Le billet spirituel de Luc Ruedin sj

LucRuedin vertical22 ef721

Des Exercices spirituels aux billets du même nom, il y a un large pont que Luc Ruedin sj emprunte aisément depuis de nombreuses années.  Chaque mois, sur ce site, il vous propose une nouvelle balade réflexive. A suivre sans modération.

Né en 1962, entré chez les jésuites en 1995, Luc Ruedin sj accompagne les Exercices spirituels, donne des sessions sur divers thèmes (Prière du cœur selon la tradition de Franz Jalics sj, Etty Hillesum, Georges Haldas, etc.). Le Père Ruedin, travailleur social et théologien, est également membre du comité de rédaction de la revue choisir. En septembre 2016, il a été nommé accompagnant spirituel au service de l’aumônerie œcuménique du CHUV.


L’irradiation de la foi

«Il appartient à Dieu seul de consoler l’âme sans aucune cause qui précède la consolation, puisque tel est le propre du Créateur que de pénétrer sa créature, de la convertir, de l’attirer et de la transformer tout entière en son amour… » Exercices spirituels No. 330

Alors que je me reposais près d’un étang irrigué par une source d’eau vive, je perçus monter du fond de moi-même une énergie qui me surpris. Elle venait de plus loin que ma conscience et ne trouvait pas sa source en des pensées méditatives. J’étais étonné et émerveillé de percevoir une irradiation dynamisante, pacifiante et joyeuse transformer mon état d’âme. Je mesurais que je n’avais rien mis en place –étude de la Parole, méditation, service caritatif etc.– pour provoquer un tel état. Ce mouvement de fond prenait de plus en plus de force et d’amplitude à mesure que je l’accueillais. Je laissais faire dans la reconnaissance bienheureuse du cadeau dont j’étais l’heureux bénéficiaire.

L’eau jaillissant et renouvelant l’étang stagnant me donnait certes une image pour exprimer ce que je percevais sourdre au fond de moi. Toutefois en aucun cas ce symbole ne pouvait en être le déclencheur. Encore moins la cause. En effet, combien de fois en des circonstances similaires, rien ne s’était passé! Tout au plus cette image, parmi d’autres facteurs -bonne fatigue physique, attention flottante-, m’avait-elle disposé à être attentif à ce qui se jouait dans les profondeurs de mon âme.

Cette consolation spirituelle qui enveloppait et transformait mon état physique et psychique ne résultait donc pas d’une activité préalable de ma part. Elle était sans cause. En me dynamisant et pacifiant, elle réveillait ma conscience. J’étais rendu attentif à la visite de l’Hôte divin. Vigueur, paix et joie, malgré mon humeur plutôt maussade, m’assuraient de la présence soudaine de Dieu.

Discerner, c’est se rendre attentif aux réactions corporelles et psychiques que ces visites provoquent au plus intime de nous-mêmes. Dieu peut surgir en nos vies à n’importe quel moment et dans n’importe quelle circonstance. Le discernement ne porte pas sur le cœur de la foi -nul ne peut voir Dieu sans mourir! (Ex 33,20) -qui demeure le secret de Dieu, mais sur les effets de ce don en nous. Être attentif aux réactions affectives qu’il suscite, c’est déjà faire le tri entre ce qui vient de nous et ce qui provient de Celui en qui nous avons «la vie, le mouvement et l’être» (Ac. 17,28).

Luc Ruedin sj

LacPérolle Beat09 7a3ff© Beat Altenbach sj

Les chroniqueurs

etienne perrotLe coup d'épingle
d'Etienne Perrot sj

PierreEmonet 2016 portraitWeb 2 1bb49Le point de vue
de Pierre Emonet sj

BrunoWeb 2 95ea8La méditation
de Bruno Fuglistaller sj

LucRuedin vertical22 ef721Le billet spirituel
de Luc Ruedin sj

jean-bernard livioLes journées bibliques
de Jean-Bernard Livio sj

albert longchampLe coin lecture
d'Albert Longchamp sj

Archives

Vivre de temps d'arrêts

Malgré notre bonne volonté et les décisions -«c'est promis, la prochaine fois...»-, nous nous laissons trop souvent reprendre par le flux continu du stress: obligations, contraintes, nécessités; mais aussi plaisirs, rencontres, découvertes nous meuvent ou nous attirent. Certes, mille bonnes raisons à cela: les enfants qui nous demandent jusqu'à la fatigue, l'époux ou l'ami avec qui il est bon de passer des temps privilégiés, les rendez-vous professionnels à caser dans nos agendas déjà si chargés...

Des libertés…

«Je fais ce que je veux». Cette exigence infantile, combien de fois ne l’ai-je entendue? N’étais-ce pas l’affirmation de ma liberté dans ma prime jeunesse? Je croyais qu’en accomplissant toutes mes envies, le monde m’appartiendrais. Je ne percevais pas qu’en devenant esclave de mes pulsions les plus intempestives et les moins réfléchies, je devenais le jouet aveugle de mes passions. Fou que j’étais! Je me croyais libre alors que j’étais sous le joug des plus puissants de tous les maitres.

De la pleine conscience au cœur

Parfois je me surprends à vivre en dehors de moi-même. J’ai l’impression alors que ma vie s’écoule hors, à côté ou derrière moi. Distrait, préoccupé, tournant en rond, ruminant mes états d’âme, fuyant dans l’activisme, je ne suis pas présent à moi-même. Bref, je suis ailleurs mais pas ici, avant ou après mais pas maintenant, dehors mais pas dedans. Dans un éclair, il m’arrive d’en prendre douloureusement conscience. « Cette vie que je mène n’est qu’une vie morte » disait déjà Lucrèce.

De la conversation spirituelle

Voici peu, il me fut donné lors d’une conversation spirituelle avec une amie de réfléchir à ce que coûtait d’écouter l’autre. Elle me disait combien elle se laissait parfois vider par le besoin insatiable d’être écouté qu’éprouvent ceux qui viennent se confier à elle.