillant, il renvoie la lumière alors les deux autres, mats, absorbent la lumière.

Entre le haut et le bas du panneau central, la lumière joue une partition différemment. Les lignes passent de creux en bosses. Vers le haut de l’œuvre, les lignes sont "creusées", et ces creux engloutissent la lumière. Vers le bas du tableau, les lignes sont "bombées" -faites de "plein" pourrait-on dire-, et la lumière rebondit.

Au milieu de ce panneau central, se trouve une ligne droite insérée entre d’autres qui révèlent de très légères irrégularités. Cette droite marque l’inversion entre le creux et le plein.

Le panneau de gauche, mat, comme celui de droite, manifeste lui-aussi une différence entre le haut et le bas. A gauche, les lignes du haut sont larges et peu profondes, celle du bas très creusées. Entre deux se situe une zone de lignes peu profondes pour la plupart, mais leur rapprochement et leur nombre donnent l’impression d’un jeu de volume entre le creux et le plein.

Le panneau de droite, mat, met lui-aussi en scène une différence entre le haut et le bas. Les lignes sont comme légèrement posées sur le haut et de plus en plus creusée au fil de la descente.

Instinctivement, regard est tenté de s’arrêter au panneau du milieu, brillant. Mais cette mise en valeur renvoie indubitablement aux panneaux latéraux. Chacun de ces panneaux est "cerné" par des verticales parfaites (le cadre et les légers espaces entre le panneau central et les panneaux latéraux).

Cette œuvre est en quelque sorte une mise en scène de la vie, avec ses pleins et ses creux, ses lignes droites et ses légères déviations, ses continuités et ses ruptures, ses hauts et ses bas.

Bruno Fuglistaller sj
Septembre 2016

«Peinture 181x244 cm, 25 février 2009» de Pierre Soulages est une acrylique sur toile. Elle fait partie de la collection privée de l’artiste.

Pour en savoir plus sur Pierre Soulage, voir son site  et le dossier pédagogique du Centre Pompidou.

Prochaines méditations à l'aide d'une œuvre d'art
(d'une durée de 20 minutes environ dont un petit commentaire introductif)
Les mercredis 21 février, 29 mars, 26 avril, 31 mai, (juin, juillet et août pause), 20 septembre, 25 octobre, 29 novembre et 20 décembre.

Les méditations sont proposées le mercredi soir (après l'Eucharistie de 18h45).


 

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